Pauvreté en France en 2022 : 69% des ménages rencontrés par le Secours catholique vivaient sous le seuil d'extrême pauvreté en 2021, contre 66% en 2020

Dans son rapport 2022 sur la pauvreté en France, l'association estime que "la moitié des ménages étudiés" disposent de moins de 5 euros par jour et par personne de "reste pour vivre"

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Radio France
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Une distribution de colis alimentaires par le Secours catholique, en novembre 2021 à Nice.  (FRANTZ BOUTON / MAXPPP)

Deux ans après le début de la crise sanitaire, 48% des ménages rencontrés par le Secours catholique se retrouvent dans l'incapacité de couvrir leur dépense alimentaire quotidienne, soit une augmentation de 3 points en deux ans d'après le rapport 2022 sur la pauvreté en France établi par l'association. Des dépenses de plus en plus contraignantes pour les personnes en situation de précarité financière qui font face à une inflation record et doivent également assumer d'autres frais comme le logement. "Les frais liés au logement absorbent plus de la moitié des ressources perçues par les ménages que nous rencontrons", explique le rapport. Les demandes d’aide au paiement du loyer, des factures d’énergie ou d’eau sont quant à elles en augmentation de 2 points en un an.

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L'association alerte également sur le "reste pour vivre" journalier. Deux ans après le début de la crise, "la moitié des ménages étudiés disposent d'un 'reste pour vivre' de moins de 5 euros par jour et par personne", soit une diminution de 0,5 à 1 euro selon les ménages par rapport au niveau d'avant crise.

Pour l'association, les aides versées par l'Etat ne sont pas à la hauteur. Le Secours catholique rappelle que les minima sociaux ont été revalorisés de 4% en juillet 2022, en deçà de l’inflation qui, elle a dépassé les 6% : "L'inflation atteint en 2022 des niveaux inédits depuis 30 ans."

Davantage d'enfants au sein des familles sans ressources

Autre point souligné dans le rapport, la hausse des personnes en situation de pauvreté extrême. D'après l'association, 69% des ménages rencontrés vivaient sous le seuil d'extrême pauvreté en France en 2021, contre deux ménages sur trois en 2020, environ 66%, soit une légère hausse. Concernant le seuil de pauvreté, en 2021, 93% des ménages rencontrés par le Secours catholique vivaient sous ce seuil contre 92% en 2020. A noter que pour mesurer l'évolution de la pauvreté, la statistique publique étudie les ressources des ménages. On considère comme pauvres, les personnes ayant un niveau de vie inférieur à 60% du niveau de vie médian, 1132 euros en 2020, et comme extrêmement pauvres, celles dont le niveau de vie n'atteint pas 40% du niveau de vie médian, soit 755 euros en 2020. 

Le rapport 2022 confirme enfin certaines caractéristiques récurrentes de la pauvreté dans le pays mais pointe tout de même des évolutions. Parmi elles, le Secours catholique souligne tout d'abord le fait qu'il y a plus d'enfants vivant au sein de ménages extrêmement pauvres. L'association parle de 30% d'enfants de moins de 5 ans vivant dans des familles sans ressources. C'est deux points de plus en un an. Le Secours catholique note également une hausse de la précarisation des étrangers : 50% des personnes rencontrées par l'association en 2021 sont étrangères, un chiffre en hausse depuis 10 ans. Autre point marquant, le vieillissement des personnes rencontrées. Même si la majorité des adultes à qui elle a affaire restent jeunes, avec un âge médian de 41 ans, l'association précise que la part d'adultes français de plus de 60 ans est passée de 7% en 2011 à 12% en 2021.

"Combattre la pauvreté", pas la "gérer"

Chaque année, à partir de son enquête statistique annuelle et de ses milliers d'informations collectées, le Secours catholique propose une photographie de l'état de la pauvreté en France, à travers le prisme des personnes qu'il accueille : près d'un million en 2021, contre 770 000 en 2020, une année particulière à cause du Covid qui a contraint l'association à fermer ses locaux pendant un temps. Pour 2022, le Secours catholique se base donc sur ses statistiques d'accueil 2021 pour faire un nouveau bilan et met l'accent cette fois sur le budget des ménages face à l'inflation.

Pour faire face à la situation, l'association rappelle qu'elle "n'a pas pour projet de contribuer à gérer la pauvreté", elle vise "à ce que les personnes en sortent" et appelle donc "à une action publique déterminée pour combattre la pauvreté et ses causes."

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