Nouveaux licenciements chez Chaffoteaux et Maury

La direction de Chaffoteaux et Maury (chaudières, chauffe-eau) a annoncé mercredi 207 suppressions d'emplois

Manifestation contre les licenciements chez Chaffoteaux et Maury à Saint-Brieuc (2006)
Manifestation contre les licenciements chez Chaffoteaux et Maury à Saint-Brieuc (2006) (© AFP/FRED TANNEAU)
La direction de Chaffoteaux et Maury (chaudières, chauffe-eau) a annoncé mercredi 207 suppressions d'emploisLa direction de Chaffoteaux et Maury (chaudières, chauffe-eau) a annoncé mercredi 207 suppressions d'emplois

L'actionnaire de l'ex-fleuron industriel de Saint-Brieuc a décidé de ne garder sur le site de Ploufragan que 41 postes dans la recherche et développement.

D'après la CGT, 77 licenciements sont prévus dans une filiale du groupe, Cuenod, à Annemasse.

De cette usine bretonne fabricant des chauffe-eau et chaudières, qui a compté jusqu'à 2.300 salariés au début des années 80, ne resteraient plus que 41 postes "recherche et développement" en sursis, après une série d'hémorragies successives. Depuis le rachat en 2001 par les Italiens d'Ariston thermo group (ATG) de l'entreprise qui comptait encore 850 salariés, cette hémorragie s'est doublée d'un sentiment de "pillage industriel", partagé par les salariés et les élus locaux.

"On a l'impression d'assister à un scénario écrit depuis leur arrivée. Ce qui les intéressait, c'était la marque Chaffoteaux, reconnue internationalement, son savoir-faire et sa technologie" constate, amer, le président de Saint-Brieuc Agglomération, Michel Lesage (PS), interrogé par l'AFP.

Les élus, et pas seulement les syndicalistes, ont employé les termes de "patrons voyous", "cynisme", "mépris", "dissimulation", pour qualifier la direction d'ATG, qui fabrique des produits similaires dans son usine d'Osimo (Italie centrale).

Pour Saint-Brieuc et sa région, Chaffoteaux, "c'est un patrimoine industriel, économique et social très fort", relève encore M. Lesage. C'est une "entreprise emblématique de Saint-Brieuc, à laquelle les habitants sont très attachés", complète Pierre Fenard, journaliste et animateur des "Bistrots de l'histoire", une association qui décrypte l'histoire locale récente à travers des témoignages.

En 1914, face à la guerre, les frères Chaffoteaux quittent les Ardennes et installent leur fonderie au port du Légué, à Saint-Brieuc. La guerre finie, après les obus, ils commencent à produire des chaudières en 1922. Trois ans plus tard, ils inventent le premier chauffe-eau à gaz qui fera la renommée de Chaffoteaux, puis, 30 ans après, les chaudières murales à gaz.

En 1969, l'entreprise en plein développement quitte le port pour Ploufragan où une nouvelle usine est construite sur un site de 22 hectares. "Quand j'ai commencé en 1977, on exportait 70% de notre production", se souvient Damien Kiersch. Un sérieux accroc survient en 1984-85: une tentative de diversification s'avère "catastrophique", se souvient M. Kiersch, parti 18 mois dans le désert algérien construire pour les pétroliers des maisons conçues par Chaffoteaux.

L'entreprise à la dérive ne surmontera la crise que par la volonté de ses salariés et d'une culture syndicale très forte, rappelle Michel Guinard, aujourd'hui à la retraite. Mais Chaffoteaux entre alors dans le giron de groupes étrangers successifs dotés de stratégies à l'international, dans lesquelles s'enlise le propre avenir de l'entreprise.

Jusqu'au coup de grâce donné par ATG. Saint-Brieuc Agglomération a décidé d'étudier "toutes les possibilités de poursuivre en justice les représentants" d'ATG "qui, "par leur attitude de mensonge, de mépris et de dissimulation d'information, ont entravé toute recherche (...) de solutions alternatives pour préserver l'emploi et l'activité sur le site".