France Inter cesse sa diffusion sur les grandes ondes : "Pendant les longues nuits en mer, c'était le compagnon d'écoute"

Le 31 décembre à minuit, France Inter cessera d’être diffusée sur les grandes ondes. Pour les auditeurs qui en dépendent, c’est la fin d’une époque. Témoignages.

Vieux appareils de radio. 
Vieux appareils de radio.  (ALI AL-SAADI / AFP)

Silence radio sur la fréquence 162 kHz. A compter du dimanche 1er janvier, le signal de France Inter ne résonnera plus sur les grandes ondes. Le seul émetteur d'Allouis (Cher) permettait de diffuser l'antenne du service public sur l'ensemble du territoire métropolitain, et même au-delà. Sa portée est si importante qu'en cas de catastrophe majeure, il est le canal officiel pour obtenir des informations. 

Mais voilà, le dispositif est onéreux : l'arrêt de cette diffusion devrait permettre au groupe audiovisuel d'effectuer 13 millions d’euros d’économies. Des millions plus vraiment essentiels, à en croire Radio France, à l'heure du numérique et de la FM, qui couvre près de 97% du territoire. Sauf que certains auditeurs ne captent pas du tout ces ondes courtes, ou en tout cas pas correctement. Pour eux, c'est une page de l'histoire de la radio qui se tourne. Franceinfo a interrogé ces amoureux de France Inter, très émus à la perspective de devoir se passer de leur station favorite.

Des centaines d'auditeurs inquiets

Environ 700 auditeurs inquiets ont contacté Radio France à ce sujet. "C'est en fait de l'étranger que sont venus la plupart des messages, principalement de Belgique", explique Bruno Denaes, le médiateur du groupe audiovisuel. Car si la diffusion FM est limitée à l'Hexagone, l'émetteur d'Allouis permet de dépasser largement les frontières françaises. Les grandes ondes atteignent par exemple Franz Deblander, 80 ans, et fidèle auditeur de France Inter outre-Quiévrain. "J’écoutais déjà Radio-Paris", raconte le Bruxellois à franceinfo, défendant le mélange entre intellect et divertissement à l'antenne de la station française : "Tous les grands humoristes sont sortis de là !"

Le retraité a pris sa plume pour faire part de son inquiétude à sa compatriote Charline Vanhoenacker, animatrice sur France Inter. Dans cette note rédigée à la main et diffusée sur les réseaux sociaux par l'émission "Si tu m’écoutes, j’annule tout", il présente ses "meilleurs voeux"  à l'équipe : "Je vous présente les miens, qui sont de pouvoir continuer à vous écouter en l’année 2017." Sensibles à son souhait, des internautes ont très rapidement organisé une collecte pour offrir une radio wifi à Franz Deblander. La commande a déjà été passée, et sa radio devrait lui arriver très bientôt.

En Belgique, "les enfants de France Inter"

D’autres auditeurs en Belgique ont moins de chance. Jean-Luc Rongé, par exemple, habite dans la région de Liège et est souvent sur la route entre la Belgique, Paris et l’Angleterre. "Dès que je passe la frontière, je ne fais pas un ou deux kilomètres sans que la réception en FM soit coupée." La fin de France Inter sur les grandes ondes, c'est pour lui un coup dur porté au rayonnement culturel français. "Pour la présence de la culture française sur les ondes, 13 millions d'euros, c'est un investissement qui en vaut la peine", estime-t-il. Il a lancé une pétition pour le maintien de la station sur les grandes ondes, qui a recueilli près de 4 000 signatures. Sans succès. 

Pour certains, la fin des grandes ondes est une perte personnelle. Jean-Christophe Yu, qui habite en Belgique, est l'un deux. "Je suis l'un des nombreux enfants de France Inter, nous dit-il. Je n'écoute que ça. Certaines émissions vont vraiment me manquer." Et internet ne suffira pas à remplacer son bon vieux transistor. "Je ne balade pas ma tour d'ordinateur de pièce en pièce pour écouter la radio", affirme-t-il, désemparé.

Sur les côtes, la nostalgie de la météo marine

Outre les francophones à l'étranger, certains marins se lamentent aussi de l’arrêt des grandes ondes, qui permettaient d'écouter la météo marine de France Inter au-delà des zones couvertes par la VHF, la bande des très hautes fréquences, utilisée sur les flots. Certes, les matelots peuvent aussi se doter de matériel satellitaire pour garder le contact, mais reste "la nostalgie du côté chaleureux du bulletin météorologique radiophonique, que l'on peut écouter partout", explique Francis Hustier, un professionnel de la navigation de plaisance, à franceinfo. "Pendant les longues nuits de veille en mer, c'était le compagnon d'écoute de toujours", se souvient Jean Groc, un ancien marin pêcheur à l'Ile d'Yeu, où seules les radios locales sont audibles sur la bande FM.

Sur la terre ferme, les auditeurs privés pourront toujours suivre France Inter par internet sur leur ordinateur, smartphone, tablette ou radio connectée, mais aussi par satellite sans abonnement et en clair dans les bouquets de Fransat ou de Canalsat. Sur son île, Jean Groc n'est pas prêt à renoncer à l'écouter dans son atelier ou son jardin. Jusqu'à présent, chez lui, "il y a toujours un écho France Inter dans la maison". Le retraité cherche désormais la meilleure solution, pour pouvoir continuer à écouter sa station préférée avec Patrick Cohen à l'heure du petit déjeuner ou Nicolas Demorand à celle du dîner.