Coco devient la caricaturiste attitrée de Libération, elle remplace Willem qui prend sa retraite

Coco, dessinatrice à Charlie Hebdo, entre à Libération où elle remplacera Willem comme caricaturiste du quotidien. Elle continuera à collaborer avec l'hebdomadaire satirique

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France Télévisions Rédaction Culture
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La dessinatrice Coco à Hanovre (Allemagne), le 18 octobre 2016 (HOLGER HOLLEMANN / DPA)

La dessinatrice de Charlie Hebdo, Coco, deviendra la caricaturiste attitrée de Libération à partir du 1er avril, date à laquelle son prédécesseur, le Néerlandais Willem, prendra sa retraite du journal, à la veille de son 80e anniversaire, a annoncé lundi le quotidien à l'AFP.

"Pour la première fois en France une femme devient la dessinatrice de presse d'un grand quotidien", s'est félicité le journal dans un communiqué, précisant que Coco, 38 ans, continuerait parallèlement de travailler pour Charlie Hebdo, comme le faisait Willem, collaborateur historique de l'hebdomadaire satirique, entré à Libé en 1981. Contacté par l'AFP, un porte-parole de Charlie Hebdo a confirmé que Coco poursuivrait sa collaboration avec le titre, tout comme Willem.

"Prendre la suite de Willem, et en plus à Libération, c'est un honneur qui ne se refuse pas", a commenté Coco, citée dans le communiqué. "Je ne dis pas 'remplacer' car on ne remplace pas un génie du dessin. Alors je vais faire de mon mieux, cher Willem. (...) Et surtout: être libre et dessiner."

Des Inrockuptibles à Charlie Hebdo

Passée par Les Inrockuptibles et Arte, Coco, Corinne Rey de son vrai nom, a rejoint Charlie Hebdo en 2008. Elle fait partie des survivants de l'attentat de janvier 2015, qui a décimé la rédaction de l'hebdomadaire satirique. Elle avait raconté dans un témoignage bouleversant lors du procès qui s'est déroulé l'an dernier comment elle avait ouvert la porte du journal aux frères Kouachi, sous la menace d'une kalachnikov.

Dans Dessiner encore (Les Arènes), un récit graphique à paraître jeudi 11 mars, Coco dépeint le traumatisme et le sentiment de culpabilité qui ont suivi, son travail avec un psy... "Aujourd'hui, je peux dire qu'il n'y pas d'autres responsables que les terroristes, c'est évident, mais toujours en soi on regrette quelque chose, on y repense toujours avec quelque chose qui vous bouleverse le coeur", a déclaré lundi l'autrice sur France Inter.

Le dessin et Coco, c'est une vieille histoire. "Le dessin a toujours été un moyen d'être dans ma bulle", explique-t-elle en 2016 dans un entretien pour Mediapart. Dès le lycée, son coup de crayon, des caricatures de profs, fait "marrer".

En 2008, à peine diplômée des Beaux-Arts de Poitiers, elle se tourne vers le dessin de presse. Elle réalise un stage à Charlie Hebdo, son école, où elle se perfectionne, au contact des grands noms du milieu: Cabu, Tignous, Honoré, Wolinski. En parallèle, elle crée son site internet pour diffuser ses dessins et multiplie les collaborations, parmi lesquelles L'Humanité, Les Inrockuptibles, Psikopat. Cette dessinatrice engagée, également passée chez Arte, va relever un nouveau défi en succédant à Willem.

Willem, une oeuvre corrosive

Né Bernhard Willem Holtrop, le 2 avril 1941 à Ermelo aux Pays-Bas, Willem, résident en France depuis 1968, Grand Prix d'Angoulême en 2013, "a mis son génie graphique et son humour provocateur au service du projet libertaire" de Libération, souligne le journal, qu'il quittera au moment même où son homologue du Monde, Plantu, posera son crayon. Dans son oeuvre corrosive, il fustige notamment les dérives identitaires et l'injustice sociale.

"Pour beaucoup d'entre nous, Willem est un maître à penser, un éditorialiste qui a par hasard également un génie pour la caricature", a salué le directeur de la rédaction de Libé, Dov Alfon, annonçant "un numéro spécial le jour de son départ le 31 mars".

"C'est avec une grande joie et un frisson de fierté que j'accueille Coco dans ce rôle", a-t-il ajouté, se disant "persuadé qu'elle saura(it) le réinventer et le redessiner", a-t-il ajouté.

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