Loi Travail : toucher ou non à l'article 2, retour sur une cacophonie gouvernementale

Face à l'ampleur prise par le mouvement de contestation, le Premier ministre a proposé de lâcher du lest. Une proposition visiblement mal comprise par son ministre des Finances, qui a été recadré.

Le ministre des Finances, Michel Sapin, le Premier ministre, Manuel Valls, et François Hollande, le 19 octobre 2014 à l\'Elysée (Paris).
Le ministre des Finances, Michel Sapin, le Premier ministre, Manuel Valls, et François Hollande, le 19 octobre 2014 à l'Elysée (Paris). (YOAN VALAT / AFP)

Des grèves dans les 19 centrales nucléaires françaises, cinq raffineries sur huit à l'arrêt ou au ralenti, des dépôts de carburants bloqués, une station-service sur cinq en rupture de stock totale ou partielle et une fois de plus, des manifestations dans toute la France contre le projet de loi Travail... Le gouvernement est plus que jamais sous pression. Face à l'ampleur prise par la contestation et au risque de voir le pays paralysé à un peu plus de deux semaines de l'Euro de football, l'exécutif a semblé vouloir chercher une issue, jeudi 26 mai. Mais il a réagi avec une certaine confusion.

Une fausse note qui rappelle celle de la veille. La question d'une éventuelle évolution de l'article de 2 du projet de loi avait déjà donné lieu mercredi à un couac entre le gouvernement et le président du groupe PS à l'Assemblée. Bruno Le Roux s'était ainsi dit ouvert à une évolution sur ce point, avant d'être recadré par l'exécutif. Francetv info revient sur ce nouveau désaccord en cinq actes. Le deuxième en deux jours sur le sujet au sein de la majorité.

Acte 1. Valls évoque des "modifications" du projet de loi

Invité de BFMTV, jeudi matin, Manuel Valls a semblé vouloir lâcher un peu de lest. "Il est hors de question de changer le cadre" de la loi Travail, a assuré le Premier ministre, avant d'ajouter : "Il peut toujours y avoir des modifications, des améliorations." Le chef du gouvernement n'a toutefois pas précisé lesquelles. "On verra", a-t-il dit, "mais il n'y aura pas de modification de la philosophie du texte".

Acte 2. Sapin suggère de "toucher à l'article 2"

Quelques minutes plus tard, sur LCP, son ministre des Finances, Michel Sapin, est allé un peu plus loin, suggérant de réécrire l'article 2, le plus contesté par les opposants à la loi Travail qui refusent que les accords d'entreprises priment dans le futur sur les accords de branches. "Peut-être qu'il faut toucher à l'article 2" sur certains "points", a concédé le ministre. Et d'ajouter : "Il faut regarder tout cela dans le détail", et "en finesse", tout en écartant toute "remise en cause des principes" essentiels du projet de réforme.

Acte 3. Valls recadre Sapin

Cette porte à peine entrouverte, Manuel Valls s'est empressé de la refermer. "On ne touchera pas à l'article 2", a tranché, toujours sur BFMTV, le Premier ministre, quelques minutes seulement après les déclarations de son ministre des Finances.

Acte 4. Sapin revient sur ses propos

Michel Sapin a ensuite assuré être sur la même ligne que son Premier ministre, dans une déclaration écrite cette fois. "On ne touche pas à la philosophie générale du texte. L'accord d'entreprise primera donc sur l'accord de branche", a-t-il déclaré. Et le ministre d'insister : "Il peut y avoir des améliorations au Sénat, mais la philosophie du texte et celle de l'article 2 ne doivent pas bouger." 

Acte 5. Hollande soutient Valls face à Sapin

Depuis le Japon, où il vient participer au sommet du G7, François Hollande s'est invité dans le débat et a apporté sons soutien à son Premier ministre. "Ce qu'a dit le Premier ministre", notamment à propos de l'article 2 du projet de loi, "est ce qu'il fallait dire", a conclu le chef de l'Etat. François Hollande conclut : Manuel Valls "a fait une intervention à la radio ce matin qui correspond exactement à ce que nous avions convenu avant notre départ".