La SNCF commande des TER trop larges : quatre questions sur une bévue

Des travaux, dont les coûts s'échelonnent entre 50 et 80 millions d'euros, seront nécessaires pour adapter les quais aux nouveaux trains.

Une des rames TER Regio 2N de Bombardier, présentée le 29 avril 2014 à la gare Vaugirard, à Paris.
Une des rames TER Regio 2N de Bombardier, présentée le 29 avril 2014 à la gare Vaugirard, à Paris. (FRANCOIS GUILLOT / AFP)

C'est une situation "comiquement dramatique", selon le secrétaire d'Etat aux Transports, Frédéric Cuvillier. La SNCF a commandé près de 2 000 nouvelles rames de TER trop larges, révèle Le Canard enchaîné, mercredi 21 mai. Ces rames excèdent parfois de un à deux centimètres la largeur des voies.

Comment la SNCF a-t-elle pu commettre cette erreur ?

Pilotant ce vaste chantier de rénovation des TER français, la SNCF a communiqué aux ingénieurs d'Alstom et de Bombardier les dimensions de ces futures rames, plus larges que les actuelles. Ces dimensions ont été basées sur les données de Réseau ferré de France (RFF), précise Le Canard. Or, beaucoup de gares ont été construites à une époque où il n'existait pas de norme. Conséquence : l'écartement entre deux quais ou entre le quai et la voie n'est pas le même dans les différentes gares de France.

Christophe Piednoël, directeur de la communication de RFF, a employé sur France Info une métaphore pour mieux rendre compte de la situation : "C'est comme si vous achetiez une Ferrari que vous vouliez rentrer dans votre garage et vous vous rendez compte que votre garage n'a pas exactement la taille pour accueillir une Ferrari parce que vous n'aviez pas de Ferrari avant." "On a découvert le problème un peu tardivement, a-t-il reconnu. On fait notre mea culpa." La SNCF et RFF se sont en fait aperçus du problème au moment de la phase de test. Depuis, RFF a déjà réalisé les travaux pour 300 quais.

"Nos quais ont 150 ans d'âge. Ces trains sont des trains neufs. A chaque fois que nous introduisons un nouveau matériel roulant, nous devons modifier les infrastructures", a renchéri mercredi matin, sur Europe 1, le président de RFF, Jacques Rapoport, qui assure que ce n'est pas une "boulette".

Comment le problème va-t-il être réglé ?

Les 182 rames TER Regiolis d'Alstom et les 159 Regio 2N de Bombardier, qui vont entrer en service progressivement jusqu'à la fin 2016, sont concernées par ce problème.

Contacté par France 2, Christophe Piednoël confirme que des "travaux de maçonnerie" ont déjà été effectués sur 300 quais. Il reste donc à "raboter" 1 000 quais. "Ça peut consister à raboter un quai de quelques centimètres, (...) ça peut consister à déplacer une armoire électrique qui était un petit peu trop près du bord du quai", a précisé le directeur de la communication de RFF mercredi matin.

De son côté, la SNCF minimise l'affaire en expliquant que ces travaux ne s'appliquent qu'à une gare sur six.

Combien cela va-t-il coûter ?

Christophe Piednoël explique que ces travaux vont coûter 50 millions d'euros, soit 1% du budget annuel de RFF, qui est évalué à 4 milliards d'euros. Libération affirme que c'est "une larme dans l’océan de dettes du rail", qui s'élève à 33,7 milliards d’euros.

Mais Le Canard enchaîné affirme que RFF aurait débloqué d'urgence 80 millions, "la note [risquant] d'être beaucoup plus salée".

Qui va payer ?

Cette facture devra être assumée par les dirigeants de la SNCF et de RFF, estime le premier secrétaire du PS, Jean-Christophe Cambadélis. "La responsabilité des dirigeants est engagée. Aujourd'hui, les Français exigent que l'on soit maîtrisé sur leurs moyens financiers", a-t-il expliqué.

Cette vidéo n'est plus disponible

De son côté, Jacques Rapoport a assuré que les travaux n'auraient aucune incidence sur le prix des billets, devant l'inquiétude et les moqueries des usagers sur Twitter.

 

Selon Le Canard enchaîné, RFF s'est tourné vers les régions, ce que ne confirme pas le gestionnaire d'infrastructure. Mais pour Alain Rousset, président de l'Association des régions de France, pas question que les régions mettent la main au pot et servent de "pigeons". "Nous refusons de verser un seul centime sur cette réparation", a-t-il réagi, estimant que c'est à RFF de payer la facture.

Le président de la région Midi-Pyrénées, Martin Malvy, a assuré sur RTL qu'il était au courant "depuis plusieurs mois" et qu'il ne paierait pas : "Nous sommes en discussion avec RFF car nous n'allons pas payer pour ces travaux et il ne faut pas que cette situation nous mette en difficulté pour faire circuler nos trains." Même ton du côté de la région Rhône-Alpes. Son président, Jean-Jack Queyranne, évoque une situation "absurde" et ajoute que les régions ne paieront pas "les travaux d'adaptation des quais au matériel, ni de manière directe ni via les redevances qu'elles paient pour la circulation de leurs TER", rapporte France 3 Rhône-Alpes.