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La France en récession, une catastrophe ?

Alors que le gouvernement table sur 0,1% de croissance du PIB en 2013, le FMI et l'OFCE prévoient une baisse. Avec, comme conséquence probable, une nouvelle augmentation du chômage.

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France Télévisions
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Le FMI et l'OFCE prévoient une récession en France pour 2013. (JEFFREY COOLIDGE / PHOTODISC / GETTY IMAGES)

La France va entrer à nouveau en récession. C'est du moins ce que prévoit le Fonds monétaire international. Dans ses prévisions publiées mardi 16 avril, le FMI estime que le produit intérieur brut (PIB) reculera de 0,1% en 2013. L'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) est encore plus pessimiste : selon ses calculs rendus publics mercredi 17 avril, l'économie française se contractera de 0,2% en 2013. Le gouvernement, lui, continue de tabler sur une croissance de 0,1%.

Quelles seront les conséquences d'une éventuelle récession ? Francetv info a posé la question à des économistes.

Une catastrophe politique, plus qu'économique

Définie comme deux trimestres consécutifs de croissance du PIB négative, la récession est un tabou politique. Au moindre trimestre de croissance négative, les gouvernements se cachent derrière la définition technique pour assurer que le pays n'est pas en récession. C'est ce qu'a fait Christine Lagarde en novembre 2008. Alors ministre de l'Economie et des Finances, elle s'était félicitée, sur RTL, que "la France échappe à la récession", avec une croissance de 0,14%. L'année suivante, l'économie française s'est contractée de 2,2%.

Ce tabou politique est probablement ce qui sépare les prévisions du FMI et de l'OFCE de celle du gouvernement. En effet, d'un point de vue économique, entre 0,1% de croissance et -0,1%, la différence est minime. "Nous sommes dans l'épaisseur du trait, les chiffres sont de toute façon mauvais", explique à francetv info Nicolas Bouzou, économiste au cabinet Asterès.

Ce léger écart ne peut avoir d'importantes conséquences que dans le cas où la dégradation de l'économie s'accélère brutalement à partir d'un seuil de croissance donné. "Ce que nous savons, c'est qu'à partir d'un certain point, que nous ne savons pas prévoir, il y a des faillites d'entreprises en cascade. Et là, ces 0,2 point d'écart peuvent faire la différence", prévient Eric Heyer, économiste à l'OFCE.  

Un trou dans le budget de l'Etat

Si le décalage entre les chiffres du gouvernement et ceux des prévisionnistes a peu d'impact sur l'activité économique, il pèse sur les finances publiques. Le budget de l'Etat est en effet construit à partir des prévisions de croissance du gouvernement et c'est à partir de ce chiffre qu'est calculé le montant des recettes fiscales.

"A chaque fois qu'on perd un point de PIB, on perd 10 milliards de recette fiscale", estime Henri Sterdyniak, économiste à l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), contacté par francetv info. Ces 0,2 point de croissance de différence priveraient donc l'Etat de 2 milliards de recettes et creuseraient un peu plus le déficit public.

"Cela veut dire qu’il y a un trou en plus à boucher si on veut conserver les mêmes objectifs de déficit public", explique Nicolas Bouzou. Si récession il y a, pour éviter de creuser le déficit, le gouvernement devrait donc revoir sa copie budgétaire, construite sur une prévision de croissance de 0,1% en 2013. De nouvelles coupes dans les dépenses ou de nouveaux impôts pourraient être décidés.

Une chute de la consommation et des investissements 

Provoquée par une baisse des investissements et de la consommation, la récession accélère le mouvement. "Les ménages sont inquiets, ils voient le chômage augmenter et ils renoncent à acheter des biens d'équipements, une voiture, un logement ou à changer de costume", développe Henri Sterdyniak.

De la même manière, les entreprises reportent leurs investissements. En clair, rares sont les acteurs économiques qui se hasardent à prendre des risques sur l'avenir tant il est incertain. Conséquence : la consommation et les investissements chutent à nouveau. Le cercle vicieux est enclenché et la récession s'aggrave.

Une augmentation du chômage

Avec cette conjoncture économique difficile et l'augmentation de la population active, le chômage va poursuivre sa progression. "La France a besoin de créer 150 000 emplois par an. Quand vous avez une croissance nulle, vous en perdez également 150 000. Il manque donc 300 000 emplois, le chômage augmentera d'un point, pour atteindre 11,5% à la fin de l'année 2013", calcule Henri Sterdyniak.

Même si c'est la prévision du gouvernement qui se vérifie, le chômage augmentera quand même. "Que vous soyez à 0,1 ou à -0,1, vous détruisez entre 120 000 et 150 000 emplois par an", estime Eric Heyer. "Pour que le chômage baisse, il faut être à 1,5 point de croissance. Nous en sommes très loin", rappelle Nicolas Bouzou. A moins d'un miracle, la courbe du chômage ne s'inversera pas en 2013, contrairement à ce qu'a promis François Hollande. 

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