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L'appel inspiré par l'ex-star du foot Eric Cantona à vider ses comptes en banque mardi n'a pas déplacé les foules

Aucun mouvement de masse n'a été signalé aux guichets à Paris, Lille et Marseille, l'exaspération contre les banques semblant cantonnée à internet.Le 6 octobre dernier, Eric Cantona avait appelé à "faire la révolution" et suggéré des retraits massifs dans les banques pour que "le système s'écroule" dans un entretien à Presse-Océan (en vidéo).
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France Télévisions
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Aucun mouvement de masse n'a été signalé aux guichets à Paris, Lille et Marseille, l'exaspération contre les banques semblant cantonnée à internet.

Le 6 octobre dernier, Eric Cantona avait appelé à "faire la révolution" et suggéré des retraits massifs dans les banques pour que "le système s'écroule" dans un entretien à Presse-Océan (en vidéo).



Un site dédié, Bankrun.com, appelait, en s'inspirant de sa déclaration, à vider ses comptes bancaires mardi, alors que le footballeur n'avait parlé d'aucune date.

Eric Cantona a effectué un "retrait bancaire symbolique" dans la ville de Péronne (Somme), mardi, jour choisi par des internautes pour appeler à un retrait massif d'espèces dans les agences bancaires, après son appel à la "révolution par les banques", indiquent ses avocats dans un communiqué.

Eric Cantona est "très heureux des réactions et commentaires publics, économiques et même politiques que ses déclarations ont provoqué et espère que ce mouvement permette une prise de conscience et contribue au débat d'idées", ajoute ce communiqué.

Selon des rumeurs de presse, Eric Cantona était censé pourtant joindre le geste à la parole en retirant mardi 1.500 euros d'une banque d'Albert (Somme), qu'il avait prévenue de sa venue. Las. En tournage dans la région, celui que les supporters de Manchester United surnommaient "Eric le Rouge" ne s'était toujours pas présenté à quelques minutes de la fermeture de l'établissement, à 18h00.

A Marseille, ville natale d'Eric Cantona, aucune activité inhabituelle n'a été relevée mardi dans les agences bancaires du centre-ville. Idem à Paris dans le quartier central de l'Opéra. Les reporters de l'AFP qui ont interrogé des passants dans la capitale ont noté des témoignages de sympathie mais peu de volonté de passer à l'acte.

La page Facebook support du mouvement " Revolution! Le 7 décembre on va tous retirer notre argent des banques" revendiquait lundi soir 38.000 participants et quelque 30.000 autres qui "participeront peut-être". L'appel a été relayé, toujours via internet, dans plusieurs pays et plusieurs langues.

Les créateurs du site de référence ( bankrun2010.com) expliquent que ce mouvement doit permettre l'émergence de nouvelles banques qui, entre autres, "ne prêtent que les richesses qu'elles possèdent" et "où déposer notre argent tout en ayant la conscience tranquille".

"Sauvons les riches" propose une alternative "constructive"
Pour sa part, le collectif " Sauvons les riches!" suggère plutôt aux sympathisants de changer de banque et de déplacer l'argent des "plus nuisibles vers les plus recommandables", citant en exemple trois établissements: la Banque postale, le Crédit coopératif (filiale du groupe BPCE) et la Nef, petite banque qui se revendique comme une "coopérative de finances solidaires".

A Paris, des membres du collectif qui a lancé le site JeChangedeBanque.org, ont vidé mardi leurs comptes dans une agence Société Générale avant de déposer les espèces retirées au Crédit Coopératif, détournant l'appel d'Eric Cantona pour en faire un mouvement "constructif".

Habillé d'une fausse tenue de Cantona sous le maillot de Manchester United, un autre membre du collectif, Maxime Hupel, a salué l'appel d'Eric Cantona tout en précisant que l'objectif de "Sauvons les riches" "n'est pas de faire écrouler le système", mais "de le faire mieux fonctionner".

Vider son compte ? Pas si simple !
Les émules de l'appel de Cantona qui comptent arriver comme une fleur au guichet de leur banque pour vider leurs comptes risquent de tomber sur un os. Car la plupart des banques ne délivrent pas plus de 2.000 euros à un client sans avoir été prévenues à l'avance, au moins 48 heures.

BNP Paribas et la Banque postale limitent les retraits instantanés de liquide à 1.500 euros. Certaines agences de la Société Générale acceptent de libérer jusqu'à 2.000 euros sur présentation d'un chéquier. Et chez LCL (ex-Crédit Lyonnais), rapporte Libération, il en coûte 7,65 euros dès que l'on veut distraire au banquier plus de 1.000 euros de ses propres deniers.

Le fait est que beaucoup d'agences n'ont pas d'espèces afin de réduire les hold-ups et les clients sont censés se tourner vers les distributeurs automatiques. De ce côté là, les possibilités de retrait ne sont pas meilleures. Ainsi, les cartes bancaires les moins onéreuses ne permettent pas de retirer plus de 300 euros sur une semaine. Quant aux modèles haut de gamme, Visa Premier ou Gold Mastercard, le plafond dépasse rarement 2.000 euros sur la même période.


Réactions
"C'est grotesque et irresponsable. Cantona en conseiller financier, ce n'est pas très sérieux (...). A chacun son métier et les vaches seront bien gardées", a déclaré le ministre du Budget François Baroin lundi dans France-Soir.

De son côté, la ministre des Solidarités, Roselyne Bachelot, a fustigé une initiative qui pourrait pénaliser les "Français les plus modestes". Elle a rappelé qu'Eric Cantona faisait "de la publicité pour des voitures, des rasoirs" tandis que "son épouse fait de la publicité pour un système bancaire", en l'occurrence le Crédit Lyonnais (LCL). "Il faut avoir un peu de responsabilité dans la vie quand on est justement un des chantres de la société de consommation", a-t-elle dit.

Le chef de file des ministres des Finances de la zone euro, Jean-Claude Juncker, et la Commission européenne ont jugé irresponsable lundi soir l'appel d'Eric Cantona. "Je nourris à l'égard du secteur financier des sentiments divers, mais je trouve que l'opération que vous citez est totalement irresponsable", a déclaré M. Juncker à la presse en réponse à une question sur le sujet.

Les banques s'en défendent mais redoutent une contagion
"La recommandation de retirer les dépôts est totalement insécuritaire" tout en étant "complètement contraire à ce qui peut assurer le fonctionnement de l'économie", avait estimé jeudi le directeur général de BNP Paribas Baudouin Prot.

François Pérol, président de la Fédération bancaire française (FBF) n'y avait vu aucune menace sur les établissements français. Néanmoins, le sujet est sensible. Tout effet de contagion peut être désastreux, car les fonds effectivement disponibles dans les agences n'ont pas de commune mesure avec les avoirs des clients.

Le Fonds de garantie des dépôts garantit les dépôts des épargnants jusqu'à 100.000 euros par déposant et par établissement en cas de défaillance d'une banque. Mais il ne disposait que de 1,6 milliard d'euros début 2010 alors que 270 milliards sont actuellement déposés sur les seuls comptes courants.

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