Info franceinfo Le gouvernement veut instaurer un bonus pour les produits textiles les plus durables

Pendant un mois, les acteurs de la filière textile se retrouveront autour d'une table pour débattre d'un projet d'arrêté visant notamment à instaurer un système de bonus pour les vêtements et chaussures les plus durables.

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Des jeans vendus dans un magasin en Alsace. (MAXPPP)

C'est une consultation présentée comme "inédite". Le gouvernement, sous l'égide de Bérangère Couillard, secrétaire d'Etat chargée de l'Ecologie, s'apprête à proposer aux acteurs du textile de se réunir durant le mois d'octobre pour une large consultation. L'objectif : rendre la filière plus vertueuse sur le plan écologique, a appris franceinfo, mercredi 28 septembre.

Autour de la table seront invités les industriels du textile, les distributeurs dont l'Alliance du commerce, qui réunit des marques comme H&M, Kiabi ou Monoprix, les associations de consommateurs, les fédérations du recyclage, des éco-organismes, les ONG du secteur. "Pendant quatre semaines, ils se réuniront pour définir ensemble la première brique de la feuille de route textile des six prochaines années", explique Bérangère Couillard à franceinfo. 

"Cette consultation est une première en France et en Europe."

Bérangère Couillard, secrétaire d'Etat chargée de l'Ecologie

à franceinfo

Les enjeux sont majeurs. Selon l'Ademe (Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie), l'industrie textile est responsable de 20% de la pollution des eaux industrielles et de 8% des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Un exemple parmi d'autres : la fabrication d'un manteau de 1,5 kg émet presque autant de CO2 qu'une voiture qui roulerait sur plus de 450 km. Pour tenter d'avancer sur ce sujet, le gouvernement veut accélérer et légiférer par arrêté. 

Un système de bonus…

Les participants aux assises du textile seront ainsi invités à se prononcer sur ce projet d'arrêté qui doit voir le jour début novembre pour une application dès 2023. Il prévoit notamment d'instaurer un système de bonus financiers, versés aux entreprises dont les produits textiles sont durables, afin de favoriser ceux qui bénéficient d'un label environnemental, ceux qui incorporent des matières recyclées et ceux qui sont conçus pour durer plus longtemps.

Concrètement, ces bonus ne seront pas visibles pour les consommateurs. Ils seront alimentés par un pot commun de 50 millions d'euros par an prélevé dans l'éco-contribution, dont s'acquittent les vendeurs de produits textiles pour financer la fin de vie de leurs produits. 

Cette mesure est cependant loin d'être une avancée, selon Julia Faure, cofondatrice de la marque de vêtements Loom. "Le système des bonus existe déjà avec la modulation des éco-contributions [qui encourage les marques à développer la valeur environnementale des vêtements] mais dans le textile, l'éco-contribution, c'est 6 centimes. Elle est tellement ridicule que les marques préfèrent la payer." Julia Faure est d'ailleurs à l'initiative d'une tribune parue dans Le Monde en juillet 2021, où un collectif de 150 responsables d'entreprises du textile français demandait à "être plus régulés". Ils proposaient ainsi l'augmentation de l'éco-contribution à 5 euros par vêtement en 2025 pour les marques ayant les plus mauvaises pratiques. 

… mais pas de malus

Pourquoi le gouvernement n'a-t-il donc pas retenu également un système de malus en pénalisant financièrement les entreprises qui polluent le plus ? "Il faut du malus, on ne pourra pas changer la filière si on continue à importer des produits de l'étranger mal conçus", plaide ainsi Marie Nguyen, cofondatrice de We Dress Fair, qui recense des marques de vêtements éthiques et éco-responsables. Mais au ministère de la Transition écologique, "on ne sait pas bien techniquement sur quoi il faudrait en mettre", argue-t-onCibler les produits mal conçus ? "Une majorité de produits est concernée. Appliquer un malus à tout le monde, ce n'est pas très positif", explique-t-on. L'accent sera donc plutôt mis sur les entreprises vertueuses.

La consultation servira aussi à réfléchir à la façon dont ces entreprises seront mises en valeur auprès des consommateurs. Faut-il inventer un "Yuka du textile", sur le modèle de cette application permettant de scanner les produits alimentaires ? Ou imaginer un nouvel affichage en magasin ? Le débat est ouvert. 

Accélérer sur le recyclage

Outre ce système de bonus, le gouvernement vise à doubler la collecte de textiles usagés d'ici à six ans. Les efforts seront notamment concentrés dans les territoires ruraux et en outre-mer, où les points de collecte sont les plus rares. "Aujourd'hui, 400 000 tonnes de textile sont mises à la poubelle chaque année en France. Cela concerne les deux tiers de nos déchets textiles, détaille-t-on au sein du ministère. Le tiers restant, qui est collecté dans les bennes de relais, va être pour moitié exporté en Afrique."

Le gouvernement mise aussi sur le développement des filières dites de "réemploi", en finançant les entreprises de l'économie sociale et solidaire qui réparent et remettent sur le marché des textiles. Un nouveau fonds de plusieurs dizaines de millions d'euros sera dédié à cet effet, promet le ministère. Pour les textiles qui ne pourront pas être remis en état, les pouvoirs publics veulent accélérer sur le recyclage afin de "refaire de la fibre".

L'objectif vise à atteindre 80% de textiles usagés recyclés en 2027. Julia Faure apporte néanmoins une réserve sur la matière des produits concernés : "En France, on sait faire de la fibre à partir du coton, mais pas avec le polyester." Autre problème : les quantités traitées restent importantes. "Si on continue à produire plus de 100 milliards de vêtements par an, on ne va pas s'en sortir, soupire Marie Nguyen. Parlons aussi de sobriété dans la mode !"

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