Ce qu'il faut savoir sur la reprise d'Ascoval par British Steel

L'entreprise britannique était favorite pour la reprise de l'usine d'Ascoval. Elle assure qu'elle va reprendre l'ensemble du personnel, soit 270 salariés.

Un salarié de l\'aciérie d\'Ascoval à Saint-Saulve (Nord), près de Valenciennes, en novembre 2018.
Un salarié de l'aciérie d'Ascoval à Saint-Saulve (Nord), près de Valenciennes, en novembre 2018. (PASCAL ROSSIGNOL / X00234)

Un "ouf" de soulagement. Jeudi 2 mai, la chambre commerciale du tribunal de grande instance de Strasbourg a désigné la société britannique British Steel comme repreneur de l’aciérie Ascoval de Saint-Saulve (Nord), à compter du "15 mai 2019 à minuit". En difficulté, l'usine attendait un repreneur jugé sérieux depuis la liquidation judiciaire, en février 2018, du groupe Asco Industries, auquel le sidérurgiste Vallourec avait cédé 60% du site.

A la satisfaction des syndicats, le plan de reprise prévoit de conserver tout le personnel, soit les 270 salariés que compte encore Ascoval, "avec l'ensemble de leurs droits acquis", ont indiqué dans un communiqué conjoint Ascoval et British Steel. Voici ce que l'on sait de la reprise de l'usine par le second sidérurgiste britannique.

D'abord, c'est quoi, Ascoval ?

Cette aciérie est située à Saint-Saulve, dans la périphérie de Valenciennes (Nord). Créée en 1975 par Vallourec et devenue Ascoval en 2017, l'aciérie produit depuis plus 40 ans des barres rondes en acier au carbone et des produits forgés. Ces barres, une fois percées, découpées et laminées, deviennent des tubes ou composants utilisés dans le bâtiment, les travaux publics et les transports, notamment sous forme d'essieux pour les trains.

Quelque 150 millions d'euros ont été investis au cours des dix dernières années pour moderniser l'usine. D'après son site internet, Ascoval a produit 193 000 tonnes d'acier en 2017 et 208 000 tonnes en 2018. L'aciérie emploie actuellement 270 personnes et a réalisé en 2017 (dernier résultat disponible) un chiffre d'affaires de 135 millions d'euros.

Depuis quand l'entreprise était-elle en difficulté ?

"Les ennuis débutent en 2015 quand Vallourec [l'actionnaire] commence à se désengager en cherchant un partenaire pour acheter la production de son aciérie de Saint-Saulve", résumait Libération en septembre dernier. Un premier plan de restructuration est annoncé tandis que le ministre de l'Economie de l'époque, Emmanuel Macron, exige qu'il n'y ait "ni fermeture d'usine ni départ contraint", rapportait France 3 Nord en juillet 2015 :

En 2017, Vallourec réussit enfin à céder 60% de ses parts au groupe Ascométal, le leader français des aciers spéciaux, tout en conservant 40% avec des engagements de commandes. L'aciérie prend alors le nom d'Ascoval. Mais le répit n'est que de courte durée : la société Ascométal est à son tour placée en redressement judiciaire en novembre 2017, et en liquidation en février 2018.

Son repreneur, le groupe suisse Schmolz + Bickenbach, refuse de prendre l'usine des Hauts-de-France dans son périmètre industriel. Vallourec se retrouve donc seul actionnaire d'Ascoval, qui est placé en redressement judiciaire. Depuis cette date, Ascométal attend un repreneur jugé suffisamment sérieux pour que son offre soit validée.

Pourquoi le choix de British Steel ?

L’offre du sidérurgiste britannique garantissait la reprise de tout le personnel. Elle apparaissait aussi comme la plus sérieuse sur le plan industriel et financier. Le groupe "a réalisé en 2018 un chiffre d’affaires de 1,6 milliard d’euros" et "a proposé de mettre sur la table 47 millions d’euros, qui seraient abondés par une somme équivalente des pouvoirs publics", précise Le Monde

Deuxième sidérurgiste britannique, British Steel semble avoir les reins solides. Il est en effet issu du numéro un du secteur en Grande-Bretagne, le géant Tata Steel, auquel le fonds d'investissement Greybull Capital a racheté au printemps 2016 sa division européenne de produits longs (rails, section de construction). Quelque 2,8 millions de tonnes d'acier sortent chaque année des usines de la société, qui emploient 5 000 personnes. Le groupe a déjà repris un site en France, à Hayange (Moselle).

Quelles sont les motivations du repreneur ?

Selon Le Monde, la reprise d'Ascoval répond à deux motivations principales pour British Steel. D'abord, pour atténuer les effets du Brexit : "Avec l’essentiel de ses aciéries implantées au Royaume-Uni, l’aciériste, qui fournit notamment la SNCF en rails, doit produire en zone euro pour ne pas dépendre de droits de douane et atténuer les fluctuations de la livre sterling", explique le quotidien du soir. 

Selon l’intersyndicale, l’entreprise d’outre-Manche envisage de porter rapidement la production du site à 600 000 ou 700 000 tonnes par an, dont la moitié servirait à approvisionner son usine de rails ferroviaires d’Hayange, en Moselle. Encore faudra-t-il relancer la machine : "L'important, c'est de remplir un carnet de commandes", souligne le délégué syndical Nacim Bardi, précisant que le carnet en question était "vide" pour l'instant.

Second intérêt : la performance environnementale de l'usine d'Ascoval, qui va également permettre au sidérurgiste britannique de diversifier sa production. "L’aciérie électrique est bien moins émissive de CO2 [dioxyde de carbone] qu’une aciérie traditionnelle", confie au Monde une de ses sources. Dans un communiqué, British Steel salue d'ailleurs "la modernité des équipements de l'aciérie (...), son emplacement stratégique qui facilite l'interaction avec les marchés européens, et (...) ses qualités environnementales et économiques".

Y avait-il d'autres candidats en lice ?

Oui. Le 27 mars, les magistrats strasbourgeois avaient accordé un énième délai pour trouver d'éventuels repreneurs, un mois après le désistement surprise du groupe franco-belge Altifort, qui avait été vécu comme une douche froide par les salariés. Le 24 avril, le tribunal de Strasbourg a donc examiné quatre nouvelles offres : celle du sidérurgiste britannique British Steel, qui l'a finalement emporté, mais aussi celles du fabricant italien d'aciers spéciaux Calvi Networks, du fonds SecuFund Industry et de l'industriel régional Pascal Cochez.

Calvi Networks, dont le projet était également jugé solide, a cependant retiré son offre dès le début de l'audience, faute d'avoir bouclé son plan de financement. Quant au fonds SecuFund Industry et à Pascal Cochez, ils ont été jugés peu crédibles par les acteurs du dossier. Si ces derniers demeurent officiellement en lice, British Steel est "le seul projet sérieux", a souligné Me Guilhem Brémond, avocat d'Ascoval, à l'issue des débats.