Offshore Leaks : qui sont les détenteurs de comptes dans les paradis fiscaux ?

Des politiques de tous pays, des marchands d'armes, des membres de la classe moyenne grecque : après quinze mois d'enquête, les fichiers Offshore Leaks ont révélé un portrait-robot des propriétaires de comptes dans les paradis fiscaux.

Des billets de banque asiatiques, photographiés à Singapour le 17 janvier 2013. 
Des billets de banque asiatiques, photographiés à Singapour le 17 janvier 2013.  (THOMAS WHITE / REUTERS)

Un trésor de données confidentielles. Après quinze mois d'enquête, l'International Consortium of Investigative Journalists (ICIJ) a commencé à révéler, jeudi 4 avril, le contenu des 2,5 millions de fichiers détaillant les opérations de plusieurs paradis fiscaux. Près de 120 000 sociétés et trusts offshore sont concernés, relève le quotidien belge Le Soirqui a eu accès à ces fichiers, comme une trentaine d'autres médias, dont Le Monde, le Guardian ou encore le Washington Post.

Cet Offshore Leaks ("fuites offshore" en français) dresse le portrait des détenteurs de comptes dans les paradis fiscaux. Si l'on retrouve parmi eux d'anonymes médecins américains, des membres de la classe moyenne grecque, des milliardaires indonésiens ou des marchands d'armes, quelques grands noms des affaires et de la politique y figurent également. Florilège.

Des politiques et leurs proches

Côté français, les fichiers font apparaître le nom de Jean-Jacques Augier, trésorier de campagne de François Hollande, comme l'a révélé Le Monde. Proche du président de la République depuis trente ans, Jean-Jacques Augier est actionnaire de deux sociétés offshore basées dans les îles Caïman. La première est montée en 2005 avec un investisseur chinois et un ami français. La seconde est créée en 2008-2009 avec plusieurs actionnaires internationaux. "Ces deux prises de participation n'ont entraîné aucun avantage fiscal particulier ni en France, ni ailleurs", s'est défendu l'intéressé dans un communiqué de sa société Eurane.

Des proches du président russe, Vladimir Poutine, sont aussi impliqués. La femme du vice-Premier ministre russe, Olga Shuvalova, possède une holding dans les îles Vierges britanniques. 

En Mongolie, c'est l'ancien ministre des Finances (2008-2012) et actuel parlementaire Bayartsogt Sangajav qui est pris la main dans le sac. Il détient un compte suisse et des parts dans Legend Plus Capital Limited, une société offshore chinoise, pour un montant total avoisinant le million de dollars (780 000 euros). "Je n'aurais pas dû ouvrir ce compte. J'aurais dû mentionner cette entreprise dans mes déclarations", a-t-il confié à l'ICIJ, rapporte le Guardian (article en anglais).

Les hommes et femmes politiques asiatiques sont très présents dans les fichiers d'Offshore Leaks. Le président de l'Azerbaïdjan, Ilham Aliyev, et sa famille détiennent en leur nom propre quatre holdings dans les îles Vierges britanniques. Elles sont gérées par un entrepreneur proche du pouvoir, Hassan Gozal.

En Géorgie voisine, c'est le Premier ministre, Bidzina Ivanichvili, qui est impliqué. Selon le Guardian, il est actionnaire depuis 2006 de la société offshore Bosherston Overseas Corp, basée dans les îles Vierges britanniques.

Aux Philippines, c'est la fille de l'ancien président Marcos qui a pris quelques libertés avec l'administration fiscale. Aujourd'hui gouverneur de la province d'Ilocos Norte, Maria Imelda Marcos Manotoc détient des parts dans la Sintrat Trust, également située dans les îles Vierges britanniques.

La dernière personnalité politique concernée est un ancien homme politique canadien, devenu avocat. Tony Merchant a lancé en 1998 un trust sur les îles Cook crédité de 800 000 dollars (624 000 euros).

De riches hommes d'affaires

Les personnalités du monde des affaires ne sont pas en reste. Denise Rich, Américaine devenue autrichienne et femme du magnat du pétrole Marc Rich, figure dans la liste. Cette collecteuse de fonds pour le Parti démocrate a mis de côté 144 millions de dollars (112 millions d'euros) en 2006 aux îles Cook. Elle y possède également un yacht, le Lady Joy.

Les escrocs de Wall Street figurent aussi en bonne place dans la liste. Le Soir rapporte que Paul Bilzerian, un entrepreneur reconnu coupable de fraude fiscale et de violation de valeurs mobilières en 1989, et Raj Rajaratnam, un milliardaire gestionnaire de fonds, emprisonné en 2011, sont clients de Portcullis TrustNet, basé à Singapour.

Une collectionneuse d'art

Les paradis fiscaux sont parfois utilisés pour acheter des œuvres d'art. Le Monde dresse le portrait de Carmen Thyssen-Bornemisza, une riche collectionneuse espagnole. Celle-ci a détenu une holding de 1996 à 2004 dans les îles Cook.

Elle est toujours à la tête d'une seconde holding, ouverte en 1994. Elle les a utilisées pour acquérir des toiles comme Le Moulin à eau à Gennep de Van Gogh. Son avocat assure que sa cliente n'a pas profité de l'argent placé. Elle s'en servait uniquement pour transférer des œuvres d'un pays à l'autre.