"Les gentils petits fonctionnaires bien disciplinés, c'est fini ce temps-là" : Unité-SGP Police promet de "bloquer le système"

Yves Lefebvre, secrétaire général d'Unité-SGP Police, explique pourquoi son syndicat, avec d'autres, prévoit de durcir son action contre la réforme des retraites

Yves Lefebvre, secrétaire général d\'Unité-SGP Police, en octobre 2019.
Yves Lefebvre, secrétaire général d'Unité-SGP Police, en octobre 2019. (JULIEN MATTIA / LE PICTORIUM / MAXPPP)

Si les policiers n'obtiennent pas davantage de garanties pour protéger leur régime spécial de retraites, "on va aller plus fort, on va bloquer le système avec des actes particulièrement significatifs, bloquer les accès aux commissariats", a prévenu Yves Lefebvre, secrétaire général d'Unité-SGP Police, mardi 10 décembre sur franceinfo.

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Après la forte mobilisation du 5 décembre, les syndicats opposés à la réforme des retraites remettent la pression sur le gouvernement, avant qu'il ne dévoile mercredi le détail de son projet. Les syndicats de policiers Alliance et Unsa-Police, rejoints par Unité-SGP, comptent durcir leurs actions à partir de mercredi si le gouvernement n'apporte pas de garanties pour la défense de leur régime spécifique de retraite.

franceinfo : Le syndicat Unité-SGP sera dans les cortèges mardi ?

Yves Lefebvre : Non, on sera là pour les encadrer, notamment les CRS et les compagnies d'intervention, mais on ne sera pas dans le cortège. J'ai été très clair depuis le départ. Je soutiens bien évidemment ce mouvement, mais attention aux mélanges dans les cortèges. Il y a des confédérations et des syndicats qui n'ont de cesse de dénoncer de pseudo-violences policières. Je parle notamment de la CGT, de certains segments de la CGT. Rappelez-vous les propos de Philippe Martinez le 1er mai 2019, quand il prétendait avoir été gazé par mes collègues CRS, alors même qu'il était aux abords d'un groupe de black blocs qu'il fallait disperser parce qu'ils avaient commencé, malheureusement, à commettre des exactions.

L'IGPN, la police des polices, enquête sur une scène qui montre des policiers en train de frapper une personne à terre à Paris pendant la manifestation, jeudi dernier. Vous condamnez ce genre de scènes ?

Il faut contextualiser la scène. Qu'est-ce qui s'est passé ? Est-ce qu'on a affaire à un individu qui était extrait d'un groupe ayant apparemment tenté de s'introduire dans un bâtiment, avec d'autres de nos collègues en difficulté ? Il faut toujours contextualiser ce genre de scène, savoir ce qui s'est passé en amont. Quels sont les tenants et les aboutissants qui ont poussé mes collègues à cette intervention ? Il faut attendre l'enquête, bien évidemment, comme c'est le cas systématiquement pour chaque scène décriée.

Ce qu'on lit dans le communiqué commun de vos syndicats, Unité-SGP, Alliance et Unsa-Police, c'est que "la mobilisation doit s'accentuer jusqu'au black-out complet illimité" à partir du 11 décembre. Ce tant que vous ne serez pas entendu. Qu'allez-vous faire ?

Déjà, dans un premier temps, on est en mouvement illimité, d'abord avec mes collègues affectés dans les brigades de nuit. Et depuis mardi dernier sur le jour, avec zéro intervention d'initiative. On répond simplement aux appels d'urgence. Et on encadre les services d'ordre pour les manifestations. Maintenant, on va aller plus fort, on va bloquer le système, avec des actes particulièrement significatifs. Bloquer les accès au commissariat et, pour ce qui concerne les forces mobiles, très certainement "mettre les sacs à terre", c'est-à-dire qu'on ne sera plus opérationnel. Sans bien évidemment pouvoir user du droit de grève qui nous a été supprimé depuis 1948, ce qui justifie, entre autres choses, notre régime particulier de retraites et une surcotisation concomitante. Ne perdons pas de vue que pour avoir droit au départ par anticipation, à 52 ans, on surcotise tous les mois, et ce, depuis 1948.

Bloquer les accès aux commissariats, ça veut dire qu'on ne pourra plus rentrer pour porter plainte, par exemple ?

Faisons preuve de discernement. Il y aura un accès, bien évidemment. Pour nous, policiers républicains, il est essentiel d'avoir des gestes républicains et de protéger les victimes, mais simplement de mettre des filtrages à l'entrée des commissariats, par exemple, avec des barrières. Vous savez, vous avez moult et moult plaintes et moult et moult victimes, malheureusement, mais parfois des victimes de circonstance et de véritables victimes. Ce sera à mes collègues, et on donnera les consignes pour ce faire, de tout bloquer. Vous vous rendez compte quand même que depuis une semaine, la police nationale tourne plus qu'au ralenti et que depuis une semaine, pas un seul appel de nos ministres de tutelle ?

Christophe Castaner vous a écrit la semaine dernière pour vous assurer que vous conserverez vos droits à un départ anticipé, des niveaux de retraite... Ce sont des mots, pas des actes pour vous ?

Ce ne sont même pas les bons. Nous, ce qu'on ne veut pas, c'est avoir une période dite "missionnelle". Qu'est-ce que ça veut dire, un policier qui va avoir un temps minimum d'emploi à risque ? Les événements de la semaine dernière, avec mes quatre collègues CRS menacés de mort à leur domicile, ces quatre collègues-là sont justement sur des missions qui, demain, selon le projet de Delevoye, Philippe, Macron et Castaner, ne seraient plus des emplois considérés comme étant des emplois à risques. Le policier est systématiquement confronté à un instant T au risque. Christophe Castaner aurait dû s'économiser ce courrier qui, manifestement, était ordonné depuis le plus haut niveau de l'État, pensant que les policiers allait être des béni-oui-oui, de gentils petits syndicalistes et de gentils petits fonctionnaires, bien disciplinés. C'est fini ce temps-là. Et ce n'est pas en prétendant nous avoir apporté une amélioration du pouvoir d'achat le 19 décembre 2018 - ça fait presqu'un an - qu'il doit penser un seul instant arrondir les angles et faire en sorte que nous rentrions à la maison.