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Réforme ferroviaire : "C'est l'héritage de la SNCF qui est attaqué"

La grève à la SNCF est reconduite mardi, pour la septième journée consécutive. Francetv info a interrogé des cheminots sur leurs motivations.

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France Télévisions
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Des syndicalistes de la CGT et de SUD-Rail en gare de Dunkerque (Nord), le 16 juin 2014. (PHILIPPE HUGUEN / AFP)

Une vague de huées s'élève du hall 3 de la gare de Lyon, à Paris, lundi 16 juin, alors qu'une délégation de syndicalistes de la CGT fend la foule des passagers en attente. C'est la sixième journée consécutive de grève à la SNCF contre la réforme ferroviaire. Et  pas la dernière : les assemblées générales ont décidé la poursuite du mouvement pour mardi.

La tension est palpable parmi ces usagers lassés par le mouvement social. Mais les sifflets ne semblent pas atteindre les cheminots en grève. "On a l'habitude", assure Fabrice Desplanches, secrétaire général de la CGT Paris-Sud-Est, entre deux appels téléphoniques. 

"Nous sommes contre cette réforme"

A l'issue de l'assemblée générale, Fabrice Desplanches et des membres des deux principaux syndicats à l'origine de la grève, la CGT et SUD-Rail, se dirigent vers la régie de la gare, où sont diffusées les annonces, "pour une occupation symbolique". "Nous ne sommes pas contre les réformes, mais contre cette réforme", affirme Rachid, représentant CGT et contrôleur à la SNCF depuis seize ans.

Rachid, contrôleur à la SNCF et représentant CGT, sort de l'assemblée générale à la gare de Lyon, à Paris, le 16 juin 2014.  (CAROLE BELINGARD / FRANCETV INFO )

La réforme ferroviaire prévoit un rapprochement entre la SNCF et Réseau ferré de France (RFF), via la création de deux filiales : l’une, SNCF Réseau, pour la gestion du réseau, l’autre, SNCF Mobilités, pour la circulation des trains. Les deux établissements seraient dirigés par une holding de tête : la SNCF. 

"Ils disent que c'est pour éviter les problèmes, comme cette histoire des TER trop larges, mais ce n'est pas parce que l'on va créer des filiales que cela va mieux fonctionner", estime Patricia, salariée du service commercial de la SNCF depuis six ans. Paradoxe, en 1997, les syndicats ont fait grève contre la séparation de la SNCF et de RFF. Mais, aujourd'hui, ce rapprochement prévu entre les deux entités ne les convainc pas. Ils veulent le retour à une entreprise unique.

"Aucune garantie sur nos conditions de travail"

La dette du ferroviaire, qui s'élève à 44 milliards d'euros, dont 33,7 milliards pour le seul RFF, préoccupe également les syndicats. La réforme est justement censée stabiliser cette dette. Le rapprochement SNCF-RFF permettrait une économie de 1,5 milliard d'euros par an, souligne Le Nouvel Observateur. Mais pour les syndicats, ce n'est pas suffisant. Ils redoutent des répercussions sur l'emploi des cheminots.

Laurent Desplanches avertit : "Il y a déjà des suppressions d'emplois à la SNCF. Avec cette réforme, on craint pour nos conditions de travail et pour l'emploi, en cette période de fort taux de chômage." Les syndicats réclament donc une absorption de la dette par l'Etat. Une option difficilement envisageable tant cela éloignerait encore plus la France des objectifs budgétaires fixés par l'Union européenne.

Patricia et Coralie travaillent au service commercial de la SNCF et ont suivi l'appel à la grève, à la gare de Lyon, à Paris, le 16 juin 2014. (CAROLE BELINGARD / FRANCETV INFO)

Par ailleurs, les cheminots s'inquiètent de l'évolution de leurs conditions de travail, car le rapprochement de la SNCF et de la RFF doit entraîner une refonte de la convention collective. "Cette convention sera applicable aussi bien à la SNCF qu’aux autres compagnies de chemin de fer opérant dans l’Hexagone", rappelle Slate.

"Nous n'avons aucune garantie que nos conditions de travail actuelles soient pérennisées", se désole Laurent, contrôleur à la SNCF depuis vingt-quatre ans. "Je vais perdre des congés, ils veulent aussi nous imposer des allers-retours dans la journée pour les longues distances, pour ne plus avoir à payer les nuits en déplacement", s'inquiète-t-il.  

"Pour la sauvegarde du service public"

Pour Ludovic, chargé de maintenance des installations électriques des voies ferrées, employé à la SNCF depuis vingt ans, "la question est plus profonde qu'une histoire de statut ou de privilèges". "C'est l'héritage de la SNCF qui est en cause, c'est aussi savoir quelle société on veut demain, détaille-t-il. La SNCF appartient à l'Etat, à tous les Français, et on veut la dilapider. Nous, on est là pour la sauvegarde d'un service public, et pas pour faire de l'argent."

Ludovic suit le mouvement de grève pour la sixième journée consécutive, à la gare de Lyon, à Paris, le 16 juin 2014. (CAROLE BELINGARD / FRANCETV INFO )

En outre, la réforme ferroviaire met en place les jalons d'une ouverture à la concurrence prévue en Europe pour 2019 ou 2022, notamment sur les réseaux régionaux. Une évolution qui passe mal pour Laurent Desplanches : "Si on privatise les réseaux régionaux, certaines lignes vont disparaître car elles ne seront plus rentables." Ludovic renchérit : "Aujourd'hui, le personnel est formé de la même manière sur tout le territoire, il y a la même sécurité pour les usagers quelle que soit la ligne SNCF, quelle que soit la région. Mais demain ? On va vers le même modèle que l'aérien."

Ces syndicalistes jugent que leurs propositions ne sont pas entendues. Ils exigent un report de la réforme. Le texte doit être discuté à l'Assemblée nationale à partir du mardi 17 juin. "Si le gouvernement décide un report, on reprend le travail demain", promet Laurent Desplanches. Le Premier ministre, Manuel Valls, a écarté cette possibilité. Le conflit continue. 

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