Grève aux urgences : les propositions du gouvernement sont "complètement insuffisantes", assure une infirmière

Inès Gay, infirmière de nuit à l'hôpital Lariboisière à Paris, était invitée de franceinfo. Elle n'est pas convaincue par les propositions d'Agnès Buzyn au Congrès des urgentistes.

La ministre de la Santé Agnès Buzyn à la sortie du Conseil des ministre en mai 2019.
La ministre de la Santé Agnès Buzyn à la sortie du Conseil des ministre en mai 2019. (LEON TANGUY / MAXPPP)

Une cinquantaine de services des urgences sont en grève depuis trois mois. Une nouvelle manifestation est prévue à Paris jeudi 6 juin à 13 heures. Le cortège doit partir de Montparnasse en direction du ministère de la Santé. Les urgentistes dénoncent un manque d'effectifs, une surcharge de travail, des fermetures de lits... Le malaise est profond aux urgences où les arrêts maladie chez le personnel se multiplient. La ministre de la Santé Agnès Buzyn a fait quelques propositions au Congrès des urgences jeudi. Mais elles sont loin d'être satisfaisantes pour Inès Gay, infirmière de nuit à l’hôpital Lariboisière à Paris.

franceinfo : Le plan d'Agnès Buzyn est-il suffisant pour arrêter votre grève ?

Inès Gay : Les mesures qu'Agnès Buzyn prévoit ne sont pas du tout suffisantes pour combler les 10 ou 20 ans de retard accumulés. Ce qu'elle a proposé au Congrès des urgences est complètement insuffisant. Ce sont des choses qui ont déjà été évoquées et pour lesquelles on s'est déjà positionnés. Elle propose une prime qui existe déjà et qui apparemment n'est pas appliquée dans tous les hôpitaux. Il faut quelque chose de fort pour les urgences. Les paramédicaux, infirmiers et soignants ont besoin d'une rémunération importante pour qu'il y ait un peu plus d'attractivité dans ce milieu. On n'arrive plus à recruter et c'est très tendu.

Vous réclamez une augmentation des revenus et des effectifs ?

Si on veut vraiment sauver les urgences et pouvoir être humain envers nos patients, il nous faut des gens qui ne sont pas payés comme des chiens et qui peuvent s'investir sans se dire que les conditions de travail sont trop dures et qu'ils préfèrent aller ailleurs. Le risque est de devenir maltraitant envers les patients parce qu'on finit par être épuisés à force de sous-effectifs. Pour moi, les deux mesures très fortes qui peuvent être faites rapidement, ce sont des hausses d'effectifs et de salaires.

En 20 ans, le nombre de patients aux urgences a été multiplié par deux. Comment cela se traduit dans votre quotidien ?

Cela se traduit par de la violence. La violence est multifactorielle. Il faut vraiment dissocier le petit pourcentage de violences inévitables, de gens qui sont juste idiots et impatients, de la violence qui est vraiment évitable. Si on informe les gens, si on traite la douleur, si on les fait attendre moins longtemps, cette violence-là, elle se tarit. Ce sont des choses qui sont faciles à régler avec plus d'effectifs, plus de médecins, plus d'infirmiers, plus d'aides-soignants.