Crise des urgences : des pompiers "en bout de chaîne" appelés à manifester avec les soignants

Selon Sébastien Delavoux, animateur du collectif CGT des Services départementaux d'incendie et de secours (SDIS), les pompiers sont en première ligne face aux agressions aux urgences.

Un sapeur-pompier en grève, le 6 septembre 2019 à Nancy.
Un sapeur-pompier en grève, le 6 septembre 2019 à Nancy. (ALEXANDRE MARCHI / MAXPPP)

"Des sapeurs-pompiers se font agresser dans la salle des urgences parce qu'ils attendent, avec la victime qu'ils transportent, 40 minutes qu'elle soit prise en charge", dénonce Sébastien Delavoux, animateur du collectif CGT des Services départementaux d'incendie et de secours (SDIS), mercredi 11 septembre sur franceinfo.

La CGT appelle à manifester mercredi 11 septembre à partir de 13h à Paris pour dénoncer la situation dans les hôpitaux et les établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes. Mardi, le collectif Inter-Urgences a décidé de reconduire la grève entamée il y a six mois, malgré les annonces de la ministre de la Santé Agnès Buzyn. Les soignants vont être rejoints mercredi par les pompiers, également en grève depuis fin juin.

Franceinfo : dans le plan annoncé par Agnès Buzyn ce mardi, vous ne trouvez pas non plus votre bonheur ?

Sébastien Delavoux : les pompiers sont en rapport avec les urgences et avec la régulation médicale. Aujourd'hui, il n'y a pas de solution concrète avancée pour la régulation médicale. On a régulièrement des agents qui attendent 10, 15, 20 minutes pour avoir un médecin et passer un bilan avant de transporter.
Des sapeurs-pompiers se font agresser dans la salle des urgences parce qu'ils attendent, avec la victime qu'ils transportent, 40 minutes qu'elle soit prise en charge. Donc tant qu'il n'y a pas de la création de lits en aval des urgences, des postes créés aux urgences et des solutions concrètes, immédiates qui tiennent la route pour que les urgences soient désengorgées, nos problèmes ne seront pas résolus.

Quelles sont ces solutions immédiates ?

Aujourd'hui, on a un problème avec la médecine de ville. Sur certains horaires ou à certains endroits, les gens ne trouvent plus de médecins et c'est pour cela qu'ils finissent aux urgences. Ils n'ont pas d'autres solutions. Les sapeurs-pompiers transportent sur le lieu que leur désigne la régulation médicale. Il y a déjà eu des engagements pris en 2015 : ils devaient pouvoir transporter vers des maisons de santé ou vers d'autres établissements. Mais statistiquement, cela ne représente rien. Bilan des courses, tout le monde finit aux urgences.

Les pompiers assurent des missions qui ne sont pas les leurs ?

Les pompiers sont en bout de chaîne. Les pompiers viennent en complément de la police sur des bagarres. Mais de plus en plus, par faute de moyen de la police, les pompiers arrivent en plus de la police mais ils sont tout seuls parce que la police n'est pas là. Ils se retrouvent à être confrontés à des personnes agressives. Jusqu'à maintenant, on a eu les moyens de répondre à chaque sollicitation même quand elles de relevaient pas de nos compétences, aujourd'hui ce n'est plus possible. On a un maillage territorial qui commence à s'affaiblir : 80% du maillage territorial repose sur les sapeurs-pompiers volontaires, qui sont sapeurs-pompiers en plus de leurs métiers. Ils sont moins disponibles parce qu'ils ont les mêmes contraintes que les autres travails. Eux aussi leur activité a augmenté. Entre 2003 et 2018, c'est plus d'un million d'interventions supplémentaires par an pour les sapeurs-pompiers quand, en même temps, on a une diminution de la disponibilité des sapeurs-pompiers volontaires et une stabilisation des effectifs de sapeurs-pompiers professionnels.