Crise de l'hôpital public : trois questions sur les nouvelles primes promises aux soignants

Les primes annoncées ne satisfont pas les organisations de personnel hospitalier, qui plaident pour hausse réelle des salaires.

Enseigne du centre hospitalier de Brive-la-Gaillarde (Corrèze), juillet 2019. Photo d\'illustration.
Enseigne du centre hospitalier de Brive-la-Gaillarde (Corrèze), juillet 2019. Photo d'illustration. (NICOLAS BLANZAT / FRANCE-BLEU LIMOUSIN / RADIO FRANCE)

Le gouvernement a annoncé plusieurs primes, mercredi 20 novembre, dans le cadre d'un nouveau "plan d'urgence" destiné à apaiser la crise de l'hôpital public. Qui devrait toucher ces revenus supplémentaires ? Pour quel montant ? Franceinfo répond aux questions qui se posent sur ces primes, déjà décriées par certains collectifs hospitaliers.

1De quelles primes parle-t-on ?

Depuis plusieurs mois, les soignants réclament une amélioration de leur rémunération. Pour leur répondre, le gouvernement a annoncé créer de nouvelles primes et étendre l'attribution de certaines enveloppes.

• La prime "d'engagement" des médecins augmentée et étendue. Cette prime est aujourd'hui réservée aux médecins qui s'engagent à exercer dans le service public hospitalier pendant un certain nombre d'années. Elle sera étendue aux métiers de soignants sous tension (infirmiers spécialisés et manipulateurs radio) et à davantage de jeunes praticiens et son montant sera revalorisé.

• Une prime annuelle de 800 euros net pour les bas salaires, à Paris et en proche banlieue. "Nous reconnaissons la situation spécifique de Paris et de la petite couronne", a déclaré la ministre de la Santé. Pour répondre à un coût de la vie élevé, Agnès Buzyn a donc annoncé une prime annuelle attribuée de manière "pérenne" aux quelque 40 000 infirmiers et aides-soignants qui gagnent moins de 1 900 euros par mois. Cette prime de 800 euros nets par an revient à 66 euros par mois.

• Une prime mensuelle de 100 euros net pour certains aides-soignants. Le gouvernement traite le dossier au cas par cas. Ainsi, les aides-soignants qui exercent auprès de personnes âgées et ont suivi une formation spécifique en gériatrie, vont voir leur rémunération augmenter légèrement. Une prime de 100 euros net par mois leur sera versée dès 2020, a annoncé la ministre de la Santé. Elle pourrait concerner jusqu'à 60 000 professionnels.

• Une prime annuelle d'environ 300 euros au mérite. Les hôpitaux auront ainsi "des enveloppes financières à leur main" pour "mieux reconnaître les efforts de chacun". A la clé ? Une prime annuelle d'environ 300 euros, qui pourrait concerner jusqu'à 600 000 professionnels hospitaliers. Celle-ci sera différente dans chaque établissement, et elle "n'obéira pas à des critères financiers, mais à la qualité de prise en soin", a indiqué Agnès Buzyn.

2Y a-t-il déjà eu des gestes en ce sens ?

Avant ce nouveau "plan d'urgence", le gouvernement avait déjà fait des annonces en faveur de l'hôpital. En juin, Agnès Buzyn avait ainsi tenté (en vain) de calmer la colère du personnel hospitalier en attribuant une prime mensuelle de risque de 100 euros net par mois aux paramédicaux travaillant dans les services d'urgences. Les assistants de régulation médicale étaient aussi concernés par cette mesure.

Cette prime est entrée en vigueur dès le 1er juillet. Mais elle n'a pas suffi à stopper la crise. Trois mois après son versement, les grèves continuent dans plus de 260 services d'urgences et des milliers de personnels hospitaliers ont manifesté le 14 novembre, partout en France.

3Pourquoi ces primes sont-elles critiquées ?

Le Collectif inter-hôpitaux avait prévenu le gouvernement : ses membres demandaient une augmentation immédiate de 300 euros net mensuels de tous les salaires, "pas un saupoudrage de primes"Antoine Pelissolo, psychiatre et membre du collectif juge les annonces "insuffisantes"

On nous avait annoncé un effort massif, c'est la déception qui est massive.Antoine Pelissoloà l'AFP

Raté. "On se moque complètement de nous !", estime Thierry Amouroux, porte-parole du Syndicat national des professionnels infirmiers (SNPI), sur franceinfo. Ce qu'on veut, c'est avoir des salaires décents." Même son de cloche du côté d'Olivier Youinou, secrétaire général adjoint de SUD-Santé à l'AP-HP : "On espérait sincèrement avoir des réponses sur les salaires et pas sur les primes."

Car prime et salaire sont deux choses bien différentes. Dans la fonction publique, une augmentation des salaires doit passer par une hausse du point d'indice. Une option non retenue par le gouvernement. Si l'indice a déjà (légèrement) augmenté depuis le début du quinquennat, la hausse de salaire correspondante n'équivaudra qu'à 78,67 euros bruts par mois pour les infirmiers débutants. Les primes annoncées ne rentreront pas non plus dans le calcul des pensions de retraite des fonctionnaires.

Autre point noir, pour les collectifs et syndicats : les nouvelles primes annoncées par le gouvernement ne vont pas être attribuées de manière uniforme. L'une concerne seulement les bas salaires qui travaillent à Paris et en proche banlieue, une autre les aides-soignants en gériatrie, quand une autre est laissée à l'appréciation de chaque établissement. Dans ces conditions, le syndicat national des professionnels infirmiers a annoncé qu'il allait continuer à faire grève. "Le 5 décembre, on sera là."