Dépôt de bilan de Mory Ducros : les ministres pessimistes sur une éventuelle reprise

Le transporteur de messagerie a annoncé être en cessation de paiement. Jusqu'à 5 000 emplois pourraient être supprimés dans l'Hexagone, alors que le secteur est déjà en crise.

Des véhicules du Mory Ducros, le 22 novembre 2013, à Rennes (Ille-et-Vilaine).
Des véhicules du Mory Ducros, le 22 novembre 2013, à Rennes (Ille-et-Vilaine). (DAMIEN MEYER / AFP)

La direction de Mory Ducros mise sur un repreneur, mais rien n'est moins sûr, tant le secteur du transport routier souffre de la crise. Le transporteur de messagerie (notamment de colis), a officiellement annoncé, vendredi 22 novembre, être en cessation de paiements, lors d'un comité d'entreprise extraordinaire. Il a demandé son placement en redressement judiciaire. "Mory Ducros rencontre des difficultés qui l'éloignent de la voie du redressement", confirme simplement la direction. Voici pourquoi cette nouvelle est particulièrement inquiétante. 

La plus grosse faillite d'entreprise depuis le début du quinquennat 

"C'est la plus grosse faillite enregistrée depuis le début du quinquennat de François Hollande et l'une des plus importantes qu'ait jamais connue la France", écrit Le Monde. Mory Ducros est la première entreprise de messagerie française indépendante, et s'appuie sur un réseau de 85 agences qui gèrent 70 000 expéditions par jour. Le groupe emploie 5 200 personnes et, selon les estimations des syndicats, entre 2 000 et 3 000 postes pourraient être supprimés. Et si l'on ajoute les sous-traitants, ce chiffre pourrait grimper à 7 000 emplois, selon la CFDT. 

Depuis le plan social de Moulinex en 2001, qui avait concerné 5 500 personnes, dont 3 300 étaient restées sur le carreau, rappelle L'Expansion, il s'agirait alors du plus gros plan social des années 2000 dans l'Hexagone. 

Un secteur toujours plus en crise

Entre novembre 2011 et novembre 2012, 52 222 défaillances d'entreprises ont eu lieu sur les dix premiers mois de 2013 tous domaines confondus, selon le baromètre des défaillances de l'assureur-crédit Coface, publié jeudi 22 novembre. Un chiffre en hausse de 4,2% sur un an et proche du record récent de 52 589, enregistré en 2009, au plus fort de la crise. Par secteurs, la construction, la distribution et le textile-habillement concentrent, à eux seuls, quasiment 50% des défaillances enregistrées. Mais le secteur des transports est également très touché. 

Après avoir doublé en 2008, où 10 000 postes avaient été détruits, le nombre de faillites dans le transport routier a continué d'augmenter les années suivantes. Selon l’Observatoire Véhicules industriels et transport routier, du cabinet de conseil en analyse stratégique et prospective économique BIPE, 2012 restera comme la pire année depuis quinze ans, avec un recul de 7%, soit 1 200 milliards de tonnes-kilomètres en moins. "Compte tenu de la situation économique, les entreprises réduisent leur activité et ont moins recourt aux services de transport", explique l'Insee, qui confirme cette tendance baissière.

D’après les chiffres de la Fédération nationale des transports routiers (FNTR), cités par 20 Minutes, "l’activité a chuté de 21,3% entre 2007 et 2012, entraînant sur la période, pour ces entreprises, une flambée des liquidations ou des redressements judiciaires de 27,4%"

Des ministres pessimistes

Alors que Jean-Marc Ayrault a assuré de la mobilisation du gouvernement sur le dossier, ses ministres Arnaud Montebourg (Redressement productif), Frédéric Cuvillier (Transports) et Michel Sapin (Travail), se sont montrés pessimistesCes derniers ont annoncé dans la foulée vouloir "rencontrer au plus vite" les partenaires sociaux du groupe afin "d'étudier avec eux l'ensemble des hypothèses en présence".

Mais, lors d'une conférence de presse donnée le même jour, Arnaud Montebourg a affirmé, concernant de potentiels repreneurs : "Il y a des manifestations d'intérêt, mais pas de proposition exprimée." En déplacement à Toulouse, Frédéric Cuvillier a martelé : "Tout va être mobilisé, tout va être étudié : d'abord, comment consolider le maintien d'un niveau d'activité sur l'entreprise qui doit se traduire par la perspective du sauvetage de 2 000 emplois au moins et regarder comment nous pouvons, site par site, assurer la reprise ou l'offre d'emplois à ceux qui seront victimes de ce plan tel qu'il a été annoncé."