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Nicolas Sarkozy et les promesses non tenues de Gandrange

Quatre ans après avoir promis de sauver l'aciérie ArcelorMittal de Gandrange, fermée en 2009, le président candidat affirme que "les engagements pris ont été scrupuleusement tenus".

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Nicolas Sarkozy, le 4 février 2008, lors de sa première visite à l'aciérie de Gandrange (Moselle). (FREDERICK FLORIN / AFP)

"Les engagements pris sur Gandrange ont été scrupuleusement tenus." Invité de la matinale de France Inter jeudi 1er mars, Nicolas Sarkozy a voulu faire taire les critiques qui l'accusent, depuis la fermeture de l'usine sidérurgique d'ArcelorMittal en mars 2009, de n'avoir pas respecté ses promesses.

"Il y avait 571 salariés concernés par la fermeture des activités. Il y en a 571 qui ont été reclassés. Il n'y a eu aucun licenciement. Au-cun." Et le président candidat de rappeler que "345 emplois ont d'ores et déjà été créés" grâce aux "engagements de revitalisation" conclus en 2009 entre ArcelorMittal et l'Etat, peu avant la fermeture de l'aciérie mosellane.

Parallèlement à la fermeture du four de Gandrange, le groupe sidérurgique avait en effet pris trois engagements : investir 30 millions d'euros pour les activités restant sur le site afin de générer 119 emplois, créer un centre de formation technique accueillant 120 stagiaires et mobiliser 10 millions d'euros d'investissement technologique dans le domaine des matériaux.

"La revitalisation ne s'est pas faite sur le bassin de Gandrange"

Un an après la décision prise en 2008 de fermer l'aciérie de Gandrange, Nicolas Sarkozy, interviewé à l'Elysée le 5 février 2009, assurait – déjà – que ces trois engagements avaient été "scrupuleusement" tenus par ArcelorMittal.

Mais pour Edouard Martin, représentant CFDT au comité d'entreprise européen, le compte n'y est pas : "La revitalisation promise ne s'est pas faite sur le bassin de Gandrange, mais s'est diluée sur un secteur beaucoup plus vaste, parfois dans des secteurs d'activité qui n'ont rien à voir avec le métier."

Le syndicaliste rappelle également les projets avortés d'atelier photovoltaïque ou de construction de portes coupe-feu. "Un atelier de poutrelles a bien vu le jour, mais à Yutz [à une quinzaine de kilomètres], dont le maire est comme par hasard UMP", relève-t-il. Quant aux deux centrales à gaz qui devaient voir le jour conjointement avec Poweo, elles ont été abandonnées. Le fournisseur de gaz "était d'accord. Là-dessus, patatras, la crise leur tombe dessus, ils ont eux-mêmes des difficultés pour continuer à vivre, donc ils ne vont pas se développer alors qu'ils ont eux-mêmes des difficultés !", expliquait Nicolas Sarkozy dans cette interview de 2009. Le centre de formation, lui, a bien été ouvert, mais n'accueille qu'une soixantaine de jeunes au lieu des 120 prévus, comme l'a reconnu Nicolas Sarkozy jeudi au micro de France Inter.

Les salariés reclassés bientôt licenciés ?

Mais pour les anciens salariés de l'aciérie, ce sont les engagements pris par Nicolas Sarkozy le 4 février 2008, lors de sa première visite à Gandrange à la suite de l'annonce de la fermeture, qui résonnent encore. Le chef de l'Etat avait promis, debout sur une estrade, de tout faire pour sauver l'usine : "Première solution, on arrive à convaincre monsieur Mittal de laisser ouvert tout ou partie du site. Dans ce cas-là, on investira avec lui. Deuxième solution : qu'on essaye de trouver un repreneur, et il en existe, on investira avec lui pour laisser le site ouvert." Mais ArcelorMittal n'a pas cédé.

"Ici reposent les promesses de Nicolas Sarkozy", a inscrit la CFDT sur une stèle érigée en 2009 à Gandrange. Même si elle a été volée depuis, le sentiment reste le même. Et les "bonnes nouvelles" annoncées jeudi par Nicolas Sarkozy pour l'usine voisine de Florange, dont deux hauts-fourneaux sont à l'arrêt, n'y changent rien. D'autant qu'elles ont été rapidement nuancées par la direction d'ArcelorMittal"A chaque fois que Mittal s'engage à investir, il se rétracte quelques mois plus tard sous prétexte que le marché n'est pas favorable", dénonce Edouard Martin, qui invite tous les sceptiques à "venir visiter les décombres de l'aciérie".

Pour la suite, le syndicaliste n'est pas optimiste. "En mars, deux usines vont fermer au Luxembourg. Ça va être du licenciement, car hormis Florange, il n'y a plus d'usine où reclasser les ouvriers dans les environs", déplore-t-il, bien que la direction n'évoque pour l'heure qu'une baisse d'activité "temporaire". Selon lui, beaucoup de Français travaillent sur ces sites luxembourgeois de Schifflange et Rodange. C'est notamment là qu'ont été reclassés la moitié des 571 salariés de l'aciérie de Gandrange.

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