La RATP refuse des affiches contre l'islamophobie

La régie publicitaire de l'entreprise a expliqué que le caractère religieux et politique des visuels "contrevenait à la convention les liant à la RATP".

Une affiche de la campagne du Collectif contre l\'islamophobie en France (CCIF) 2012.
Une affiche de la campagne du Collectif contre l'islamophobie en France (CCIF) 2012. (CCIF 2012)

ENTREPRISES – "Nous aussi sommes la nation", crient des jeunes gens, hommes et femmes, dont certaines portent le voile, brandissant le drapeau tricolore. Mais vous ne verrez pas cette campagne d'affichage dans le métro parisien. La régie publicitaire de la RATP a refusé ces publicités contre l'islamophobie, arguant de son caractère religieux et politique, a révélé mardi 13 novembre le Collectif contre l'islamophobie en France (CCIF), à l'initiative de cette campagne. Les affiches seront finalement affichées sur le périphérique parisien. Elles sont actuellement diffusées à Lyon (Rhône) et sa région. 

Pour la régie, les visuels revêtent en effet un caractère confessionnel et politique, contrevant "à la convention les liant à la RATP""A ce jour, nous nous interrogeons sur les motivations réelles de cette fin de non recevoir", a réagi Lila Charef, du CCIF. "Nous étudions la possibilité d'un recours juridique", a ajouté Sumeja Rahmani, contactée mercredi par francetv info.

Trois affiches et un spot

La campagne "Nous sommes la Nation" se décline sur trois affiches. L'une est une libre réinterprétation du Serment du Jeu de Paume, de David, où des citoyens – dont des femmes voilées – se saisissent du drapeau français et prêtent serment, la main levée.

Une autre représente une famille française en 2012, avec la mère, qui porte un voile sur la tête, le père et deux jumelles blondes avec des couettes en bas âge. 

Une affiche de la campagne du Collectif contre l\'islamophobie en France (CCIF) 2012.
Une affiche de la campagne du Collectif contre l'islamophobie en France (CCIF) 2012. (CCIF 2012)

La dernière représente le trombinoscope de l'entourage d'une femme, en haut à gauche, suivi d'une galerie de portraits de ses proches.

Le CCIF explique aussi sa démarche dans une vidéo, où apparaissent des visages de plusieurs personnes, qui se veulent représentatives de la société.

"Des arguments infondés" pour le CCIF

Le CCIF a rendu publique une lettre de Gérard Unger, président et directeur général de Metrobus, où ce dernier explique que "les trois visuels utilisent des signes religieux tels que le voile, et pour ce qui concerne le second également les péotes [longues mèches de cheveux portées par les hommes juifs orthodoxes], la soutane et la croix chrétienne".

Par ailleurs, "le slogan 'nous sommes la Nation' et l'utilisation d'un emblème de la nation française qu'est le drapeau français relèvent du politique et d'une revendication politique", juge Gérard Unger. 

"Ces arguments sont fallacieux et infondés : nous ne les comprenons pas. Nous n'avons absolument pas voulu transmettre un message politique. Je pense que des femmes voilées en position de citoyenne, qui sourient, n'est pas envisageable pour la régie publicitaire de la RATP", estime Sumeja Rahmani, à francetv info.

"Cette campagne vise à dénoncer les préjugés, les attitudes islamophobes et les discours stigmatisants qui divisent les citoyens plutôt que de les rassembler, alors que notre pays traverse une période difficile sur le plan social et économique", argue le Collectif.