Faut-il décaler ses horaires pour éviter les trains bondés ?

La SNCF veut proposer aux entreprises de retarder leurs horaires du matin, pour mieux répartir le trafic des usagers d'Ile-de-France. Francetv info pèse le pour et le contre.

Durée, chaleur, position debout, agressivité… Les usagers des transports en commun souffrent.
Durée, chaleur, position debout, agressivité… Les usagers des transports en commun souffrent. (THOMAS SAMSON / AFP)

Comment éviter d'avoir le visage plaqué aux vitres du métro, d'être collé à son voisin, serré comme une sardine en rentrant du travail ? Pour ne pas subir cette situation vécue par de nombreux Franciliens aux heures de pointe, la SNCF Transilien lance une idée originale : elle va demander à certaines entreprises de décaler le début de la journée pour étaler le trafic matinal.

Tout part d'un constat : les taux de charge des trains atteignent 150 à 200% pendant les périodes dites d'"hyper pointe", de 7h30 à 9h et de 17h à 18h30. Mais seulement 40% en moyenne le reste de la journée. Et ces trains saturés provoquent retards, stress et fatigue pour les 3 millions d'usagers quotidiens des cinq lignes de RER. L'idée de décaler les horaires d'embauche et de débauche est alors apparue dans une réunion publique, comme le rapporte Le Parisien, jeudi 28 mars. Est-ce une bonne idée ? Francetv info détaille les avantages et les inconvénients de cette mesure.

Oui, une démarche de "bon sens" 

"Ce n'est pas une idée aberrante", explique Jean Sivardière, président de la Fédération nationale des associations d'usagers des transports (Fnaut), contacté par francetv info. "Si cela permet de soulager le trafic, ce n'est que du bon sens. Le confort du voyageur n'en sera que grandi. D'autant qu'on sait que cela fonctionne." A Rennes et à Grenoble, les sociétés de transports en commun ont demandé aux universités de décaler le début des cours. La fréquentation du trafic à l'"hyper-pointe" a diminué et le flux de voyageurs s'est étalé.

Une mesure qui "ne coûte pas un sou", souligne le président de la Fnaut. "Il faut être conscient que le Réseau ferré de France n'a que peu de moyens. Une telle mesure n'a pas d'impact financier, donc cela permet d'agir sans se ruiner."

Au Medef, on se montre "favorable à une concertation sur le sujet". Jérôme Dubus, délégué général du Medef Ile-de-France, estime que "tout ce qui améliore le trafic est bon à prendre, car actuellement les conditions sont catastrophiques. Il ne se passe pas un matin sans qu'il y ait des retards dans toutes les entreprises de la région parisienne", explique-t-il à francetv info. Mais l'organisation patronale pose des conditions à cet étalement des horaires dans les entreprises. "Il ne doit y avoir aucune réduction du temps de travail. Nous attendons aussi des incitations financières pour les entreprises qui modulent leurs horaires, et bien entendu l'accord des salariés." 

Non, la SNCF "oublie ses responsabilités"

Si l'idée d'opter pour de nouveaux horaires présente des avantages, elle reste "très difficile à mettre en œuvre", souligne le président de la Fnaut. "Ce sera beaucoup plus compliqué d'appliquer la mesure dans l'industrie (avec des horaires fixes comme les 3x8) que dans les services", ajoute-t-on au Medef.

Pour le président de la Fédération des usagers des transports et des services publics (FUTSP), Jean-Claude Delarue, les horaires décalés permettent "d'améliorer les choses mais à la marge". "D'autant que si on ne commence pas à 9h mais à 9h15 et que la fréquence des transports n'est pas adaptée, on ne fait que décaler le problème."

Même son de cloche à la Fnaut, qui y voit une solution "palliative". "Pour mieux digérer la saturation, il n'y a pas de secret, il faut mieux entretenir le matériel et prévoir plus de conducteurs, indique Jean Sivardière. Si les trains circulaient aux horaires prévus, cela serait déjà pas mal... La SNCF ne doit pas oublier ses propres responsabilités." Et le Medef suggère de mener une réflexion pour "penser une amélioration du réseau sur le long terme et explorer d'autres solutions, comme le télétravail ou le covoiturage".