Bridgestone : quels sont les leviers du gouvernement pour sauver les emplois de l'usine de Béthune ?

Gagner du temps, investir, réindustrialiser le site… Plusieurs options s'offrent au gouvernement, alors qu'une réunion s'est tenu avec la direction de Bridgestone, qui envisage de fermer son site du Pas-de-Calais, menaçant les emplois de 863 personnes.

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L'usine japonaise de pneus Bridgestone, à Béthune (Pas-de-Calais), le 17 septembre 2020. (SYLVAIN LEFEVRE / AFP)

La phrase hante les gouvernements depuis vingt ans. "L'Etat ne peut pas tout", avait déclaré en 2000 Lionel Jospin pour expliquer son incapacité à s'opposer à des licenciements chez Michelin. Le gouvernement de Jean Castex sera-t-il aussi impuissant dans le dossier Bridgestone ? Le groupe japonais a annoncé la fermeture prochaine de son usine de pneus de Béthune (Pas-de-Calais), qui emploie 863 personnes. 

Premier employeur de cette ville de 25 000 habitants, la multinationale a justifié la "cessation définitive" de l'activité du site à l'horizon 2021 en invoquant une surcapacité de production en Europe et la concurrence des marques asiatiques à bas coût. "On va voir cet après-midi ce que nos dirigeants sont prêts à faire pour nous aider", a déclaré le représentant de l'Unsa Christian Przemyski, lundi 21 septembre, avant une réunion entre la direction, les syndicats, les élus locaux et le gouvernement. De quels recours dispose vraiment l'exécutif, alors que l'entreprise Bridgestone a réaffirmé que la fermeture était "la seule option" ?

Retarder l'échéance pour "trouver une solution"

Le gouvernement a commencé par gagner du temps. La direction de Bridgestone et les représentants du personnel de l'usine de Béthune ont  ainsi signé un "accord de méthode" permettant de discuter pendant cinq mois de "scénarios alternatifs à la fermeture", a affirmé dimanche 20 septembre la ministre déléguée à l'Industrie, Agnès Pannier-Runacher pendant "Le Grand Jury" RTL-Le Figaro-LCI.

La ministre a précisé lundi la première étape de ces discussions : le gouvernement va mandater le cabinet de conseil Accenture pour réaliser une "contre-expertise" sur l'ensemble des scénarios étudiés par Bridgestone avant de prendre la décision de fermer son usine de Béthune. Ce travail "nous permettra non seulement de regarder ces scénarios mais également (...) de soumettre des scénarios alternatifs autour de cette technologie du pneu", a déclaré Agnès Pannier-Runacher, à l'issue de la réunion avec la direction et les syndicats de Bridgestone.

Investir, sous conditions

L'Etat doit-il sortir son chéquier ? Oui, a estimé le président des Hauts-de-France Xavier Bertrand sur Europe 1, dimanche. Il faut, selon lui, "essayer ce qui s'est produit en 2013", pour l'usine de Bari (Italie) promise à la fermeture. Après un "bras de fer terrible", l'Etat a "accepté de financer une très large partie des investissements nécessaires" et "60% des emplois ont été maintenus", a-t-il souligné. La région Hauts-de-France, qu'il préside, serait prête à mettre la main à la poche, si des emplois sont préservés et des perspectives dessinées, a-t-il déclaré.

Le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal s'est refusé, lundi sur France Inter, à chiffrer un possible investissement de l'Etat. Et il a conditionné des aides éventuelles à une production mieux adaptée au marché. Car l'usine de Béthune fabrique des petits pneus  jugés désormais inadaptés à la demande. "L'objectif est de revoir un projet industriel : les pneus qui sont produits dans l'usine de Béthune ne sont pas les pneus qui correspondent à la demande du marché aujourd'hui, donc il faut faire évoluer la production", a-t-il déclaré. Le porte-parole du gouvernement affirme que "s'il y a ce nouveau projet industriel, que l'usine est prête à y aller, l'Etat et les collectivités mettront de l'argent pour y parvenir". 

Réindustrialiser le site

Sur CNews le 16 septembre, Bruno Le Maire avait pointé une solution de repli sans Bridgestone : la "réindustrialisation" du site. S'il n'y a pas d'autre perspective, "nous allons nous battre pour trouver des solutions de réindustrialisation du site" afin "qu'il y ait, pour chaque ouvrier de Bridgestone, une solution qui soit une solution cohérente et acceptable", a-t-il lancé. Il s'agirait donc d'attirer de nouveaux industriels ou de tenter de revitaliser le bassin d'emploi de Béthune, faute d'avoir obtenu que Bridgestone renonce à la fermeture de l'usine.

La direction de l'entreprise japonaise a annoncé de son côté, lundi, qu'elle entendait "participer activement à la recherche de solutions pour le site et le territoire", tout en maintenant la fermeture de son usine. Elle a assuré "rechercher des entreprises susceptibles d'être intéressées par une reprise totale ou partielle du site et des employés ou pour développer des projets permettant de créer de nouvelles activités dans la région". 

Cette réindustrialisation nécessitera probablement à nouveau des aides publiques, alors que des voix s'élèvent pour dénoncer des aides "sans contrepartie", comme celles dont a bénéficié Bridgestone ces dernières années. Certains élus militent d'ailleurs pour que l'entreprise "rembourse" les aides publiques perçues, dont 1,8 million d'euros de CICE, ou 620 000 euros d'aides régionales. "On ne peut plus accepter que des entreprises viennent s'implanter en France et organisent elles-mêmes leur baisse de production en refusant de se transformer. Le fait de mettre beaucoup d'argent sans contrepartie dans les entreprises, ça ne marche pas", a dénoncé samedi le député LFI de Seine-Saint-Denis Eric Coquerel, sur franceinfo.

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