Prix du gaz : pourquoi le tarif réglementé va-t-il s'envoler de 10% dès le 1er juillet ?

Après une hausse de 4% en juin, le tarif du gaz augmente de près de 10% en juillet. Une explosion des prix qui fait suite à plusieurs mois de baisse liée à la pandémie de Covid-19.

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Le gaz reste un poste de dépense important pour les Français (JOHANNA LEGUERRE / AFP)

La facture risque de s'alourdir pour des millions de ménages. Le tarif réglementé du gaz connaît un troisième mois de hausse consécutive en France, avec une nouvelle augmentation de 9,96% hors taxes au 1er juillet. Entre la reprise économique mondiale et les nouveaux objectifs écologiques français, les spécialistes du secteur envisagent une augmentation durable des prix du gaz.

"Cette hausse des prix était attendue, elle était même inévitable", rappelle Raphaël Boroumand, professeur d'économie et spécialiste de l'énergie à la Paris School of Business. Parmi les facteurs expliquant cette évolution, "la reprise de l'activité économique en Chine pèse pour beaucoup", analyse-t-il, "avec le redémarrage d'industries énergivores comme la papeterie et l'automobile". 

Redémarrage de l'industrie mondiale

L'état des stocks de gaz naturel en Europe constitue un autre facteur. Un continent qui a souffert "d'un hiver plutôt long, et d'une forte consommation des ménages du fait du télétravail", liste Patrice Geoffron, professeur d'économie à l'université Paris-Dauphine. Résultat : les réserves de gaz du Vieux Continent sont près de 40% inférieures à la moyenne. Par ailleurs, "le remplissage des stocks a été lent au printemps à cause des températures en dessous des normales de saison", ajoute-t-il. 

Cette demande prolongée est une aubaine pour les exportateurs de gaz comme la Russie (dont provient plus d'un tiers du gaz consommé en Europe), qui tente depuis plusieurs mois de tirer les prix vers le haut en limitant ses exportations. Le marché du gaz a par ailleurs souffert "d'importantes opérations de maintenance en Norvège, qui compte pour 18% des importations européennes", détaille Raphaël Boroumand.

Vers une hausse durable en France comme ailleurs

"Quand on regarde les indicateurs économiques et la tension sur l'offre, tout laisse penser à une hausse prolongée des prix du gaz", prévient Raphaël Boroumand, qui évoque une dernière cause d'inflation : l'augmentation du prix de la tonne de CO2, un dispositif censé soutenir la transition écologique. "Cette hausse en Europe va encourager le remplacement du charbon par le gaz [moins taxé], pour produire de l'électricité", explique Patrice Geoffron.

En France, l'augmentation des tarifs du gaz est aussi en partie liée au coût revu à la hausse des certificats d'économie d'énergie (CEE), qui obligent les fournisseurs de gaz ou d'électricité à financer des mesures vertes. De nouveaux objectifs de sobriété énergétique "qui comptent pour un cinquième de la hausse en France", estime Patrice Geoffron.

"On peut relativiser sur les dernières années"

Si les prix sont amenés à grimper à court terme, les experts appellent néanmoins à relativiser la hausse en observant l'évolution sur le long terme. Car la relance industrielle mondiale corrige actuellement les prix du gaz, qui étaient en baisse quasi constante depuis le début de la pandémie de coronavirus. Finalement, les tarifs du gaz en France n'ont augmenté que de 1,1% depuis le 1er janvier 2019, comme l'a souligné la Commission de régulation de l'énergie (CRE) dans un communiqué"La lecture sur quelques trimestres peut donner lieu à des mouvements spectaculaires", alerte Patrice Geoffron, qui fait remarquer que les prix actuels sont revenus au même niveau qu'en 2015. 

"On peut relativiser sur les dernières années, mais ce qui intéresse les consommateurs, ce sont les tarifs à venir", note Raphaël Boroumand, qui pointe "un problème de prévision budgétaire" pour les quelque 3,2 millions de clients d'un contrat au tarif réglementé en France. Le gaz reste un poste de dépense important pour les Français, rappelle l'association UFC-Que choisir, qui estime à 1 200 euros la facture annuelle moyenne pour un ménage chauffé au gaz, soit "plus d’un mois de salaire pour de nombreux Français".

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