Précarité énergétique : la Fondation Abbé Pierre plaide pour "une vraie interdiction des locations de passoires thermiques"

La précarité énergétique engendre un fort isolement, explique Christophe Robert, le directeur général de la Fondation Abbé Pierre.

Christophe Robert, le directeur général de la Fondation Abbé Pierre, à Paris, en janvier 2017.
Christophe Robert, le directeur général de la Fondation Abbé Pierre, à Paris, en janvier 2017. (CHRISTOPHE MORIN / MAXPPP)

"Nous plaidons pour une vraie interdiction des locations de passoires thermiques, ce serait un vrai signal important au marché du logement", a déclaré, sur franceinfo, Christophe Robert, directeur général de la Fondation Abbé Pierre, mardi 25 février.

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Selon les derniers chiffres de l'Observatoire national de la précarité énergétique, 6,8 millions de personnes vivent en situation de précarité énergétique. Des personnes mal chauffées vivent dans "des passoirs énergétiques, des logements qui appartiennent aux plus mauvaises catégories d'isolation", a expliqué Christophe Robert.

franceinfo : Qui sont ces personnes en précarité thermique ?

Christophe Robert : Il y a environ sept millions de passoires énergétiques en France, donc des logements qui appartiennent aux plus mauvaises catégories d’isolation, F et G. Selon les critères que l’on retient, entre 9 et 12 millions de personnes sont confrontées à la précarité énergétique, parce qu’elles n’arrivent pas à se chauffer, parce que leur logement est inchauffable ou parce qu’elles n’ont pas les ressources pour se chauffer.

À la fondation Abbé Pierre, on intervient auprès de propriétaires occupants, qui ont très peu de ressources, parfois qui ont hérité d’un bien qu'ils n’ont pas pu entretenir pendant 10 voire 30 ans et aujourd’hui ce bien est inchauffable. On voit des personnes âgées seules qui se recroquevillent dans un coin, qui mettent un poêle quelque part mais qui ne permet pas de chauffer la maison dans son ensemble. C’est pour cela que ce chantier de la rénovation thermique des logements est central et déterminant dans notre pays.

La précarité thermique a-t-elle des conséquences sur l'isolement ?

On avait mené une étude il y a sept ou huit ans, on avait comparé deux groupes [de personnes] à peu près similaires, l’un en précarité énergétique, l’autre pas. On avait vu une surreprésentation des maladies chroniques et des maladies respiratoires. La précarité énergétique occasionne des effets sur la santé très importants.

Il y a aussi la question de l’isolement. On a honte souvent de dire dans quelles conditions on vit, on refuse des invitations parce qu’on ne sera pas capable de les rendre, on refuse à des personnes de venir et on trouve des stratagèmes pour qu’elles ne voient pas dans quelles conditions on vit. On doit intégrer toutes ces dimensions, c’est-à-dire la dimension santé, la dimension de consommation d’énergie, la dimension environnementale et la dimension sur le pouvoir d’achat.

Il existe des aides pourtant, sont-elles suffisantes ou mal utilisées ?

Tout dépend de quoi l'on parle. Il y a des aides qui sont bien utilisées dans la rénovation des logements sociaux. Il y a des aides pour les propriétaires occupants, mais de fait, il reste souvent un reste à charge pour pouvoir faire les travaux nécessaires. Il y a des aides qui sont présentes, mais elles sont souvent insuffisantes et donc les gens ne s’engageront pas dans une démarche de travaux. Il y a aussi beaucoup de gens qui ne savent pas qu’ils peuvent bénéficier d’aides ou qui n’osent pas demander.

Et il y a un troisième sujet, ce sont les propriétaires bailleurs, ceux qui louent leurs logements. Ils ne sont pas vraiment intéressés à faire ces travaux car ce sont les locataires qui paient les charges. C’est pour ça que nous plaidons pour une vraie interdiction à terme des locations de passoires thermiques. Ce serait un vrai signal important au marché du logement, en disant 'quand vous louez quelque chose, vous en tirez un profit, il ne doit donc pas être une passoire thermique'.