Hausse des tarifs du gaz le 1er octobre : "On va bien au-delà" des hausses de cet été, déplore le délégué général de la CLCV

Selon François Carlier, délégué général de cette association de consommateurs, "c'est un problème de coordination européenne". Un problème à résoudre sur "le long terme" estime-t-il. En attendant, à court terme, "l'État pourrait faire un geste fiscal".

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Radio France
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Les tarifs réglementés du gaz vont à nouveau augmenter le 1er octobre, de 12,6%. Photo d'illustration. (SEBASTIEN JARRY / MAXPPP)

Les tarifs réglementés du gaz vont à nouveau augmenter à partir du 1er octobre, à hauteur de 12,6%, a annoncé lundi 27 septembre la Commission de régulation de l'énergie. Ils avaient déjà bondi de près de 9% en septembre, près de 10% en juillet. "C'est un vrai problème de coordination européenne", explique François Carlier, délégué général de la CLCV, une association de consommateurs. "On nous a plus ou moins imposé en France la libéralisation du secteur de l'énergie mais la vraie régulation de ces marchés n'a pas suivi, tant pour le gaz que pour l'électricité." Il appelle, comme le ministre de l'Économie Bruno Le Maire, à "revoir l'organisation de ces marchés."

franceinfo : Comprenez-vous cette nouvelle hausse annoncée par la Commission de régulation de l'énergie ou bien cela commence-t-il à faire trop ?

François Carlier : Jusqu'à cet été, c'était pour le gaz un rattrapage des fortes baisses qu'il y a eu en 2020, un rattrapage avec le redémarrage de l'économie et de la vie d'une certaine manière. Donc ça pouvait se comprendre, ça s'équilibrait. Là on va bien au-delà. C'est vrai un souci de ces marchés de gros, de gaz mais aussi d'électricité, qui quand même dysfonctionnent quelque peu. Il y a des variations tout à fait extrêmes. À partir du moment où l'on a fait la libéralisation du secteur de l'énergie, ce n'est pas pour avoir des marchés qui fonctionnent comme ça.

On voit que c'est quand même un vrai problème de coordination européenne. Ailleurs, dans d'autres pays d'Europe, ils ont considéré qu'il allait y avoir la transition énergétique et qu'il y aura moins de gaz, et donc qu'il n'y avait pas forcément besoin de renforcer les capacités de stockage et les stocks. Or, on nous a plus ou moins imposé en France la libéralisation du secteur de l'énergie. Mais la vraie régulation des marchés, la vraie construction de ces marchés, n'a pas suivi, tant pour le gaz que pour l'électricité. Et donc, de ce point de vue-là, très sincèrement, le ministre Bruno Le Maire a raison de poser le problème sur la table du conseil des ministres de l'Union européenne, et de dire qu'il faut revoir l'organisation de ces marchés, pour le long terme. Pour le court terme, la seule chose qu'on peut faire globalement pour l'ensemble des Français, ce serait un geste fiscal.

Quel type de geste fiscal le gouvernement devrait-il mettre en place ?

L'État pourrait faire un geste fiscal sur le taux de la TVA. S'il prend un taux moindre de TVA, je pense qu'il doit s'en sortir à peu près et ça permettrait d'amortir une partie de la hausse. Donc une baisse temporaire de la TVA serait, à court terme, le seul vrai gros geste qui pourrait être fait et qui me paraît à peu près bien. On n'a jamais vu ça en France. Pour l'instant, on n'a jamais joué sur la fiscalité du gaz et de l'électricité. Mais là, c'est vrai qu'on est dans une situation qui est assez extrême. Il ne s'agit pas à long terme de faire porter sur le budget de l'État la flambée des marchés de l'énergie, je pense que ce ne serait vraiment pas une bonne politique. Je pense qu'il faut revoir ce système de libéralisation. Mais à court terme, pour le pouvoir d'achat, là c'est la seule arme qui existe et qui tient juridiquement.

Le chèque énergie ne suffit pas ?

Non, ça ne suffit pas. C'est un geste bienvenu qui amortit la hausse. Pas toute la hausse mais celle pour les ménages à revenus très modestes, ce qui est essentiel. Maintenant, c'est à peine 15% des Français. Et la crise des "gilets jaunes" en 2018 avait bien montré que la flambée des prix de l'énergie touche toutes les classes populaires et moyennes. Et donc après, il y a un enjeu global de pouvoir d'achat.

Sait-on combien de ménages sont concernés par cette hausse ?

Oui, à peu près 5-6 millions de ménages sont concernés. Mais comme de toute façon il va y avoir une grande augmentation du prix de l'électricité, probablement en janvier, et que l'électricité n'a jamais baissé donc ce n'est pas un rattrapage, il y a globalement une forte croissance de la facture d'énergie pour tous les ménages, même ceux qui ne sont pas au gaz, qui va se situer souvent entre 200 et 300 euros à l'année, parfois plus, et donc qui va réduire le confort budgétaire des gens.

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