Augmentation du prix du gaz : les répercussions pour les consommateurs au Royaume-Uni et en Espagne

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Dans le club des correspondants, franceinfo passe les frontières pour voir ce qui se passe ailleurs dans le monde. Aujourd'hui direction le Royaume-Uni et l'Espagne pour voir quelles réponses apportent ces pays face à l'augmentation du prix du gaz.

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Sur un an, l'augmentation du prix du gaz pour un foyer britannique moyen représente une inflation d’environ 150€ (illustration, le 20 septembre 2020). (PAUL ELLIS / AFP)

Avec la reprise économique post-pandémie de Covid-19 et les carences d’approvisionnement, les cours du gaz flambent. En France, le tarif réglementé du gaz augmenté de 8.7% en septembre. Une nouvelle hausse qui fait suite a des majorations significatives en juillet et en aôut. Les français ne sont pas les seuls consommateurs confrontés à de phénomène. Tour d'horizon.

Au Royaume-Uni, des fournisseurs font faillite et des consommateurs s’inquiètent 

Protéger au maximum les citoyens dans cette affaire, c’est l’objectif affirmé du gouvernement. Ce sont donc les fournisseurs d’énergie qui souffrent. Pris en tenaille entre un prix du gaz en gros multiplié par 5 en un an et une réglementation qui limite les répercussions sur la facture des clients. Les sociétés concernées ont d’ailleurs demandé que ce plafond disparaisse pour répercuter cette hausse sur les factures : refus catégorique des autorités.

Cinq entreprises ont déjà fait faillite. Plusieurs autres devraient suivre le même chemin dans les jours qui viennent. Sur une cinquantaine de fournisseurs dans tout le pays, plus de la moitié sont déjà en difficulté financière.

Kwasi Karteng, le ministre de l’Énergie, a déjà précisé que l’État ne renflouera pas les compagnies en déroute. Leurs clients doivent rapidement trouver un remplaçant et là, l’État envisage la possibilité de prêts garantis pour ceux qui les fourniront en gaz. "Nous avons une capacité suffisante et même plus que suffisante, précise le ministre qui veut surtout faire passer un message apaisant pour la population. Nous ne prévoyons pas d’approvisionnement en urgence cet hiver."

Il n’est pas question d’être privé de lumière ou de se retrouver avec des gens qui ne peuvent pas chauffer leur maison.

Kwasi Karteng

ministre de l'Énergie

"Il n’y aura pas de semaine de 3 jours de travail ou un retour dans les années 70, reprend le ministre. De telles pensées sont alarmistes, inutiles et complètement erronées."

Malgré ces déclarations, cette crise du gaz va avoir des répercussions concrètes sur la population, c'est une certitude. Le prix du gaz va quand même grimper à des niveaux rarement atteints pour les consommateurs. Une augmentation de 12% est déjà prévue dans 10 jours. Sur un an, on estime aujourd’hui pour un foyer britannique moyen, que ça représente une inflation d’environ 150€. La situation est bien pire en Irlande du Nord. Là on parle de hausses de tarifs le mois prochain comprises entre 21,8 et 35%. Mais cette crise du gaz a des conséquences moins attendues. Deux usines qui fabriquent 60% du dioxyde de carbone pour le Royaume-Uni ont cessé leur activité à cause du prix du gaz.

Dans les prochains jours, les prochaines semaines, on pourrait avoir des difficultés à trouver du poulet et des boissons gazeuses non alcoolisées. Dans le secteur des boissons à bulles, faute de dioxyde de carbone, impossible de les fabriquer. Le risque de pénurie de canettes de 7up et de Pepsi notamment existe. Même crainte pour les volailles. Elles sont étourdies avant abattage en utilisant du CO2. Sans ce produit, on ne peut pas tuer l’animal dans de bonnes conditions. D’où cette question : Y aura-t-il de la dinde à Noël ?

En espagne, des baisses des taxes et des aides aux ménages les plus modestes

Une étude de l’organisation de consommateurs Facua montre que la facture mensuelle moyenne d’une famille espagnole est aujourd’hui de 108 euros. 108 euros, c’est une augmentation de 62% en un an. C’est évidemment énorme, notamment pour les familles les plus modestes. Beaucoup de centrales électriques espagnoles tournent au gaz : les cycles combinés, la cogénération représentent 20% du mix espagnol. De plus, pour acheter l’électricité lors d'un appel d’offres concernant les marchés internationaux de l’énergie, on commence par prendre les énergies les moins chères, puis on complète par les plus chères, et on termine donc par le gaz… Mais on paie tout au prix de l’énergie la plus chère, donc au prix du gaz. Pour les fournisseurs d’énergie moins coûteuse, l’hydraulique, par exemple, c’est un effet d’aubaine.

Le gouvernement a pris la semaine dernière toute une batterie de mesures. Il y a des baisses de taxes mais aussi des aides aux ménages les plus modestes. La mesure plus spectaculaire s’attaque précisément à ce qu’on appelle ici les bénéfices tombés du ciel. Elle prévoit qu’en fin de mois, les compagnies paient 90% de l’équivalent du profit extraordinaire occasionné par le niveau exceptionnellement haut du prix du gaz. Par cette mesure, Madrid entend récupérer 2,6 milliards d’euros d’ici au 31 mars 2022, autant d’argent qui sera utilisé pour faire des ristournes sur les factures.

Les compagnies électriques le prennent mal évidemment. Tellement mal qu’elles menacent de recours en justice. Tellement mal aussi que le forum nucléaire, une association qui regroupe les principaux exploitants de centrales, menace de fermer les réacteurs avant que le gouvernement ne décrète de cette mesure. Sauf que, rappelle le gouvenrement, cela ne se passe pas comme ça, les compagnies ne peuvent pas décider quand elles ferment les centrales, et si elles venaient à abandonner les réacteurs avant l’heure, elles pourraient affronter des amendes de plusieurs millions, comme ça a déjà été le cas il y a quelques années.

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