General Electric : quatre questions sur le plan de restructuration qui menace les salariés français

Le ministre de l'Economie et des Finances, Bruno Le Maire, a demandé au groupe américain de ne fermer aucun site industriel en France. Mais les syndicats redoutent un plan de restructuration qui pourrait viser jusqu'à 1 000 postes sur les sites de Belfort et Bourogne. 

Un salarié de la multinationale américaine General Electric (GE) travaille sur une turbine à gaz dans l\'usine GE de Belfort, dans l\'est de la France.
Un salarié de la multinationale américaine General Electric (GE) travaille sur une turbine à gaz dans l'usine GE de Belfort, dans l'est de la France. (SEBASTIEN BOZON / AFP)

Les salariés français de General Electric (GE) retiennent leur souffle. Ils redoutent une vague de licenciements après les élections européennes du 26 mai. L'entreprise américaine, qui a racheté la branche énergie d'Alstom en 2015, a annoncé début janvier qu'elle envisageait de restructurer sa filiale française déficitaire. Malgré une dernière réunion entre les syndicats et la direction française, les 9 et 10 mai, le détail du plan ne sera communiqué qu'après le scrutin, à la demande d'Emmanuel Macron. Les syndicats redoutent un plan social qui pourrait viser jusqu'à 1 000 postes sur les sites de Belfort et Bourogne (Territoire de Belfort). Voici les quatre questions qui se posent sur ce nouveau dossier délicat pour l'exécutif. 

1Quels étaient les engagements de General Electric lors du rachat d'Alstom ?

Au moment du rachat de la branche énergie d'Alstom en 2015, GE s'était engagé à créer 1 000 emplois en France. Sur son site, le groupe américain précisait même que pour atteindre cet objectif, il devait au minimum embaucher 3 700 personnes d'ici à 2018 pour compenser les départs naturels. A la fin avril 2018, seuls 323 emplois avaient été créés. Le groupe s'est donc engagé à payer les pénalités convenues avec l'Etat français en cas de non respect de cet engagement, soit 50 millions d'euros.

General Electric avait également annoncé la création d'un pôle numérique industriel et la localisation de centres décisionnaires en France. "Aujourd'hui, le premier est une coquille vide et la localisation n'a pas eu lieu", a rappelé Alexis Sesmat, délégué syndical SUD, au micro de franceinfo, mardi 21 mai. 

2Quelle est la position du groupe aujourd'hui ?

La situation générale du groupe américain est mauvaise. Son PDG, Lawrence Culp, a annoncé, fin 2018, un plan de restructuration global en Europe à la suite d'une importante perte budgétaire d'environ 19,6 milliards d'euros, comme le rapporte Le Monde. Le secteur déficitaire pointé est celui de la fabrication des puissantes turbines à gaz (60 hertz) pour centrales électriques. Cette branche "gaz" affiche une perte d'environ 800 milliards d'euros liée, selon la direction, au rachat d'Alstom et à la baisse des commandes. 

Mais General Electric reste silencieux sur ses réelles ambitions concernant sa branche "gaz", à la demande d'Emmanuel Macron. Selon les responsables syndicaux, interrogés dans L'Est républicain, le président français aurait obtenu de GE que l'annonce d'un plan social soit reportée à après les élections européennes. Le directeur général France, Hugh Bailey, ancien conseiller Industrie du chef de l'Etat, avait annoncé, fin avril, qu'il n’y aurait ni fermeture de site, ni transfert d’activités. 

Cependant, la direction a lancé des procédures de rupture conventionnelle collective pour organiser des départs volontaires sur trois entités énergie en France, fin 2018. Plus de 500 personnes sont actuellement concernées par ces départs, dont 264 sur le site de Belfort au sein de la division Alstom Power Systems (APS). Un plan senior, permettant un départ à la retraite anticipé, est également proposé aux salariés d'APS.

3Quels sont les sites potentiellement menacés en France ?

Depuis l'annonce du PDG de GE, les salariés sont dans l'attente d'en savoir plus sur la localisation des sites touchés par le plan social européen, "même si on pense que le site belfortain est dans les tuyaux", confiait le syndicaliste CGT Bernard Devert avant la réunion des 9 et 10 mai, dans les colonnes de L'Est républicain

Pour le maire (LR) de Belfort, Damien Meslot, "le plan devrait toucher 800 à 1 000 salariés. Il va être annoncé après les élections européennes, sans doute en juin", indique l'édile dans les colonnes du Parisien. Son département, le Territoire de Belfort, abrite le plus important des sites français de GE. Sur les 16 000 salariés employés en France, 4 300 travaillent sur le territoire belfortain, à Belfort et Bourogne. Parmi eux, les 1 900 salariés de la branche "gaz" pourraient être les plus touchés par le plan social. Courant 2018, le site, en sous-régime au niveau de la production, a supprimé 200 postes à Belfort : 194 chez Alstom Power System et 18 chez Power Conversion.  

4Que dit le gouvernement français ?

"J'ai demandé à General Electric de ne fermer aucun site industriel en France", a affirmé Bruno Le Maire sur franceinfo mercredi 22 mai. Le ministre de l'Economie et des Finances a précisé avoir "surtout demandé à General Electric de se réinventer industriellement".

Le ministre a ajouté que le gouvernement étudiait toutes les pistes industrielles possibles pour maintenir l’emploi à Belfort et offrir des perspectives aux salariés. Le site belfortain pourrait ainsi se diversifier "dans le secteur aéronautique, dans l'hydrogène ou les nouvelles centrales nucléaires à l'international", selon la lettre qu'Emmanuel Macron a adressée au maire de Belfort. Et, comme l'a rappelé Bruno Le Maire, l'enveloppe des 50 millions d'euros déboursés par GE pourrait être réaffectée, en partie, à la reconversion du site.