Travailleurs sociaux en grève : "Il y en a qui pleurent avant, pendant ou après le travail"

Mardi 4 juillet, les travailleurs sociaux sont en grève. Ils déplorent le manque de moyens alloués à la protection de l'enfance et dénoncent le mal-être au travail qui en découle.

Les travailleurs sociaux manifestent le mardi 4 juillet contre le manque de moyens dédiés à la petite enfance. Ici, lors d\'un rassemblement en 2011 à Paris. 
Les travailleurs sociaux manifestent le mardi 4 juillet contre le manque de moyens dédiés à la petite enfance. Ici, lors d'un rassemblement en 2011 à Paris.  (MAXPPP)

Les travailleurs sociaux sont en grève, mardi 4 juillet. Assistants sociaux, psychologues ou encore médecins vont manifester à Paris, à 12 heures à la porte Maillot, à l'appel de la CGT, de CGC et de Sud. Dans leur viseur : le manque de moyens dédiés à la protection de l'enfance avec pour conséquence directe un mal-être au travail. Les éducateurs du Plessis-Robinson, une commune des Hauts-de-Seine, font partie des travailleurs sociaux concernés par ces difficultés quotidiennes.

La boule au ventre depuis six mois

Parmi les salariés de la cité de l'enfance de cette commune de la banlieue ouest de Paris, une éducatrice tire nerveusement sur ca cigarette. Depuis six mois, elle a la boule au ventre avant d'aller au travail et, pour ne pas le perdre, elle préfère garder l'anonymat, comme tous ses collègues. "Ça m'est déjà arrivé de pleurer avant d'aller au travail", confie-t-elle. Elle n'est pas la seule dans ce cas : "Il y en a qui pleurent avant, pendant ou après le travail", témoigne cette éducatrice. "C'est difficile pour tout le monde. Heureusement qu'il y a un peu de soutien au sein des équipes, entre les professionnels."

Des enfants très violents

Les éducateurs accompagnent 48 enfants de 3 à 13 ans dans ce centre, tout au long de la journée : lever, repas, toilette, coucher... Ils sont en effectif suffisant puisqu'on compte quasiment un éducateur par enfant mais le principal problème est la violence. "On a par exemple des enfants qui ont cherché à se défenestrer", raconte une autre professionnelle. "On a aussi beaucoup de bagarres entre enfants et beaucoup de coups portés sur les éducateurs présents." Sa collègue complète : "Je me souviens de deux frères qui m'ont beaucoup marquée parce qu'ils étaient dans un grand mal-être avec des crises de violence extrême. On a fini aux urgences de l'hôpital Robert-Debré à 4 heures du matin et ils criaient qu'ils avaient envie de mourir." Ces éducatrices comparent leur foyer à une cocotte minute.

En plus de ces problèmes de violence, les enfants doivent cohabiter avec des adolescents depuis le début de l'année 2017 parce que deux foyers ont été fermés dans le département. Une situation difficile à appréhender pour les plus petits. "Ils ne vivent pas les mêmes choses à leur âge", explique une des éducatrices. Les plus jeunes sont aussi exposés à des choses qu'ils ne devraient pas entendre ou voir : 

Il y a plus de violence, plus de délinquance et parfois aussi des problématiques de prostitution chez les adolescentsUne éducatrice du foyer du Plessis-Robinsonà franceinfo

Par ailleurs, beaucoup des enfants de la cité de l'enfance souffrent de troubles psychiatriques, sans que le personnel ne soit formé pour y faire face. "On est démunis", témoigne l'un des professionnels. "On passe à côté de notre travail. J'ai l'impression qu'on dégrade plus les enfants qu'on ne les aide et c'est extrêmement difficile de travailler dans ces conditions." Pour faire face à ces difficultés, le conseil départemental, en charge du foyer, est à la recherche d'un pédopsychiatre. Les adolescents doivent aussi être redirigés vers un nouveau centre pendant tout l'été.