Discothèques fermées : "430 établissements ont déjà mis la clé sous la porte", selon un syndicat du secteur

"Un tiers des boîtes de nuit françaises ne rouvriront pas après la crise", annonce Patrick Malvaës, président du Syndicat National des Discothèques et Lieux de Loisirs qui évoque "un monde englouti". Il propose "sans faire d'humour" de les reconvertir en centres de vaccination.

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La discothèque, "un art de vivre" condamné à disparaître avec le Covid ? (illustration). (XAVIER DALMONT / FRANCEINFO)

"La seule reconversion qui serait possible, ce serait de nous transformer en centre de vaccination", a proposé dimanche 24 janvier sur franceinfo Patrick Malvaës, président du Syndicat National des Discothèques et Lieux de Loisirs. Les boîtes de nuit restent fermées depuis le début de la crise épidémique du Covid-19, 430 ont déjà mis la clé sous la porte. "Ce sont des référents qui disparaissent, un monde englouti et on ne voit pas de perspectives", a-t-il témoigné.

>> Témoignages : "Je ne pensais pas que dix mois après on serait encore fermés".

franceinfo : Combien de boîtes de nuit ont déjà mis la clé sous la porte ?

Patrick Malvaës : J'ai eu des données ce matin, nous arrivons maintenant à 430 établissements ciblés. C'est quand même énorme parce qu'on arrive à presque 30%. Un tiers des boîtes de nuit françaises ne rouvriront pas après la crise, on peut en être assuré parce que cette dérive des 430 va pouvoir passer à 600 très rapidement. Elle a été endiguée par les aides que nous avons eues. Nous avons des aides actuellement, il y a eu un effet d'aubaine qui a incité certains à ne pas déposer tout de suite le bilan ou à ne pas fermer leur établissement, parce qu'on peut fermer volontairement ou on peut fermer judiciairement. Les fermetures judiciaires, on en est à peu près à 200, mais le reste, ce sont des fermetures volontaires, la moitié d'entre elles. Dans les fermetures volontaires, beaucoup attendent la fin des aides, de voir comment ça tourne, parce que les factures commencent à tomber, à s'alourdir sacrément. Vous avez des comptes annuels, des assurances annuelles. Vous avez plusieurs charges annuelles qui commencent à se profiler. Et puis, vous avez un deuxième gros problème, c'est qu'il n'y a pas de salaire pour les dirigeants. Les salaires des dirigeants ne sont pas du tout pris en compte. Il y a un système de prise en charge du personnel, mais pas des dirigeants. Je veux être tout à fait clair avec vous, au risque de faire hérisser quelques poils à certains, mais c'est pas grave : je suis tout à fait pour le maintien de la fermeture de nos établissements. Je suis parfaitement conscient qu'il y a un risque sanitaire majeur, que les mesures actuellement proposées, même par le biais de protocoles sanitaires, sont des mesures insuffisantes et inopérantes. De toutes façons, le protocole nous soumettrait à de telles contraintes que l'établissement ne pourra pas redémarrer. Pour toutes ces raisons, pour moi, il est hors de question d'envisager une réouverture dans ces conditions, dans ce que j'appelle moi "un mode dégradé" qui, en plus de ça, ne s'accordent pas avec cet objectif sanitaire.

Comment vont tous les autres, videurs, DJ, barmen ?

C'est la catastrophe pour ceux qui travaillent derrière moi, avec moi au niveau de l'appareil syndical et au niveau du personnel surtout. Les aides ont été mises à un nouveau palier de 10 000 euros par mois ou 20% du chiffre d'affaires. C'est une évolution qui est tout à fait heureuse, mais faut pas laisser au bord du chemin des cas particuliers, de gens qui sont en procédure collective, en redressement judiciaire. Il n'y a aucune raison que quelqu'un qui a déjà la tête sous l'eau, on ne l'aide pas. On devrait même l'être deux fois plus que les autres. Il y a un ensemble de cas comme ça qui sont à traiter. Nous sommes en train de voir actuellement avec le ministre Alain Griset pour traiter tous ces cas marginaux. Et j'ai un excellent délégué général à ces problèmes-là qui s'y emploie beaucoup. Alors pour le personnel, parce qu'on ne parle pas assez de notre personnel, c'est terrible. Ils ont une prise en charge qui est faite au niveau de l'emploi avec le chômage partiel, mais d'une façon de pérennisation, vous pensez bien qu'avec l'évolution du métier, en un an, vous avez vieilli de dix ans dans un autre métier.

"La discothèque est un monde qui est évolutif par essence, par nature. Un DJ d'aujourd'hui n'est pas un DJ de demain."

Patrick Malvaës, président du Syndicat National des Discothèques et Lieux de Loisirs

à franceinfo

Ces professions que vous faites pendant cinq ou six ans de façon très pointue et après ça, la pointe, elle s'émousse. C'est terrible et en plus, il n'y a pas de contact. C'est ce problème psychologique dont on ne parle pas non plus, on a parlé des dégâts matériels, mais il y a des dégâts psychologiques. Vous imaginez un peu tout le personnel qui n'est plus du tout en contact avec la clientèle, qui n'est plus du tout en contact avec la direction. C'est un manque terrible parce que la discothèque, c'est un art de vivre.

Peut-on imaginer d'autres possibilités d'activités que d'ouvrir au public pour les boîtes de nuit ? Y a-t-il des alternatives ?

Sur le plan commercial, il faut être tout à fait clair. Il y en a plusieurs qui ont évoqué fonctionner en mode bar, bar-dansant etc. Moi, j'ai dit c'est de la foutaise. La rentabilité ne sera pas au rendez vous. La seule reconversion qui serait possible, et je ne fais pas de l'humour, ce serait de nous transformer en centre de vaccination, et ça, on y est tout à fait prêt, mais il faudrait encore qu'on nous sollicite. On le ferait tous avec grand plaisir ! On a même fait un sondage dans ce sens auprès de nos mandants. Pourquoi pas transformer les 1 500 établissements de France en centre de vaccination ? Toutes les discothèques répondraient présent.

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