Procès des attentats du 13-Novembre : "Ce sont des peines lourdes qui sont demandées, en totale disproportion", réagit l'avocat de Mohamed Abrini

Maître Stanislas Eskenazi, avocat de Mohamed Abrini, estime que l'accusation n'a repris dans son réquisitoire que ce qui allait à l'encontre de son client, sans réellement tenir compte du fait qu'il avait renoncé à participer aux attentats plus tôt que Salah Abdeslam.  

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 L'entrée de la salle d'audience  du palais de justice de Paris. Procès des attentats du 13 novembre 2015, le 15 mars 2022.  (DANIEL FOURAY / MAXPPP)

Au procès des attentats du 13-Novembre, qui ont fait 130 victimes à Paris et Saint-Denis, les trois avocats généraux ont rendu leurs réquisitions vendredi 10 juin devant la cour d'assises spéciale de Paris, un procès débuté en septembre dernier. Des peines allant de cinq ans de prison à la perpétuité incompressible ont été requises par le parquet national antiterroriste (Pnat) à l'encontre des 20 accusés.

>> Procès des attentats du 13-Novembre : la justice requiert de lourdes peines contre Salah Abdeslam et ses co-accusés, qui "ont nourri la bête" du terrorisme

Les peines les plus lourdes concernent notamment Salah Abdeslam, la perpétuité incompressible, et Mohamed Abrini. La perpétuité assortie d'une peine de sûreté de 22 ans a été requise contre le Belge Mohamed Abrini, surnommé "l'homme au chapeau des attentats de Bruxelles. "Ce sont des peines lourdes qui sont demandées, des peines qui sont en totale disproportion par rapport à ce qu'on peut connaître en Belgique", réagit sur franceinfo Stanislas Eskenazi, avocat de Mohamed Abrini.

franceinfo : La perpétuité assortie d'une peine de sûreté de 22 ans a été requise contre votre client, quelle est votre réaction ?

Je dois reconnaître aux avocats généraux un réquisitoire chirurgical, parfaitement étayé et ce qui nous permet aussi de le contester. Ce sont des peines lourdes qui sont demandées, des peines qui sont en totale disproportion par rapport à ce qu'on peut connaître en Belgique. Si vous me permettez l'expression malheureuse, "c'est le jeu". Maintenant, il nous appartient à Maître Violleau et à moi-même de venir avec des arguments pour essayer de convaincre la Cour de ne pas suivre le réquisitoire. Je rappelle que Mr Abrini, à la différence de Mr Abdeslam, renonce un jour plus tôt.

"Le problème, c'est aussi le message qu'on entend faire passer au prochain. Si le message est que quand tu renonces, tu prends "perpète" et tu prends 22 ans de sûreté, au moment clé peut-être qu'il passera à l'acte."

Maître Stanislas Eskenazi

à franceinfo

Il y a des questions qui se posent et il faudra les soulever devant la Cour.

Les avocats généraux ont eu des propos durs envers votre client : "un pas avant, deux pas en arrière", un discours victimaire, des imprécisions aussi pendant ses auditions. Cela a-t-il conduit à ces réquisitions ?

L'accusation joue son rôle et ne reprend que ce qui va à l'encontre de mon client. Il nous appartient de montrer qu'il y a des choses qui vont en faveur de mon client. Je ne suis pas étonné, mais on est toujours choqué quand on entend des réquisitions de perpétuité, c'est la peine la plus lourde qui existe dans notre système judiciaire. La tâche était lourde dès le départ, elle le restera lorsque la défense s'exprimera.

Salah Abdeslam a vu requérir contre lui une réclusion à perpétuité avec une période de sûreté incompressible. Cela aurait pu être pire pour votre client ?

Ce qui nous sépare finalement c'est huit ans, par rapport à une situation où il y a une personne qui renonce un jour avant et une autre qui dépose des gens sur une terrasse. On a voulu simplement marquer d'une manière assez artificielle cette différence par huit ans de moins en sûreté. La réclusion à perpétuité implique que nous allons devoir passer devant des organes, qui vont devoir décider à un moment si oui non nous avons fait notre chemin salutaire pour pouvoir sortir. Dans les deux cas l'avenir est incertain.

"Vingt-deux ans de sûreté veulent dire que nous ne pouvons pas sortir pendant vingt-deux ans, rien ne dit que l'on peut après."

Maître Stanislas Eskenazi

à franceinfo

Votre client est surnommé "l'homme au chapeau", est-ce qu'il paie son rôle dans les attentats de 2016 ?

C'est l'impression que cela m'a donné. Dans le réquisitoire, ce qu'on lui reproche c'est finalement de réintégrer une cellule, cette question sera posée devant les tribunaux de Bruxelles. On a décidé de scinder artificiellement les deux séries d'attentats, et c'est quelque chose que je dénonce depuis 2016. La preuve en est, dans les peines qui sont demandées, on tient compte de la suite des évènements. C'est de la logique pure mais la suite des évènements, elle est à Bruxelles, par choix des parquets fédéraux et ceux de la République.

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