Le Syndicat de la magistrature demande à Eric Dupond-Moretti de "constater les difficultés dans lesquelles sont les magistrats, les greffiers, les avocats"

Le secrétaire national du Syndicat de la magistrature, Nils Monsarrat, reproche au garde des Sceaux de vouloir déstabiliser la justice sans connaître les difficultés auxquelles font face les magistrats et les juristes. 

Article rédigé par
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 3 min.
Le garde des Sceaux, Eric Dupont-Moretti aux Journées parlementaires du Modem (septembre 2020) (photo d'illustration).  (DAVID THIERRY / MAXPPP)

Les deux principaux syndicats de magistrats ont appelé l'ensemble du personnel de la justice à se rassembler jeudi 24 septembre après-midi devant chaque juridiction pour protester contre le garde des Sceaux Éric Dupond-Moretti, qu'ils accusent de vouloir "affaiblir" l'autorité judiciaire. "On demande qu'il vienne constater les difficultés dans lesquelles sont les magistrats, les greffiers, les avocats et qu'il évite de parler pour lui, de lui", a expliqué sur franceinfo Nils Monsarrat, secrétaire national du Syndicat de la magistrature.

franceinfo : Que reprochez-vous à Eric Dupond-Moretti ?

Nils Monsarrat : On ne manifeste pas contre Eric Dupond-Moretti, on manifeste pour éviter que la justice soit déstabilisée, pour son indépendance. Il y a une tentative de déstabilisation de la justice et particulièrement du parquet national financier qui est menée par le garde des Sceaux, mais cela avait déjà été commencé par Nicole Belloubet lorsqu'elle y était. Une première inspection a été menée par l'inspection générale de la justice. Nous avions critiqué ce principe-là parce que cela voulait dire que c'était quelque chose de rattaché au ministre, qui allait enquêter sur des actes réalisés par le parquet national financier. Le premier rapport dit qu'il n'y a rien d'illégal et quelques dysfonctionnements de service, je parle de l'analyse de factures détaillées. Ces résultats ont été rendus la semaine dernière. Il n'y a rien mais le garde des Sceaux lance quand même une enquête administrative. Il vise trois magistrats nommément.

Eric Dupond-Moretti estime qu'il y a des choses à éclaircir. Qu'en pensez-vous ?

Il y a manifestement un conflit d'intérêt dans ce domaine. Eric Dupond-Moretti avait porté plainte dans cette affaire. C'est l'un des avocats pénalistes pour qui il y a eu l'analyse des factures détaillées. Le problème, c'est que c'est totalement aberrant quand on est plaignant de lancer une enquête. Aucun magistrat de France ne ferait ça. Lui, il fait semblant de ne pas remarquer qu'il y a un énorme conflit d'intérêt et il lance une nouvelle enquête administrative. Il a retiré sa plainte, mais il s'estimait victime. Eric Dupond-Moretti joue le jeu du pompier pyromane. Il passe son temps à invectiver les magistrats de manière injustifiée à notre sens.

Un budget exceptionnel a été promis pour 2021. Est-ce que cela va suffire ?

En réalité, les budgets sont tellement grignotés par l'administration pénitentiaire que les tribunaux récupèrent très peu de ces augmentations de budget. La justice a besoin de cohérence, de stabilité, de sérénité, de moyens, ce que ne nous apporte pas le garde des Sceaux. On lui demande d'arrêter cette enquête administrative et de faire des choses qu'il ne fait pas. 

Pour l'instant, il fait des grands discours mais on ne voit rien sur le terrain.

Nils Monsarrat, secrétaire national du Syndicat de la magistrature

à franceinfo

La confiance est-elle rompue entre vous ?

On n'est pas sur la bonne piste. Je ne vois pas l'intérêt de multiplier les propos vexants à l'égard de gens qui travaillent pour un ministère. Ça, ce sont des déclarations de guerre. Pour l'instant on n'a pas fait appel à la démission, mais si on continue sur cette piste peut-être qu'on formulera cet appel. Là, on est au bord de la rupture. Il est temps que les choses reviennent dans l'ordre. Nous on l'a rencontré très rapidement après sa nomination, depuis on lui a envoyé plusieurs demandes, plusieurs courriers, il ne nous a pas reçu de nouveau. Il se rend dans une juridiction à Pontoise pour faire des annonces mais ne communique pas avec les juridictions. Ce qu'on demande c'est qu'il vienne constater les difficultés dans lesquelles sont les magistrats, les greffiers, les avocats et qu'il évite de parler pour lui et de lui.

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.