Attentats du 13-Novembre : "Il y a un verdict qui permet d'incarner une responsabilité", réagit Stéphane Sarrade, père d'une victime du Bataclan

Les 20 accusés du procès des attentats du 13-Novembre ont été condamnés à des peines allant de deux ans d'emprisonnement à la perpétuité.

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Radio France
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L'entrée de la salle d'audience du procès des attentats du  13 novembre 2015. (DANIEL FOURAY / MAXPPP)

"Le verdict est accompagné d'un soulagement : il y a un verdict qui permet d'incarner une responsabilité", affirme mercredi 29 juin sur franceinfo Stéphane Sarrade, père d'Hugo, tué au Bataclan, après l'énoncé du verdict du procès des attentats du 13-Novembre. Les 20 accusés ont été condamnés à des peines allant de deux ans d'emprisonnement à la perpétuité. Salah Abdeslam, le seul membre encore en vie des commandos du 13 novembre 2015 a été condamné à la perpétuité incompressible.   

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Stéphane Sarrade dit également avoir été parfois "choqué" par "une inversion des rôles avec des survivants qui se sentent coupables d'avoir survécu" et dans le box des accusés, des "victimes de leurs fréquentations".

franceinfo : Qu'avez-vous ressenti en entendant le président de la Cour spéciale de Paris ?

Stéphane Sarrade : Le verdict est accompagné d'un soulagement, mais un soulagement à deux niveaux. C'est un soulagement parce que c'est la fin d'une procédure très longue pour nous, parties civiles. On a dû suivre ce procès pendant neuf mois, avec des moments très intenses. Et le soulagement parce que, pour moi, il y a un verdict qui permet d'incarner une responsabilité. Pendant ces audiences, j'ai été surpris et même choqué par le fait qu'il y a eu une inversion des rôles. Les parties civiles, dont j'ai fait partie, ont fait part de la culpabilité, moi le premier, puisque c'est moi qui ai offert à mon fils les billets du Bataclan. Les survivants se sentent coupables d'avoir survécu. Les équipes de sécurité se sentent coupables de ne pas avoir sauvé assez de personnes. Et en face de nous, nous avions un box où nous avions des gens qui étaient des victimes, victimes de leurs trajectoires, victimes de leurs fréquentations, victimes de leurs addictions. Et cette inversion des rôles est quelque chose qui, en fin de procès, devenait extrêmement compliqué pour moi. Ce verdict remet les choses dans le sens qui est logique, qui est qu'il y a une responsabilité. Et cette responsabilité a été réaffirmée. En tant que partie civile, en tant que papa d'Hugo, c'était important de l'entendre.

Est-ce que cela va vous permettre de regarder devant, vers l'avenir ?

Très honnêtement, j'avais mis très peu de prétention ou d'espoir dans ce procès, puisque j'imaginais que nous n'aurions pas beaucoup de réponses à l'ensemble des questions. Ce qui est important pour moi, c'est que nous avons fait ce chemin une dernière fois. C'est à dire regarder au plus profond de nous. Il a fallu revenir sur la tragédie, sur les détails, essayer d'aller au bout de l'horreur. Et ça, on savait que cela allait être difficile. Nous sommes arrivés à ce bout et c'est ça qui va me permettre, moi, de continuer à avancer. Et puis avec vous en particulier les médias, nous avons eu une vision d'un deuil collectif, puisque c'est la France qui a été touchée.

"Ce procès a mis en visibilité ce deuil collectif. Maintenant, il nous faut, nous les familles et les victimes, continuer à avancer avec notre deuil personnel qui, lui, ne nous quittera jamais, mais avec lequel nous sommes maintenant amenés à vivre et à survivre parfois."

Stéphane Sarrade

à franceinfo

Est-ce qu'il faut tenter de reprendre une vie normale ?

Il n'y aura pas de vie normale. Il y aura la vie d'après. C'est ce que nous souhaitons tous. Nous avons beaucoup partagé entre parties civiles. Il y a eu beaucoup de bienveillance et beaucoup de chaleur humaine pendant ces neuf mois. Moi, j'ai rencontré des gens formidables. J'ai fait des rencontres, notamment de gens qui étaient au Bataclan, qui ont fait des témoignages merveilleux, qui m'ont remercié parce que j'avais dit que, si Hugo était là, il serait tellement heureux de voir des survivants. Ces moments-là, nous les gardons. Ils sont importants et vont nous aider pour la vie d'après.

Ce procès a eu cette vertu de faire entendre la voix des victimes, la voix des parents endeuillés. Est-ce que, quand vous avez déposé à la barre, vous avez laissé aussi des choses qui vous encombraient et qui, peut-être, ont trouvé aussi un tombeau dans cette salle d'audience ?

Oui. Lors de mon audience, le 21 octobre. C'était un moment très important, puisque j'ai mis presque deux mois à essayer de rédiger, mettre en ordre mes idées pour ne pas être trop long ni trop court pour ne rien oublier et surtout montrer Hugo tel qu'il était. Ce moment-là, il a été important pour moi, puisque j'ai conclu en me tournant vers le box des accusés en disant, 'malgré tout, malgré la douleur, malgré la souffrance, malgré le vide, malgré l'absence, ce que nous laissé Hugo à ses proches et à sa famille, c'est de l'amour. C'est grâce à ça que nous sommes debout'. J'ai voulu leur dire que nous sommes debout et qu'ils n'avaient pas gagné. Et ça, c'était important. Je leur ai dit sans haine. La haine n'a jamais été pour moi un moteur qui nous permettrait d'avancer. La haine, ça vous ronge. Mais j'avais besoin de dire que l'héritage d'Hugo nous avait permis d'être là, d'être debout. Et surtout, ils n'avaient pas gagné.

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