Pièces à conviction, France 3

VIDEO. Fondation Louis-Vuitton : du mécénat grand luxe

Bernard Arnault a créé et financé la fondation d’art contemporain Louis-Vuitton, une splendide vitrine pour le milliardaire mécène, mais aussi une excellente opération d’optimisation fiscale pour son groupe LVMH… avec un manque à gagner pour le Trésor public, donc pour les contribuables ! Extrait de "Pièces à conviction".

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PIECES A CONVICTION/FRANCE 3

Vouée à accueillir des expositions d’art contemporain, la Fondation d’entreprise Louis-Vuitton est une prouesse architecturale signée par une star du secteur, Frank Gerhy. Pour créer cette fondation, Arnault a pesé de toute son influence : les règles d’urbanisme dans la capitale ont été changées grâce au vote par l’Assemblée nationale d'un amendement sur mesure.

Le 20 octobre 2014, le bâtiment a été inauguré en grande pompe dans le bois de Boulogne, en présence du président de la République de l’époque, François Hollande, qui se montrait alors dithyrambique : "Ce qui se passe ici, c’est plus qu’un musée, c’est un morceau d’humanité qui montre à tous que le rêve peut, à force de génie et de volonté, devenir réalité. Et c’est vous qui nous offrez cette cathédrale", déclarait-il à l’adresse de Bernard Arnault.

Ce musée serait-il vraiment un cadeau de Bernard Arnault aux Français ? Certaines voix discordantes s’élèvent, dont celle de l’ancienne ministre de la Culture Aurélie Filippetti (2012-2014) : "Ce que je trouve plutôt choquant dans la manière dont tout cela est présenté, c’est que l’opinion publique a l’impression que cette fondation est un cadeau que Bernard Arnault a fait à la France, à Paris. Or s’il y a un cadeau, c’est plutôt un cadeau de la part de l’Etat", explique-t-elle.

Economie d’impôt pour LVMH : plus de 400 millions d'euros

Un cadeau de la part de l’Etat ? Penchons-nous sur le coût de la fondation créée par LVMH. La facture initialement prévue était de 100 millions d’euros, mais selon un document que s’est procuré "Pièces à conviction", elle aurait atteint plus de 800 millions d’euros ! Le groupe dirigé par Bernard Arnault aurait pourtant récupéré une grande partie de cette somme grâce à la loi Aillagon sur le mécénat, qui permet aux entreprises de déduire de ses impôts 60% du montant investi dans une fondation. Ainsi, si l’opération a coûté 800 millions d’euros, elle a permis à LVMH d’économiser 480 millions d’euros d’impôts : un gain appréciable pour le géant du luxe, et un manque à gagner considérable pour le Trésor public !

Pour Jean-Michel Tobelem, spécialiste du mécénat, l’homme le plus riche de France n’est pas aussi philanthrope qu’il le prétend : "Si je fais un cadeau à quelqu’un je ne vais pas demander à cette personne de contribuer financièrement à ce cadeau, je vais l’assumer entièrement. Après tout, un groupe aussi riche que LVMH n’a pas besoin de demander le bénéfice de la déduction fiscale, il peut l’assumer totalement. Quant à monsieur Arnault, à titre personnel, sa fortune de plus de 40 milliards d’euros lui permettrait, en tant qu’individu, d’offrir plusieurs fondations de cette nature aux Parisiens ou aux Français s’il le souhaitait."

Extrait de "Bernard Arnault, l'art de payer moins d'impôts", une enquête de Stenka Quillet diffusée dans "Pièces à conviction" le 28 mars 2018.

 PIÈCES À CONVICTION. Fondation d\'entreprise Louis-Vuitton
 PIÈCES À CONVICTION. Fondation d'entreprise Louis-Vuitton (PIÈCES À CONVICTION / FRANCE 3)