Turquie : l'inquiétante censure du président Erdoğan

Depuis le coup d'État de juillet 2016, le président Erdoğan exerce une véritable censure en Turquie, considérant les artistes contestataires comme des terroristes, procédant à des dizaines d'arrestations, et interdisant de nombreux spectacles.

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FRANCE 2

Comment être artiste dans une Turquie sous état d'urgence ? Jusqu'où ira la censure dans un secteur culturel mis au pas ? France 2 est partie à la rencontre de ceux qui sont victimes de la purge exercée par le régime en place. Dans un local discret, à Istanbul, se trouve le studio d'un groupe très populaire depuis 30 ans : Grup Yorum. Ce collectif engagé proche de l'extrême gauche est un opposant farouche au président Erdoğan. Leurs concerts, mêlant musiques traditionnelles et chants contestataires, sont plein à craquer. Ou plutôt étaient, avant l'arrestation de ses principaux chanteurs. "Dix membres du groupe sont en prison, des mandats d'arrêt ont été délivrés contre plusieurs autres", explique Meral Hir, choriste du groupe. Pour le pouvoir turc, ces musiciens, trop révolutionnaires, sont des terroristes. Certains membres figurent sur une liste de personnes recherchées par la police, au même titre que des jihadistes. Ceux qui les dénonceront seront récompensés de 60 000 euros. La police intervient régulièrement dans le local du groupe. Trop à gauche pour le gouvernement turc, les membres du groupe sont dans son viseur, tout comme une grande partie des voix discordantes.

"Une restriction grave et arbitraire des droits de centaines de milliers de personnes"


Depuis la tentative de coup d'État de juillet 2016, le président Erdoğan justifie les arrestations et les atteintes à la liberté d'expression dans des termes sans équivoque. "Nous arracherons la tête de ces traitres", scande-t-il avec fermeté. Au nom de l'état d'urgence, le contrôle de la société se niche dans les détails les plus innocents en apparence. Comme 200 autres artistes, Güney Marlen est censuré par la radio nationale turque pour une phrase d'une chanson sur le bonheur : "En chantant, on renverse du vin sur la table". Le gouvernement estime qu'il s'agit d'une apologie de l'alcoolisme. Les artistes sont de plus en plus inquiets face à l'ampleur de cette censure politique ou religieuse. Des comédiens ont récemment manifesté contre l'annulation de plusieurs pièces de théâtre jugées trop critiques envers le gouvernement. Parmi elles, une pièce pour enfant censurée pour un passage contre la guerre. Dans son dernier rapport, l'ONU estime que l'état d'urgence a conduit à la "restriction grave et arbitraire des droits de centaines de milliers de personnes" dans le pays.

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Le président turc Recep Tayyip Erdogan, le 5 janvier 2018, à Paris.
Le président turc Recep Tayyip Erdogan, le 5 janvier 2018, à Paris. (LUDOVIC MARIN / POOL)