"Millénium" : la suite de l'ouvrage à succès fait polémique en Suède

La stratégie de communication de la maison d'édition de ce quatrième tome, qui doit sortir jeudi, émeut des proches du créateur de la saga Stieg Larsson, mort en 2004. 

David Lagercrantz, qui a écrit le quatrième tome de \"Millénium\", s\'exprime devant la presse, le mercredi 26 août 2015, à Stockholm (Suède). 
David Lagercrantz, qui a écrit le quatrième tome de "Millénium", s'exprime devant la presse, le mercredi 26 août 2015, à Stockholm (Suède).  (FREDRIK SANDBERG/ SIPA)

Le polar venu du Nord fait un retour sulfureux. La sortie du quatrième tome de Millénium, prévue jeudi 27 août, fait polémique en Suède, onze ans après la mort de Stieg Larsson, le créateur de la saga à succès - plus de 80 millions d'ouvrages ont été vendus dans plus de 50 pays. Intitulée Ce qui ne nous tue pas, ce nouveau livre a été rédigé par David Lagercrantz, célèbre pour avoir écrit l'autobiographie du footballeur suédois Zlatan Ibrahimovic.

Dans ce quatrième tome de 500 pages, il redonne vie à Lisbeth Salander, la jeune hackeuse suédoise, et le journaliste Mikael Blomkvist, qui travaille pour la revue Millénium. Mais certains accusent la maison d'édition Norstedts, les héritiers et l'auteur qui a repris le flambeau, de transformer l'œuvre en une opération commerciale juteuse. 

Des proches de l'auteur d'origine dénoncent un "pillage d'une tombe"

Eva Gabrielsson, compagne de Stieg Larsson pendant trente-deux ans, a été la première à dénoncer la stratégie de la maison d'édition. Elle a été écartée de la liste des héritiers à la mort de son compagnon en 2004 car ils n'étaient pas mariés. "Personne ne peut porter atteinte ainsi à l’œuvre d’un autre. Peu importe si les lecteurs en redemandent. Stieg est mort. Et si David Lagercrantz est si doué, pourquoi n’écrit-il pas ses propres romans ?", a-t-elle lancé le 16 août dans les colonnes du journal suédois Svenska Dagbladet, citée par La Croix

Et elle n'est pas la seule à s'émouvoir de cette situation. Des amis d'enfance de Stieg Larsson sont allés jusqu'à évoquer "le pillage d'une tombe" dans le quotidien danois Dagens Nyheter, rapporte Europe 1. Ils craignent que le quatrième tome dénature la trilogie mondialement connue. 

Une sortie sous haute surveillance

La maison d'édition exerce un contrôle total sur la publication du quatrième tome. Des journalistes se sont ainsi agacés de ne pas avoir pu lire l'ouvrage tant attendu avant sa sortie. Le quotidien de référence danois Politiken a même annoncé, mardi 25 août, qu'il ne publierait aucun article sur la suite de la trilogie. 

L'auteur comprend ce boycott et reconnaît que la situation est "absurde""Je suis du côté des journalistes là-dessus. J'ai moi-même un passé de reporter et je suis habitué à être de votre côté de la barrière. Je serais moi-même bien emmerdé pour savoir si j'aurais accepté ces conditions-là", confie-t-il dans un quotidien régional, cité par Europe 1

La prudence de l'auteur et de la maison d'édition frôle même la paranoïa. L'ouvrage a ainsi été rédigé sur un ordinateur dépourvu de connexion internet pour éviter tout piratage. Une anecdote qui fait étrangement écho à l'univers de la trilogie. Sans compter qu'aucun entretien avec David Lagercrantz ne sera publié dans la presse avant la sortie de son livre.