Le Louvre, musée le plus visité au monde : "Le problème, c'est de recevoir le mieux possible", commente Frédéric Mitterrand

"Le Louvre a retrouvé tout son lustre", a salué Frédéric Mitterrand, qui a néanmoins déploré des œuvres aujourd'hui difficiles à admirer "sans avoir 300 personnes agglutinées devant les tableaux".

Frédéric Mitterrand dit visiter le Louvre la nuit pour éviter la foule (illustration, 30 août 2015).
Frédéric Mitterrand dit visiter le Louvre la nuit pour éviter la foule (illustration, 30 août 2015). (GUILLAUME SOUVANT / AFP)

"Je suis fier et inquiet", a réagi jeudi 3 janvier sur franceinfo, Frédéric Mitterrand, ancien ministre de la Culture et de la Communication. Le musée du Louvre a enregistré en 2018 des chiffres record : 10,2 millions de visiteurs, soit une hausse de 25% par rapport à 2017, s'est félicité le musée. "Le Louvre a retrouvé tout son lustre", a salué Frédéric Mitterrand, qui a néanmoins déploré des œuvres aujourd'hui difficiles à admirer "sans avoir 300 personnes agglutinées devant les tableaux". "Il y a du monde, c'est très bien, mais tout ne va pas forcément bien. On peut certainement améliorer les choses", a-t-il plaidé.

franceinfo : Êtes-vous fier ?

Frédéric Mitterrand : Je suis fier et inquiet. Fier, car c'est le résultat du fantastique travail qui a été fait par les différents patrons de l'établissement du Louvre, Michel Laclotte, Pierre Rosenberg ou encore Jean-Luc Martinez. Le Louvre a retrouvé tout son lustre. Il faut aussi rajouter que la pyramide, le réaménagement fait sous François Mitterrand avec des travaux d'équipements considérables, attirent l'attention et la curiosité pour de bonnes raisons. Mais en même temps, 10,2 millions, c'est-à-dire trois millions de plus que le British Museum, et le double du Prado à Madrid, c'est quand même inquiétant, et la quantité ne veut pas dire la qualité. Le problème des grands musées comme ceux-là, ce n'est pas uniquement de faire de l'audimat, parce que dans ce cas-là, il y a l'essence du message culturel qui se perd.

Un clip de Beyoncé et Jay-Z a été tourné en juin dernier au Louvre. Les touristes étrangers sont de retour. Pensez-vous que ce soit lié ?

Ça a forcément joué. Mais on en revient toujours à l'idée du "cocorico c'est formidable", et de l'inquiétude. En même temps, le Louvre, ce n'est pas un clip. Quand on parle du Louvre et du tourisme, le Louvre n'assure pas des nuitées dans les hôtels. Le plus important, c'est de dire que ça permet d'acheter des œuvres d'arts, d'équilibrer le budget du Louvre à un moment où l'État est tellement sollicité par les autres musées qu'il peine un peu à fournir autant d'argent.

On vous sent un peu ronchon alors que les chiffres sont positifs, que les jeunes reviennent au musée...

C'est très bien, mais il faut être prudent dans l'évaluation des chiffres, la qualité est aussi importante que la quantité. C'est quand même une habitude générale de dire que puisqu'il y a du monde, tout va bien. Non ! Puisqu'il y a du monde, c'est très bien, mais tout ne va pas forcément bien. On peut certainement améliorer les choses. Je vais fréquemment au Louvre, mais j'y vais généralement la nuit quand il y a des séances de nuit. Car c'est là où on peut voir les œuvres sans avoir 300 personnes agglutinées devant les tableaux. Je ne suis pas du tout ronchon. Je dis qu'il y a des dirigeants exceptionnels, un personnel exceptionnel aussi, il y a plus d'un millier de personnes qui travaillent au Louvre dans des conditions remarquables d'érudition, de connaissance et de dévouement. Ce n'est pas ça le problème. Le problème, c'est qu'à partir du moment où vous avez dix millions [de visiteurs], il faut essayer de les recevoir le mieux possible et je sais que c'est l'angoisse de tous les patrons du Louvre, les uns après les autres. Quand à ce qui se passe actuellement, le développement par monsieur Martinez [le président du Louvre] de tout un ensemble de méthodes nouvelles pour approcher la culture avec l'informatique, la manière dont l'image du Louvre est défendue dans le monde, est tout simplement remarquable.