L'identité du modèle de "L'Origine du monde" révélée dans un livre

C'est Claude Schopp, un grand spécialiste français des écrivains Alexandre Dumas père et fils, Goncourt de la biographie en 2017, qui a fait cette découverte par hasard.

Le tableau \"L\'Origine du monde\", peint par Gustave Courbet, pris en photo au musée d\'Ornans (Doubs), le 3 juin 2014.
Le tableau "L'Origine du monde", peint par Gustave Courbet, pris en photo au musée d'Ornans (Doubs), le 3 juin 2014. (SEBASTIEN BOZON / AFP)

On connaissait son sexe depuis plus d'un siècle, désormais on connaît son identité. La jeune femme qui a servi de modèle à Gustave Courbet pour peindre L'Origine du monde, célèbre nu peint en 1866, s'appelait Constance Quéniaux, révèle Claude Schopp dans un livre qui paraîtra le 4 octobre aux éditions Phébus. Le chercheur a ainsi résolu l'un des plus grands mystères du monde des arts.

Comme beaucoup de découvertes, celle-ci est le fruit du hasard. Grand spécialiste français de Dumas père et fils et Goncourt de la biographie en 2017, Claude Schopp l'a trouvée en travaillant sur la correspondance d'Alexandre Dumas fils et de George Sand. Chargé "de traquer les moindres allusions que contient un texte afin de l'éclaircir", Claude Schopp est surpris par une coquille dans la transcription d'une lettre de Dumas à Sand, datant de juin 1871.

"Ce fut comme une illumination"

L'écrivain, hostile à la Commune, déblatère sur Courbet. "On ne peint pas de son pinceau le plus délicat et le plus sonore l'interview de Mlle Queniault (sic) de l'Opéra", écrit Dumas. "Interview ? ça ne voulait rien dire", explique le chercheur au cours d'un entretien avec un journaliste de l'AFP, qui révèle l'information mardi 25 septembre. Il décide de confronter cette transcription avec le manuscrit conservé à la Bibliothèque nationale de France (BnF). Ce n'est pas "interview" qu'il fallait lire mais "intérieur".

"Ce fut comme une illumination", se souvient le chercheur. "D'habitude, je trouve en travaillant beaucoup, là j'ai trouvé sans chercher. C'était injuste". Le chercheur fait part de sa découverte à Sylvie Aubenas, directrice du département des estampes et de la photographie de la BnF. "Ce témoignage d'époque découvert par Claude me fait dire que nous avons la certitude à 99% que le modèle de Courbet était bien Constance Quéniaux", confie-t-elle.

Une des maîtresses du commanditaire du tableau

Avant la découverte de Claude Schopp, plusieurs noms avaient circulé quant à l'identité du modèle. On a ainsi évoqué Joanna Hiffernan, maîtresse de Courbet durant l'été 1866, mais dont la rousseur irlandaise et la carnation blanche correspondent peu à ce que dévoile le tableau. Ou celui de Jeanne de Tourbey, maîtresse du diplomate turco-égyptien Khalil-Bey, commanditaire du fameux tableau et figure flamboyante du Tout-Paris des années 1860.

La noirceur de la chevelure de Constance et ses "beaux sourcils noirs", loués par la critique lorsqu'elle dansait à l'Opéra, sont plus conformes à la luxuriante pilosité du modèle, explique Sylvie Aubenas. Le département des estampes et de la photographie de la BnF conserve plusieurs photos de Constance Quéniaux, une autre des maîtresses de Khalil-Bey, dont une par Nadar.

"Un secret connu de tous"

Pourquoi son nom n'est-il pas apparu plus tôt ? "C'était un secret connu de tous", suggère Sylvie Aubenas. Si Dumas lâche son nom, c'est davantage par ressentiment à l'encontre de Courbet. En 1866, Constance Quéniaux a 34 ans et ne danse plus depuis 1859. Elle est devenue "une femme de bien", "respectable", qui s'adonne aux œuvres philanthropiques.

Un autre élément vient corroborer la découverte de Claude Schopp. A la mort de Constance, en 1908, on découvrit lors de la vente de succession un tableau de Courbet représentant un bouquet de fleurs. La composition mêle habilement bouquet et plantes en pots. Sur le côté gauche des fleurs printanières (iris, tulipes, primevères) ; sur le côté droit des camélias rouges et blancs, "les fleurs vouées aux courtisanes depuis Dumas fils", fait remarquer Sylvie Aubenas. Surtout, au centre, on remarque une plante grasse qui tend vers le spectateur une profonde corolle rouge épanouie et ouverte. "Quel plus bel hommage de l'artiste et du commanditaire à Constance ?" souligne Sylvie Aubenas.