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Défense : la France se prépare à combattre à très haute altitude

L'armée de l'Air et de l'Espace prépare sa future doctrine pour les "très hautes altitudes". Cette zone aérienne située entre 20 et 100 kilomètres de haut n'est aujourd'hui régie par aucune règle internationale. 

Article rédigé par Eric Biegala
Radio France
Publié
Temps de lecture : 2 min
Les avions espions du type U2 sont capables de voler à plus de 20 kilomètres du sol. (STAFF SGT. ROBERT M. TRUJILLO / US AIR FORCE)

La guerre de demain se prépare à très haute altitude. Les couches les plus hautes de l'atmosphère terrestre sont en effet de plus en plus souvent investies par des engins, d'espionnage ou d'attaque  - souvent encore expérimentaux - et ce alors même que la surveillance de ces espaces est pour le moins lacunaire... En France, l'armée de l'Air et de l'Espace prépare sa future doctrine d'emploi de ces nouvelles zones de conflictualité.

La très haute altitude, entre 20 et 100 kilomètres au-dessus du sol, n'est pas aujourd'hui régie par des règles strictes. Dans les airs, les avions commerciaux évoluent en altitude autour des 10 kilomètres et jusqu'à 20 kilomètres de haut, dans ce qu'on l'on appelle l'espace de souveraineté des Etats. Aujourd'hui, les avions militaires et les défenses sol-air peuvent intervenir dans cette zone. Au-delà des 100 kilomètres, aucun armement massif ne peut être placé en orbite comme le stipule le Traité de l'espace de 1967 (le document en format PDF). Un traité signé par la France en 1970. Reste qu'entre la barre des 20 et des 100 kilomètres, il y a une zone de non-droit internationale. 

La haute altitude pour espionner, mais aussi attaquer

De nombreux Etats s'engouffrent aujourd'hui dans cette brèche. Un avion espion du type U2 américain peut voler à 22 000 mètres et n'a ainsi pas à déclarer son plan de vol. Il peut donc survoler l'espace aérien français. Des engins volants de ce type à ces altitudes, il y en a aujourd'hui de plus en plus. 

Pour le général Philippe Morales, au commandement de la défense aérienne et des opérations aériennes (CDAOA), la recherche avance sur ces engins : "On voit apparaître dans les technologies actuelles des ballons haute atmosphère. On pense à tout ce qui est reconnaissance visuelle : l'imagerie et l'écoute électronique. Il y a aussi des planeurs hypersoniques qui peuvent naviguer dans ces couches et frapper avec une trajectoire complètement différente d'un missile balistique."

Les vecteurs ultrarapides-hypersonnique sont une menace mais un simple ballon ou un dirigeable d'observation posent aussi un vrai problème de sécurité. Aujourd'hui, l'armée s'interroge sur la réponse à donner.

"Est-ce que demain, on accepte d'avoir un ballon étranger qui vient se mettre au-dessus de la capitale et qui pourrait en avoir le droit ? C'est une question que l'on doit se poser."

Général Stéphane Mille, chef d'état major de l'armée de l'Air et de l'Espace

à franceinfo

Cette réponse à donner est déjà à l'étude au sein de l'état-major. L'armée française prépare en ce moment une nouvelle doctrine d'emploi, de gestion, de surveillance et de défense des très hautes altitudes. Cette réflexion va prendre du temps, explique le général Stéphane Mille : "Vous en avez pour quelques mois de réflexion avant de savoir ce que l'on veut faire, avant de valider une stratégie et avant de décliner cette doctrine. Nous avons un peu de temps devant nous mais il faut s'y atteler. Dans l'espace, tout va très vite."

Plusieurs programmes de ballons ou de dirigeables à très haute altitude sont en cours en France. Un planeur et un missile hypersonique sont également à l'étude.

 

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