Bloqué en Afghanistan, un ancien interprète de l'armée française espère être évacué : "Si les talibans nous trouvent, ils nous tueront"

Plusieurs dizaines d'anciens employés de l'armée française en Afghanistan attendent de pouvoir partir en Europe. Ils craignent pour leur vie depuis l'arrivée des talibans au pouvoir.

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Le marché de Kaboul (Afghanistan), le 19 août 2021. (SAYED KHODAIBERDI SADAT / ANADOLU AGENCY / AFP)

Les Afghans qui ont travaillé pour l'armée française et qui restent bloqués à Kaboul vivent sous la menace depuis l'arrivée des talibans au pouvoir en Aghanistan. Seuls deux anciens interprètes afghans des troupes françaises ont pu rejoindre Paris, grâce à un vol d'évacuation, a annoncé, lundi 23 août à franceinfo, le Collectif PCRL (pour "personnels civils de recrutement local"), composé d'avocats chargés de la défense de ces employés de l'armée française recrutés en Afghanistan. Les autres tentent d'alerter les autorités de Paris sur leur situation. 

Certains, comme Baqir*, un jeune Afghan qui a été interprète pour l'armée française, ne parviennent pas à établir de contact avec ces autorités. Le jeune homme garde tout de même l'espoir d'être enfin entendu et de pouvoir fuir son pays. Il a confié ses craintes à franceinfo. 

Franceinfo : Où êtes-vous actuellement ?

Baqir* : Je suis à Kaboul. J'ai quitté la maison où je vivais par précaution, pour ma sécurité, dans le cas où les talibans auraient mis la main sur mon adresse. Je me suis réfugié dans une maison, toujours dans la capitale, et je ne sors plus que pour les urgences.

"D'autres camarades qui travaillaient aussi pour l'armée française ont également dû déménager, car ils craignaient d'avoir été repérés."

Baqir*, ancien interprète pour l'armée française

à franceinfo

On se donne des nouvelles tous les jours au cas où l'un d'entre nous venait à être trouvé par les talibans. On reste tous discrets et prudents. 

Vous sentez-vous menacé par les talibans ?

Comment ne pas avoir peur d'eux ? Depuis que les talibans sont entrés dans Kaboul, on ne dort plus, on est effrayés. Si les talibans nous trouvent, ils nous tueront. Il n'y a plus aucune sécurité pour nous. Deux de mes collègues ont été contactés par des membres des talibans sur leurs téléphones portables et ont été sommés de se présenter à eux. Depuis, ils ont éteint leur téléphone par crainte d'être géolocalisés. 

"Tous les bâtiments des institutions gouvernementales sont tenus par les talibans, ils sont partout."

Baqir, ancien interprète pour l'armée française

à franceinfo

Maintenant que les talibans sont au pouvoir, ils ont les outils de renseignement nécessaires pour traquer notre activité, ils possèdent nos informations personnelles. Quoi qu'il en soit, je fuirai le pays. Même si c'est quasiment impossible, car il n'y a plus d'ambassades dans la ville, mais je vais mourir si je reste. 

Etes-vous en contact avec les autorités françaises pour une évacuation ?

Nous nous sommes rapprochés de l'ambassade de France et du ministère des Armées en juin en leur envoyant deux lettres pour demander une évacuation, mais personne ne nous a répondu. Nous avons été surpris par l'arrivée rapide des talibans au pouvoir, on pensait avoir le temps de faire nos démarches, mais les services de l'ambassade française à Kaboul ont fermé du jour au lendemain.

On ne sait plus à qui nous adresser pour faire avancer notre situation. Un numéro de crise a été mis en place par l'ambassade française, mais au bout du fil, ça sonne et personne ne décroche. Je passe ma journée à chercher sur internet qui sont les interlocuteurs qu'on pourrait joindre. Même au ministère de la Défense et des Armées, dont nous dépendions lorsque nous travaillions pour la France, nous ne trouvons pas d'interlocuteurs.

"On a l'impression que les PCRL passent au second plan et qu'on est abandonnés."

Baqir, ancien interprète pour l'armée française

à franceinfo

Nous ne pensons même pas à aller à l'aéroport, c'est le chaos là-bas, car tout le monde y voit une issue pour pouvoir quitter le pays. Même les rares personnes que je connais qui ont obtenu un laissez-passer par la France ne savent pas comment s'y rendre. On est totalement livrés à nous-mêmes. J'ai l'impression qu'il faut attendre qu'on soit tués pour que notre situation inquiète les autorités. On a accompagné les troupes françaises dans les provinces les plus dangereuses, on a risqué notre vie pour la France et aujourd'hui, on passe totalement au second plan. J'ai l'impression qu'on ne veut plus entendre parler de nous.

* Le prénom a été modifié.

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