Vidéo Suicides d'agriculteurs : Julien Denormandie annonce une augmentation "de 40 % des moyens"

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Le ministre de l'Agriculture annonce qu'un réseau de "sentinelles" va être déployé en France pour "identifier les signaux faibles" et faire de la prévention. 

"Nous augmenterons de 40 % l'ensemble des moyens financiers" destinés à enrayer les suicides d'agriculteurs, a annoncé Julien Denormandie, ministre de l'Agriculture et de l'Alimentation, mardi 23 novembre sur franceinfo, alors que le gouvernement lance ce jour une "mobilisation collective" pour une meilleure rémunération et une meilleure considération des agriculteurs.

franceinfo : L'agriculture fait partie des secteurs professionnels où le taux de suicide est le plus important. À quoi est-ce dû ?

Il y a des enjeux de rémunération et de considération. Pendant toute la crise sanitaire, les agriculteurs ont permis au pays de tenir. Grâce à eux, nous n'avons jamais manqué de rien dans les supermarchés. Cette rémunération, cette considération sont au cœur de l'action que nous portons pour les améliorer et je crois que c'est un des éléments de la situation de détresse qu'on peut constater. Ce constat est terrible. Aujourd'hui, il y a une surmortalité par suicide dans les exploitations agricoles. Ce sont des drames humains, des drames familiaux, des drames dans nos territoires et cette situation nous oblige à prendre des mesures fortes pour lutter contre ces détresses agricoles. Ce sont les mesures ambitieuses sur le fond et sur les moyens aussi puisque nous augmentons de 40 % les moyens financiers pour venir lutter contre ces situations.

Vous annoncez le déploiement d'un réseau de sentinelles partout en France. En quoi cela consiste ?

Il s'agit d'identifier les signaux faibles, un agriculteur qui n'ouvre plus les courriers qu'on lui adresse, par exemple, parce qu'il se dit que ça doit être une demande de recouvrement.

"Ces sentinelles sont l'ensemble des personnes qui sont en lien avec les agriculteurs, les institutionnels comme la mutualité sociale agricole (MSA), les voisins, les chambres d'agriculture, les associations, mais aussi le facteur, le banquier, l'élu local."

Julien Denormandie, ministre de l'Agriculture

à franceinfo

L'ensemble de la communauté qui est en lien avec l'agriculteur et qui lui dit : "Nous sommes là pour vous accompagner, il y a des dispositifs qui existent, des spécialistes qui sont là". Au lieu de simplement demander à un agriculteur qui va mal de prendre son téléphone et d'appeler le numéro Agri'écoute, où il y a des spécialistes, on va d'aller vers ces agriculteurs. Je crois qu'une politique sociale c'est avant tout d'aller vers et c'est ce que nous mettons en place en renforçant ces réseaux de sentinelles.

Vous avez également demandé à la mutualité sociale agricole de ne plus écrire "attention mise en demeure" sur les enveloppes de ses courriers. Pourquoi ?

Quand vous êtes à la campagne et que vous recevez un courrier où il y a marqué "redressement judiciaire", tout se sait. Quand le facteur apporte votre courrier, vous avez le sentiment que toutes les personnes qui vous entourent sont au courant de votre situation. Le deuxième axe de ce plan, après le "aller vers", c'est de remettre l'humain au centre de tout. Aujourd'hui, on a des politiques publiques qui existent déjà. Il y a des boulots formidables qui sont faits sur le terrain.

"Mais il nous faut remettre de l'humain au centre de tout."

Julien Denormandie

à franceinfo

Humaniser nos politiques de soutien, qu'elles soient économiques, sociales ou administratives, et c'est ça que nous faisons. L'exemple du courrier en est un bon.

Les négociations annuelles sur les prix ont commencé entre les agriculteurs et la grande distribution. Souhaitez-vous que les agriculteurs puissent vendre leurs produits plus chers pour augmenter leur pouvoir d'achat ?

Ce n'est pas qu'au nom de leur pouvoir d'achat, c'est d'abord une question de justice. Dans quel secteur socio-économique on accepterait de vendre en-dessous du coût de production. Il en va d'abord de cette question de justice pour nos agriculteurs, de cette question de considération parce que les agriculteurs ne cessent de travailler y compris dans les moments difficiles, mais il en va aussi de la pérennité de notre souveraineté alimentaire. Il n'est pas possible de faire d'agriculture sans nos agriculteurs. Il n'est pas possible d'avoir des agriculteurs s'ils ne sont pas rémunérés. C'est quoi sinon le choix ? Que chacun se pose la question. L'un des moyens aussi de soutenir cette agriculture est que nous fassions le choix, en tant que consommateur, d'acheter des produits locaux, du territoire. Oui, en tant que consommateur, ces prix augmenteront un petit peu. Le deuxième aspect c'est que, quand le consommateur achète un produit local, il doit avoir la certitude que le prix qu'il paie ne reste pas dans les poches de la grande distribution ni des chaînes industrielles. La loi Egalim 2 [Loi pour l'équilibre des relations commerciales dans le secteur agricole et alimentaire et une alimentation saine, durable et accessible à tous] adoptée il y a un mois vient réguler l'ensemble des relations commerciales, c'est-à-dire qu'elle impose des règles de manière très stricte dans ces négociations entre un agriculteur, un industriel et une grande distribution. C'est essentiel parce qu'on a tous un rôle à jouer en faveur de nos agricultures.

Si vous avez besoin d'aide, si vous êtes inquiet ou si vous êtes confronté au suicide d'un membre de votre entourage, il existe des services d'écoute anonymes. La ligne Suicide écoute est joignable 24h/24 et 7j/7 au 01 45 39 40 00. D'autres informations sont également disponibles sur le site du ministère des Solidarités et de la Santé.

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