Vidéo "La grande distribution, qui se gavait déjà beaucoup sur les fruits et légumes, se gave encore plus sur le bio", estime un expert de l'UFC-Que choisir

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Complément d'enquête. "La grande distribution, qui se gavait déjà beaucoup sur les fruits et légumes, se gave encore plus sur le bio"

Les fruits et légumes bio, un marché en plein essor... qui se révélerait des plus juteux pour la grande distribution. "Complément d'enquête" s'est rendu au siège de l'UFC-Que choisir, à Paris. L'association a enquêté en 2019 sur les marges que prennent nos supermarchés sur 24 fruits et légumes bio. Résultat : elles s'avèrent beaucoup plus élevées que pour les produits de l'agriculture conventionnelle. Explications dans cet extrait d'un document à voir le 30 septembre 2021.

C'est un marché qui a doublé en seulement cinq ans. Avec 9 consommateurs sur 10 qui déclarent avoir mangé en 2020 des produits labellisés "AB" (pour "Agriculture biologique"), il faut désormais produire en quantité industrielle de quoi alimenter les rayons "bio" des hypermarchés. Que "la grande distribution se lance encore plus dans le bio, développe son offre avec encore plus de produits pour le consommateur français", Olivier Andrault, chargé de mission "Agriculture et alimentation" pour l'UFC-Que choisir, y voit "d'abord une très bonne nouvelle. En revanche, précise le chercheur, on se rend compte que la grande distribution, qui se gavait déjà beaucoup sur les fruits et légumes, se gave encore plus sur le bio"... 

Des marges brutes en moyenne 75% plus élevées sur les fruits et légumes bio

La grande distribution appliquerait en effet des marges brutes en moyenne 75% plus élevées dans le bio que dans le conventionnel. C'est la conclusion d'une enquête portant sur 24 fruits et légumes de consommation courante, menée en 2019 par Olivier Andrault pour l'UFC-Que choisir.

L'étude se base sur les chiffres du Réseau des nouvelles de marché, qui dépend du ministère de l'Agriculture. Ce service publie chaque mois les prix d'achat et les prix de vente pratiqués au niveau national par la grande distribution. En comparant le prix auquel elle achète un kilo de fruits au producteur et celui auquel elle le vend en supermarché, on obtient la marge réalisée – et elle est parfois surprenante.

Pommes bio : + 150% de marge brute

Voici la démonstration qu'en fait Olivier Andrault avec l'un des trois fruits les plus consommés par les Français, la pomme. Commençons par une pomme cultivée en agriculture conventionnelle, vendue en supermarché à 2,04 euros le kilo. Son prix se décompose comme suit : 1,06 euro pour l'agriculteur, 87 centimes pour la grande distribution, sans oublier 11 centimes de TVA. Prenons ensuite la même pomme, cultivée en bio. Elle est proposée au consommateur à 4,19 euros le kilo, soit plus du double. La grande distribution l'achète au producteur au prix de 1,80 euro le kilo – "pour une raison tout à fait acceptable : ça coûte plus cher de produire des pommes bio", précise le chercheur. Mais pourquoi la marge du distributeur (il s'octroie 2,17 euros par kilo) fait-elle un bond de 150% 

Tomates bio : + 110%

Pour la pomme, l'étude de l'UFC-Que choisir constate donc une différence de marge brute de 150% entre le bio et le conventionnel. Pour la pomme de terre, cet écart est de 83%. Pour la tomate, il est de presque 110%. 

Pour les consommateurs, et surtout pour ceux qui ne sont pas encore passés au bio, "c'est la double peine, et c'est inadmissible", conclut Olivier Andrault. "Le premier frein à l'achat du bio, rappelle-t-il, c'est le prix. Et donc cette politique de marge de la grande distribution empêche les consommateurs qui n'ont pas les moyens budgétairement d'aller vers le bio."

Extrait de "Grandes surfaces : main basse sur le bio !", un document à voir dans "Complément d'enquête" le 30 septembre 2021.

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