VIDEO. Glyphosate : "Le lobby de la malbouffe et de la souffrance animale a dicté la loi", dénonce Yannick Jadot

Le député européen écologiste Yannick Jadot a qualifié de "terrible gâchis", mardi sur France Inter, le refus cette nuit de l'Assemblée nationale d'inscrire dans la loi l'interdiction du glyphosate d'ici trois ans.

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Un "terrible gâchis" : voilà comment le député européen écologiste Yannick Jadot a qualifié le refus, dans la nuit du lundi 28 au mardi 29 mai, de l'Assemblée nationale d'inscrire dans la loi l'interdiction du glyphosate d'ici trois ans. Invité de France Inter mardi 29 mai, il a accusé le ministre de l'Agriculture, Stéphane Travert, de "négationnisme écologique" et de plier "en permanence" depuis sa prise de fonction face au lobby agro-industriel. Un lobby "qui a dicté la loi et qui a gagné contre la société, contre la santé, contre l'environnement et contre tous les paysans", a également jugé Yannick Jadot.

France Inter : L'interdiction du glyphosate d'ici trois ans n'a pas été inscrite dans la loi, cette nuit à l'Assemblée. C'est un revers, selon vous ?

Yannick Jadot : C'est un terrible gâchis. Nicolas Hulot a proposé au président de la République de faire ces états généraux de l'agriculture et de l'alimentation qui devaient se traduire dans une loi. L'idée c'était de réconcilier l'agriculture avec la société, avec la santé, avec la gastronomie, avec des paysans qui vivent correctement de leurs métiers, nombreux, dans les campagnes. (...) Et là ce qu'on constate, c'est que c'est le lobby de la malbouffe, le lobby de la souffrance animale, le lobby de l'industrie concentrationnaire qui a dicté la loi, et qui a gagné contre la société, contre la santé, contre l'environnement et contre tous les paysans.

Sur le glyphosate, le ministre de l'Agriculture indique que la position du gouvernement est d'en sortir d'ici 2021 si et seulement s'il y a des alternatives. Cette position n'est-elle pas claire ?

La position du gouvernement est très claire : c'est qu'on ne va rien faire ! La position du ministre de l'Agriculture depuis qu'il a été nommé, c'est de ne rien faire contre l'agrochimie, de ne rien faire contre le pire de l'agriculture. Quand il est arrivé, sa première déclaration c'était de dire qu'il était contre l'interdiction des néonicotinoïdes tueurs d'abeilles. Aujourd'hui, les abeilles sont massacrées, décimées ! Qu'est-ce qu'il y a dans cette loi ? C'est qu'on confie la transition agricole, la sortie des pesticides, à la direction de la FNSEA, on les donne à Monsanto, on les donne au pire de l'agriculture.

Vous accusez le ministre de l'Agriculture Stéphane Travert d'avoir plié face aux lobbys, mais sur quels éléments vous fondez-vous ?

Mais il est le lobby ! Quand un ministre de l'Agriculture défend en permanence les lobbys contre l'opinion publique, contre la science... C'est quand même un ministre qui a été devant l'Assemblée nationale pour dire qu'il n'y avait pas de problème avec les abeilles ! Ça s'appelle du déni de réalité, ça pourrait s'appeler du négationnisme écologique ! Les apiculteurs sont aujourd'hui totalement abandonnés par leur ministre de tutelle, par le ministre de l'Ecologie qui défend la biodiversité et par Emmanuel Macron qui décide de tout. C'est terrible ! Au moment où tout le monde sonne le tocsin sur la biodiversité, le gouvernement sonne le glas de la biodiversité.

Quelle est l'échelle de valeur de ce qui se passe en ce moment, selon vous ?

L'échelle de valeur, pour moi, c'est le patron du Muséum national d'Histoire naturelle qui a parlé "d'anéantissement biologique". Le drame que vit notre biodiversité, c'est un anéantissement biologique. 80% des insectes ont disparu en 30 ans, c'est un drame pour l'ensemble du cycle de la vie. Le ministre de l'Agriculture, constatant les orages et la destruction de vignobles, va soutenir ces viticulteurs, et c'est normal. Mais pourquoi abandonne-t-il les apiculteurs ? Sur les abeilles, c'est très clair ! Pourquoi le ministre de l'Agriculture ne veut pas intervenir ? Parce que la mortalité excessive et dramatique des abeilles est liée aux pesticides, et comme il ne veut pas revenir sur les pesticides, il nie cette réalité. L'abeille c'est le symbole de la biodiversité, les laisser mourir et laisser mourir nos apiculteurs, c'est une responsabilité majeure de ce gouvernement.

Yannick Jadot, invité de la matinale de France Inter, le 29 mai 2018.
Yannick Jadot, invité de la matinale de France Inter, le 29 mai 2018. (FRANCE INTER / RADIO FRANCE)