Sécheresse : "Les débits vont se réduire de 10% à 40% d'ici cinquante ans", une spécialiste appelle à une utilisation "plus sobre de l'eau"

Marillys Macé, directrice générale du centre de l'information sur l'eau, a jugé sur franceinfo lundi qu'il "n'y a pas de quoi être optimiste". 

Un lac sensé être rempli d\'eau est en partie vide. (Illustration). 
Un lac sensé être rempli d'eau est en partie vide. (Illustration).  (MAXPPP)

"La sécheresse pourrait devenir chronique. Il n'y a pas de quoi être optimiste", a déclaré Marillys Macé, directrice générale du centre de l'information sur l'eau, lundi 15 juillet sur franceinfo alors que 55 départements français sont actuellement concernés par des arrêtés préfectoraux de restrictions d'eau. Vingt d'entre eux sont dans une situation de crise. "C'est une situation qui se répète ces dernières années", a ajouté Marillys Macé. "Les débits des cours d'eau vont se réduire dans les cinquante ans qui viennent, entre 10 % et 40 %. On va avoir des températures qui vont s'élever et une baisse des précipitations en été", poursuit-elle avant d'appeler appelle à une "utilisation plus sobre de l'eau". 

franceinfo : Est-on dans une situation exceptionnelle ?

Marillys Macé : C'est une situation qui se répète ces dernières années. Pour donner une idée, en juin, il n'y avait qu'une dizaine de départements concernés par des arrêtés préfectoraux sécheresse. On est à la mi-juillet à 55 départements donc on voit bien que la situation se tend. On a tout un arc de la France qui est concerné en partant de la Corse jusqu'au Poitou-Charentes. Le nord de la France est très concerné par cet état de sécheresse. Nous sommes dans des situations qui se répètent d'année en année. Il n'y a pas de quoi être optimiste.

La sécheresse va-t-elle devenir chronique, avec le réchauffement climatique ?

Oui, elle pourrait devenir chronique. Tous les experts sont d'accord avec cette façon de voir les choses. Les Assises de l'eau qui se sont tenues il n'y a pas très longtemps en ont très largement tenu compte. On pense que les débits des cours d'eau vont se réduire dans les cinquante ans de 10 % à 40 %, et un pourcentage encore plus important pendant les mois chauds. On va avoir des températures qui vont s'élever ainsi qu'une baisse des précipitations en été et en hiver une baisse de l'enneigement. Toutes ces prévisions font que la France va être très concernée, même si pour l'instant on a la chance d'avoir des stocks d'eau assez importants. Il y a des innovations qui existent pour recharger les nappes phréatiques, par exemple avec des eaux usées traitées. Et puis, il y a des solutions tout simplement de sobriété, de trouver les moyens de moins utiliser d'eau. Cela passe par tous les gestes du quotidien. Tout le monde est concerné.

L'agriculture est-elle trop gourmande en eau aujourd'hui ?

Il y a des progrès ces dernières années. Eux-mêmes sont victimes de la sécheresse, donc ils cherchent petit à petit des solutions pour utiliser moins d'eau. Il y a déjà les stockages d'eau qui peuvent les aider, et puis c'est quelque chose qui va s'organiser petit à petit par territoire. Les chambres d'agriculture vont regarder quelles sont les ressources d'un côté, et comment les agriculteurs pourront s'engager à utiliser moins d'eau. Cela passe par beaucoup de choses : une irrigation plus raisonnée et des cultures qui ont besoin de moins d'eau.