Sécheresse : "Il faut changer notre regard sur la gestion de l'eau face au changement climatique"

Selon la présidente de la FNSEA, Christiane Lambert, l'eau de pluie est aujourd'hui trop peu utilisée.

La présidente de la FNSEA, Christiane Lambert, veut revoir la gestion de l\'eau en France (illustration).
La présidente de la FNSEA, Christiane Lambert, veut revoir la gestion de l'eau en France (illustration). (MAXIME JEGAT / MAXPPP)

"Je pense qu'il faut changer notre regard sur la gestion de l'eau en France vis-à-vis du changement climatique", a affirmé samedi 15 septembre sur franceinfo Christiane Lambert, présidente de la Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles (FNSEA), premier syndicat agricole français. Après un été très chaud et de rares précipitations, les sols et les cultures n'ont pas été convenablement irrigués. Plusieurs arrêtés de restriction de l'eau ont été publiés dans certains départements français. Pour Christiane Lambert, "quand il y a de très fortes précipitations au printemps et que nous ne les stockons pas et bien, nous gâchons l'eau de pluie."

franceinfo : Est-ce que la sécheresse de l'été met en danger certaines exploitations ?

Christiane LambertOui. Il ne pleut toujours pas et pas de pluie annoncée la semaine prochaine, toutes les prairies sont marron. Quand je regarde les prévisions de Météo France, là où la carte était toute verte en 1970, un petit peu rouge en 2035, elle est totalement écarlate en 2055, donc je pense qu'il faut changer notre regard sur la gestion de l'eau en France au regard du changement climatique. Aujourd'hui en France, nous n'irriguons que 6% de nos surfaces et l'eau consommée par l'agriculture c'est 11% seulement, alors que c'est 60% pour l'énergie. Nous sommes, en France, encore trop souvent bloqués sur des conflits qui n'ont pas lieu d'être, parce que quand le climat change, il faut changer notre rapport à l'eau.

Faut-il que l'État assouplisse sa politique autour de l'irrigation ?

Oui, parce qu'il y a aujourd'hui beaucoup trop de projets davantage par idéologie que pour des raisons géographiques, topographiques ou de consommation d'eau. Ça coûte très cher aujourd'hui aux assureurs, lorsque l'on peut s'assurer et ça coûte surtout très cher aux agriculteurs et à toutes les activités qui dépendent de l'eau, que d'en manquer. Donc, quand il y a - comme nous l'avons vu cette année - de très fortes précipitations au printemps et que nous ne les stockons pas, nous gâchons l'eau de pluie. En France nous ne stockons que 1,8% de la pluie, alors qu'en Espagne par exemple, ils stockent 40%. Je pense qu'il faut qu'on revoie - avec le ministère de l'Écologie - comment mieux gérer l'eau. Ce sera d'ailleurs les débats des Assises de l'eau. Le candidat Emmanuel Macron a fait des promesses, il faut maintenant que le président de la République les mette en œuvre.

Certaines cultures, comme le maïs, sont très gourmandes en eau et sont en irrigation intensive dès le mois de juin. N'y a-t-il pas des abus de la part de certains céréaliers ?

Le maïs ne consomme pas plus d'eau que d'autres cultures, mais il a besoin de l'eau l'été quand l'eau est rare. Voilà pourquoi nous préconisons de la stocker. L'irrigation du maïs est aujourd'hui totalement raisonnée, elle est suivie au millimètre grâce aux stations météo dans les exploitations et aux préconisations qui sont données. D'ailleurs, on utilise 30% moins d'eau à la tonne de maïs qu'il y a 20 ans. On a donc vraiment une gestion très responsable de l'eau d'irrigation. Déjà aujourd'hui, nous avons adapté nos cultures à l'eau, on fait plus de cultures d'automne que de cultures d'été mais les cultures d'été sont indispensables pour certains élevages. Il faut donc plutôt imiter les pays qui ont connu la sécheresse avant nous comme l'Espagne, le Portugal ou encore Israël car ils se sont dotés de vraies politiques hydrauliques.