"Je vais vendre des animaux parce que j’ai peur d’être trop juste cet hiver" : face à la sécheresse, le choix douloureux d'un éleveur

Certains agriculteurs, notamment en Eure-et-Loir, doivent d'ores et déjà puiser dans leurs réserves de fourrage hivernal pour nourrir les troupeaux.   

Eric Leveau, 49 ans, éleveur de bovins aux Etilleux (Eure-et-Loir) constate les effets de la sécheresse dans ses champs. 
Eric Leveau, 49 ans, éleveur de bovins aux Etilleux (Eure-et-Loir) constate les effets de la sécheresse dans ses champs.  (BENJAMIN ILLY / RADIO FRANCE)

Les averses de la fin du mois ne vont pas régler les problèmes de sécheresse qui sévit depuis plusieurs mois. Quelque 56 départements sont concernés par au moins un arrêté préfectoral limitant certains usages de l'eau. Parmi les plus touchés, l'Eure-et-Loir avec de lourdes conséquences pour les agriculteurs. 

Eric Leveau, 49 ans, est éleveur de bovins aux Etilleux (Eure-et-Loir). Son troupeau de 75 charolaises dispose de 93 hectares de pâturage, mais il n’en reste pas grand-chose. L'agriculteur montre une vache qui tente d’arracher quelques brins d’herbe, mais "c’est grillé, il n’y a plus rien. Elle gratte la terre". Le constat est partout le même : "C’est jaune et il n’y a pas de repousse."

Eric Leveau, 49 ans, éleveur de bovins aux Etilleux, dans le Perche.
Eric Leveau, 49 ans, éleveur de bovins aux Etilleux, dans le Perche. (BENJAMIN ILLY / RADIO FRANCE)

Sans système d'irrigation et faute de pluie, cet éleveur du Perche doit bien trouver un moyen de nourrir ses vaches. "On rapporte du foin ou de la paille pour subvenir aux besoins des animaux", explique-t-il. Il puise donc dans les stocks de l’hiver depuis début juillet, alors que d'habitude, quand cela arrive, c'est vers le 15 août. Les conséquences de la sécheresse sont redoutées.

Cet hiver, il va y avoir un souci parce qu’on ne va pas avoir suffisamment de fourrage pour alimenter les animaux.Eric Leveau, éleveur dans le Percheà franceinfo

Eric Leveau sait qu’il va devoir faire un choix douloureux. Les solutions ne sont pas légion. "Soit il va falloir acheter des aliments à l’extérieur, soit il va falloir vendre des animaux pour diminuer le cheptel, présage-t-il. Il n’y a plus de trésorerie dans les élevages, c’est pour ça que beaucoup d’entre nous vont vendre des animaux." L’éleveur connait ses limites financières : "Je vais réduire mon effectif d'animaux parce que j’ai peur d’être trop juste cet hiver."  

Des mesures de restriction... pour tous

Bertrand Petit, à la tête du syndicat agricole FDSEA d’Eure-et Loir montre une carte sur laquelle plusieurs secteurs sont colorés en rouge. "Là, la préfecture a mis un arrêté d’interdiction de pomper, il n’y a plus le droit d’arroser les jardins", explique-t-il. 

La carte de la FDSEA d\'Eure-et-Loir montrant, en rouge, les zones de forte sécheresse.
La carte de la FDSEA d'Eure-et-Loir montrant, en rouge, les zones de forte sécheresse. (RADIO FRANCE / FRANCE INFO)

Même pour les particuliers, il y a des restrictions. Et pour les agriculteurs, il n’y a plus le droit de pomper dans les rivières. Si des éleveurs voulaient arroser des pâtures, ils n’ont plus le droit, explique-t-il.

C’est pratiquement la moitié du département qui est concerné : tout le sud de Chartres, jusqu’à Châteaudun.Bertrand Petit, président de la FDSEA d'Eure-et-Loirà franceinfo

La visite de la ferme d’Eric Leveau en période de sécheresse se poursuit... sous la pluie. "C’est l’aberration du jour", lance-t-il. Est-ce que ça va suffire ? "C’est déjà pas mal. On est à 18 ou 20 mm, mais il en faudrait d’autre." En fait, il en faudrait plus du double pour que l'herbe repousse dans les champs... et que les vaches aient de quoi ruminer. 

Les éleveurs victimes de la sécheresse en Eure-et-Loir : un reportage de Benjamin Illy
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