Rapport sur l'impact de l'accord UE/Mercosur : "C'est encore pire que ce qu'on pouvait imaginer sur la déforestation", alerte la Fondation Nicolas Hulot

Samuel Leré, responsable du plaidoyer de la Fondation, juge "alarmant" le rapport remis au Premier ministre sur les conséquences environnementales de l'accord UE/Mercosur.

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Radio France
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En Amazonie, au Brésil, après la déforestation de certaines zones, des tracteurs nettoient le terrain pour planter du soja. (RB2 / MAXPPP)

L'accord commercial entre l’Union européenne et les pays sud-américains du Mercosur a un impact sur l’environnement, notamment la déforestation de la forêt amazonienne, selon un rapport de la commission Ambec remis à Jean Castex vendredi 18 septembre. À cette occasion, le Premier ministre a rappelé l'opposition de la France au projet d’accord UE-Mercosur "en l’état".

Samuel Leré, responsable du plaidoyer de la Fondation Nicolas Hulot pour la Nature et l’Homme, qui demande un moratoire sur ce traité, a jugé sur franceinfo ce rapport "alarmant". "C'est encore pire que ce qu'on pouvait imaginer sur la déforestation", a-t-il ajouté. Samuel Leré demande à la France d'entraîner "un changement dans la politique commerciale européenne".

franceinfo : Êtes-vous surpris par les conclusions de ce rapport ?

Les conclusions de ce rapport ne nous surprennent pas, mais même un petit peu quand même, puisque c'est encore pire que ce qu'on pouvait imaginer sur la déforestation. On est arrivés à une hausse, une accélération de 5% de la déforestation si l'accord entrait en vigueur. Si on prend en considération la totalité de la viande, là c'est juste sur les exportations Dalloyau et ces pièces de qualité dans la viande de bœuf, mais si l'on prend en considération la totalité de la viande, on arrive à une accélération de 25%. Ce qui est écrit dans le rapport c'est que cela peut même monter à 45% si les contingents étaient complètement remplis. C'est vraiment un rapport très alarmant sur cet accord.

Et la décision de la France de le mettre en suspend vous satisfait ?

Qu'à moitié parce qu'il était déjà en suspend par rapport à la position française. Nous, ce qu'on attend, c'est une fin de cet accord puisque ce que conclut le rapport, c'est que c'est bien le contenu de l'accord qui pose un problème et non pas la position de Jair Bolsonaro. Et là, il y a encore un doute dans ce que dit la France. La France ne soutient pas cet accord en l'état. Et c'est cette petite nuance sur laquelle on va attendre des précisions. Ce qu'on demande, c'est un arrêt complet de cet accord. Et si jamais on doit avoir un accord commercial avec les pays du Mercosur, il faut que ce soit un accord de juste échange qui permet non pas d'accélérer la déforestation, mais bien de la protéger avec de vraies garanties. Ce qui n'est pas le cas.

Cela pose la question de la façon dont les normes des produits agricoles et agroalimentaires qui viennent de ces pays-là sont appliquées aujourd'hui ?

Oui, bien sûr, mais ce n'est pas que dans ces pays-là, ce sont les règles européennes en matière de commerce international qui posent problème, c'est-à-dire qu'on impose des standards de production dans l'Union européenne et c'est très bien. Il faut que l’on continue. Par exemple, on a interdit un certain nombre de pesticides. Le problème, c'est que les standards pour les produits importés ne sont pas les mêmes. Je vous donne un exemple. L'herbicide atrazine qu'on a interdit dans les années 2000 dans l'Union européenne est autorisé pour les produits importés. Donc là, ce sont des choses qui ne sont plus acceptables aujourd'hui. C'est une concurrence déloyale vis-à-vis de notre agriculture. Et du coup, on peut comprendre les agriculteurs quand ils ne veulent pas avancer plus sur la transition. C'est pour cela qu'il faut absolument mettre en place des clauses miroirs, c'est-à-dire que les standards de production sont les mêmes que les standards d'importation. Et c'est ça aussi le juste échange.

Vous n'êtes pas contre le principe d'un accord commercial entre l'Amérique du Sud et l'UE ?

Non, pas du tout. On n'est pas contre le commerce. Ce qu'on dit, c'est que ce type d'accord ou les règles commerciales actuelles sont un frein à la transition écologique et nous empêchent d'avancer et entraînent des hausses d'émissions de gaz à effet de serre via la déforestation. Il faut revoir ces accords et mettre de vraies règles qui permettent des règles de juste échange. C'est le cas notamment des clauses miroirs. Il y a tout un tas de choses qui doivent être mises en place. Le Ceta, c'est le même problème, pareil pour les accords validés avec le Japon et Singapour. On retrouve ces mêmes problèmes et pourtant, ils ont été validés l'année dernière ou l'année d'avant. On en a moins parlé. Mais tous ces problèmes de libre-échange qui accentuent la crise climatique se posent à chaque fois. Donc là, on a une avancée avec cet accord Mercosur puisque la France est prête à le bloquer. Il faut qu'elle le bloque réellement et qu'elle entraîne un changement dans la politique commerciale européenne.

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