Négociations commerciales : "Il faut craquer la logique de la guerre des prix", juge Serge Papin, mandaté pour faciliter les discussions

L'ancien patron de Système U estime qu'il faut "faire appel à une forme de solidarité, de réconciliation" pour apaiser les tensions dans les négociations entre producteurs, industriels de l'agroalimentaire et distributeurs.

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Radio France
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Rayon d'un supermarché (illustration), dans l'Aude, en avril 2018. (PASCAL PAVANI / AFP)

Les discussions, sous pression, entre les producteurs, les industriels de l'agroalimentaire et les acheteurs de la grande distribution doivent s'achever le 28 février. Pour faciliter ces négociations commerciales, le gouvernement a mandaté Serge Papin, ancien patron de la chaîne de supermarchés Système U, dans la continuité des états généraux de l’alimentation. Ces négociations "appartiennent à des pratiques qu'il faut revisiter", déclare-t-il sur franceinfo, samedi 13 février, alors que des agriculteurs ont manifesté cette semaine.

Ces négociations commerciales annuelles entre producteurs, industriels de l'agroalimentaire et distributeurs sont en cours, après une année de crise sanitaire marquée par la flambée des cours des matières premières. "Elles ont engendré une brutalité dans le rapport de force, et c'est souvent, malheureusement, la loi du plus fort, estime Serge Papin. Je pense qu'il faut sortir de ce rapport de force et sortir des négociations annuelles." Serge Papin prône "la coopération, le dialogue (...) et le contractualisme : non seulement un document qui engage et un état d'esprit nouveau pour qu'il y ait une meilleure répartition de la valeur".

Aller vers davantage de solidarité

Selon l'ancien patron de Système U, "c'est toujours le maillon le plus faible, l'agriculture, qui subit dans ce rapport de force. (...) Si on veut maintenir notre appareil agricole, (...) il faut sortir de cette loi qui est parfois celle du renard dans le poulailler." Promulguée en 2018, la loi Alimentation (Egalim) était censée protéger les revenus des producteurs mais le gouvernement a reconnu en septembre qu'elle n'avait pas atteint ses objectifs. Depuis, les relations restent très tendues entre les différents acteurs. "Il y a une logique de guerre des prix, poursuit Serge Papin. Il y a toute une organisation qui est en place pour faire baisser les prix qui est issue de cette loi. (...) Il faut la craquer, il faut qu'on arrête ça pour aller vers du dialogue. (...) Nous sommes dans une période où on doit faire appel à une forme de solidarité, de réconciliation. Il y a des filières qui, aujourd'hui, ont 40% de volume en moins parce que les débouchés sur la restauration, par exemple, les filières pour lesquels c'est dramatique, n'est pas le cas de toutes."

"Il faut arrêter de détruire de la valeur. (...) Il y a toujours des demandes de baisses de prix et ce sont les agriculteurs qui subissent."

Serge Papin

à franceinfo

Pour Serge Papin, "il n'y a pas besoin de changer la loi pour aller vers du pluriannuel. Il suffit que les parties prenantes veuillent tester ça." "Il faut qu'on respecte la transition écologique, l'environnement, la santé. Utiliser moins de pesticides, etc., avoir des aliments de meilleure qualité", ajoute-t-il, avant de souligner l'importance de quelques centimes d'euros pour les producteurs : "Il faut que les revenus des agriculteurs progressent (...). Beaucoup de producteurs disent : 'Si vous augmentez le prix du yaourt de deux centimes, ça va aller directement dans ma ferme et ça me change l'avenir.' (...) Ce sont ces enjeux-là, on ne peut pas être dans une spirale qui tire tout vers le bas et qui amène à une destruction de valeur."

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