Mortalité des abeilles : "Il faut travailler gagnant-gagnant avec le monde agricole"

"Il faudrait que les agriculteurs arrivent à comprendre que ce n'est pas avec de la chimie qu'ils vont produire", estime le président de l’Union nationale de l’apiculture française Gilles Lanio.

L\'hiver 2018 a été particulièrement meurtrier pour les abeilles (illustration).
L'hiver 2018 a été particulièrement meurtrier pour les abeilles (illustration). (NICOLAS KOVARIK / MAXPPP)
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L'hiver 2018 a été particulièrement meurtrier pour les abeilles. Près d'un tiers de celles élevées en ruche sont mortes, soit trois fois plus que le taux de mortalité habituel à cette période. Gilles Lanio, apiculteur, président de l’Union nationale de l’apiculture française, appelle vendredi 26 octobre sur franceinfo les agriculteurs à travailler "gagnant-gagnant" avec les abeilles. 

franceinfo : Confirmez-vous ce chiffre de 30% de mortalité chez les abeilles de ruche cet hiver ?

Gilles Lanio : C'est un chiffre que l'on confirme malheureusement. Quelle filière pourrait accepter de perdre 30% ? Il n'y a pas de doute, ce sont les produits phytosanitaires. Aujourd'hui, on sait très bien que ces produits, l'Anses [Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail] l'a démontré, défont les défenses immunitaires des abeilles, donc tout virus qui traîne peut les anéantir. Des expériences ont été menées concernant un protozoaire qui date de la nuit de temps. En gros, c'est comme si vous attrapez un rhume, ce n'est pas méchant, vous vous en remettez. Aujourd'hui, ça détruit nos colonies d'abeilles. Ce ne sont pas des nouveaux virus. Mais aujourd'hui, nos abeilles sont très affaiblies.

Pour limiter les pertes, faut-il des mesures radicales ?

Aujourd'hui, il faut travailler gagnant-gagnant avec le monde agricole. On a une étude qui est sortie dernièrement dans les Deux-Sèvres concernant ce qu'apportent les abeilles au niveau rendement pour le colza. On sait qu'amener des colonies d'abeilles sur le colza, ça vous booste le rendement de 35%. C'est loin d'être négligeable. Quelque part, c'est un travail gratuit. Il faudrait que les agriculteurs arrivent à comprendre que ce n'est pas avec de la chimie qu'ils vont produire. Ils ont besoin d'auxiliaires qui font le travail. La pollinisation, ce n'est pas la chimie qui la fera, ce sont les insectes pollinisateurs, pas que les abeilles. Il faut les respecter.

Doit-on s'attendre à une mortalité de même niveau dans les prochains mois ?

On sait que la rémanence dans les sols est de deux ans minimum. Jusqu'à fin septembre, les néonicotinoïdes ont été utilisés. Il ne faut pas croire au miracle. Ils sont présents déjà pour cet hiver dans nos ruches. L'année prochaine, même s'il n'y a plus d'utilisation, ils seront là. Et il y en a d'autres, par exemple les fongicides. Dès lors qu'on a des champs de colza et des ruches à proximité, vous avez quasiment la moitié de vos reines qui passent de vie à trépas s'il y a un traitement de fongicides. Ce qui est dramatique. On s'aperçoit que les mâles qui ont été élevés pendant cette période de traitement fongicide sont stériles.