Les agriculteurs victimes de la sécheresse : "Il faut que la solidarité nationale soit redéfinie", insiste le vice-président de la FNSEA

Difficulté à nourrir le bétail, mortalité plus importante à cause de la canicule... Le vice-président de la FNSEA demande à ce que les critères du fonds calamité soient revus.

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Radio France
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Joël Limouzin, vice-président de la FNSEA et président de la chambre d’agriculture de Vendée, le 23 juillet 2015. (REMY PERRIN / MAXPPP)

"Il faut que la solidarité nationale soit redéfinie", a réclamé lundi 15 août sur franceinfo Joël Limouzin, vice-président de la FNSEA, où il est en charge de la gestion des risques sanitaires et climatiques, et président de la chambre d’agriculture de Vendée. Hausse des coûts, baisse de la production… La sécheresse accentue le désarroi des éleveurs bovins. Ils peinent à nourrir leurs bêtes, alors que les pâtures brûlent sous l’effet de la canicule et du manque d’eau.

>> Sécheresse : faut-il craindre une pénurie de lait dans les prochains mois ?

franceinfo : Quelle est la situation ?

Joël Limouzin : Depuis le mois de mai, il faut nourrir tous les animaux comme en plein hiver. Tous les stocks de fourrage qui ont été faits au printemps sont déjà entamés et c'est la grande inquiétude des éleveurs de ne pas en avoir assez pour l'hiver prochain. Même s'il est possible d'en avoir avec des voisins, c'est souvent la trésorerie qui manque et la tentation est grande pour les éleveurs de vendre leurs animaux prématurément. Cela risque d'engorger le marché de manière temporaire et cela aura des impacts sur les prix. On est très vigilants. L'autre phénomène qui est accablant c'est cette canicule accablante qui a fatigué les organismes des animaux. Il y a des mortalités plus importantes.

Comment cela se passe ces ventes ?

Certains choisissent d'envoyer quelques animaux, de ne pas attendre le dernier moment, d'envoyer les animaux en bon état d'engraissement pour une bonne valorisation. Pour les éleveurs laitiers, les vaches qui devaient partir dans trois ou quatre mois à la réforme, c'est-à-dire quand elles n'ont plus de lait ou très peu, partent dès maintenant.

Qu'attendez-vous ?

Il existe un dispositif qui s'appelle le fonds de calamité agricole et qui est désuet et en pleine réforme pour avoir un dispositif assurantiel, privé, combiné avec un fonds de solidarité national. Pour 2022, ce fonds calamité va s'actionner pour les éleveurs mais je demande que l'on puisse revoir les critères comme on a pu le faire pour la viticultre.

La hausse des prix n'a pas suffi à vous aider ?

On n'y retrouve pas notre compte parce que les coûts de production ont explosé, notamment en matière d'alimentation, d'énergie.

"Je sais que les consommateurs ont des difficultés à comprendre, mais pour avoir des producteurs qui sont au moins payés 50 à 55 centimes le litre, il faut le vendre à 1 euro."

Joël Limouzin, vice-président de la FNSEA

à franceinfo

On demande des centimes supplémentaires par litre de lait pour permettre aux éleveurs d'avoir de la trésorerie pour pouvoir être en capacité d'acheter des fourrages. Sinon, il va y avoir une baisse de lait et une dépendance aux importations extérieures et nous ne le voulons pas. Il faut que la solidarité nationale soit redéfinie.

Ne faudrait-il pas changer le mode d'alimentation des bovins ?

Il faut prendre du recul. Le dispositif d'adaptation est déjà enclenché depuis une dizaine d'années dans les exploitations. Il faut qu'on se mette dans une perspective de pouvoir produire des fourrages en période où on a le plus de chance d'avoir de l'humidité, c'est-à-dire l'automne, l'hiver, début de printemps. Cela permet de faire des stocks pour pouvoir nourrir les animaux. On a des mélanges fourragés dans beaucoup de régions comme l'Aveyron et la Lozère. Si on veut des paysages entretenus, il faut des animaux qui entretiennent ces territoires et qui ont une vocation économique. La viande n'est pas préjudiciable, c'est une question d'équilibre alimentaire. Eau potable, équilibre des milieux, agriculture et industrie, il faut intégrer ces trois objectifs parallèlement et c'est comme ça que certains départements ont la capacité de résister aux aléas climatiques.

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