Étude sur les pesticides en zone viticole : "Cette question est enfin prise en compte", se réjouit l'association Générations Futures

Une étude de grande ampleur sur l'exposition des pesticides est lancée ce mardi auprès de riverains de zones viticoles. 

Article rédigé par
Radio France
Publié
Temps de lecture : 3 min.
Traitement préventif des vignes contre le mildiou, le 9 juillet 2019 à Epernay (Marne). (ALEXANDRE MARCHI / MAXPPP)

L'étude PestiRiv, sur l'exposition aux pesticides de populations qui vivent en zone viticole, est "très importante", pour le porte-parole de l’association Générations Futures, François Veillerette, qui a participé à toutes ses réunions préparatoires. Lancée ce mardi 19 octobre, "elle devra conduire l'État à prendre des mesures plus strictes pour protéger mieux les populations et éloigner l'utilisation des pesticides des zones résidentielles", a-t-il estimé ce mardi sur franceinfo. L'agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) et Santé publique France (SpF) vont suivre jusqu'en août 2022 quelque 3 350 participants volontaires pour évaluer si les habitants des zones viticoles sont plus particulièrement exposés aux pesticides. 

franceinfo : Que représente cette étude, pour vous ?

François VeilleretteC'est une étude très importante. Chez Générations Futures, on a envie de dire "enfin !". Il y a plus de dix ans déjà, on tirait la sonnette d'alarme sur la situation de ces personnes qui habitent très près de champs, de vignes, mais aussi de vergers, et qui sont exposées une bonne partie de l'année à des quantités importantes de pesticides. À l'époque, le ministère de l'Agriculture nous disait que c'était un "non-problème", que ce n'était pas une question. Aujourd'hui, on est ravis de voir qu'enfin, cette question est prise en compte, mais c'est vraiment le début.

Comment expliquer le manque de données à ce sujet ?

À partir du moment où on ne recherche pas à caractériser l'exposition de la population, on n'a pas de données. Les riverains ont alerté de nombreuses fois. Il y a des années, des gens se faisaient tester les cheveux à titre privé et disaient "regardez, on trouve des quantités de produits dans mes cheveux, qui sont utilisés juste à côté de chez moi". Il a fallu des années pour que ces personnes soient entendues, et donc là on va enfin avoir plus de données sur l'exposition aux pesticides de ces riverains de zones cultivées. C'est un premier pas, parce que derrière, il faudra éventuellement croiser les résultats avec des bases de données sur l'état de santé [des personnes testées], pour savoir quel est l'impact réel sur la santé de ces populations.

Qu'attendez-vous exactement de cette enquête ?

On sait que de toute façon, les populations sont exposées. Il n'y a absolument aucun doute. Mais ce travail, qui va être précis, va nous permettre d'en savoir plus, d'avoir des données affinées. Quels produits posent problème ? Quelle est la distance à partir de laquelle on est vraiment très exposés ? C'est pour cela qu'il faudra absolument diviser en groupes la population exposée à moins de 500 mètres. Séparer les personnes à moins de 100 mètres, d'autres qui se trouvent un peu plus loin, pour qu'on voie effectivement l'effet de la distance, parce que ça a vraiment beaucoup d'importance. Dans les zones viticoles, par exemple, il y a des gens qui habitent à moins de dix mètres des vignes. Ils sont très nombreux, et très exposés. On attend avec impatience les résultats de cette enquête, mais il faudra encore attendre au moins deux ou trois années avant d'avoir les premières publications.

Espérez-vous un changement de la réglementation, une fois les résultats de cette étude connus ?

Tout à fait. Aujourd'hui, on a des distances sans pulvérisation de pesticides aux abords des zones habitées qui sont ridiculement faibles, de trois à cinq mètres. On sait que ça ne suffit pas pour protéger les populations. On est en train de réaliser une campagne d'analyses d'aires dans différentes régions de France, et on s'aperçoit qu'à plus de 30 mètres des cultures, on trouve encore des quantités très considérables de pesticides. L'étude PestiRiv va sans doute confirmer ça. Elle devra conduire l'État à prendre des mesures plus strictes pour protéger mieux les populations et éloigner l'utilisation des pesticides des zones résidentielles.

Prolongez votre lecture autour de ce sujet

tout l'univers Agriculture

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.