Mal-être des agriculteurs : "Il faut que le président de la République prenne en considération ce métier de paysan"

Patrick Maurin, élu local de Marmande (Lot-et-Garonne), rencontre samedi après-midi le président de la République pour lui parler du mal-être des agriculteurs.

Patrick Maurin, élu local de Marmande (Lot-et-Garonne), à son arrivée à Paris après sa marche, le 22 février 2019.
Patrick Maurin, élu local de Marmande (Lot-et-Garonne), à son arrivée à Paris après sa marche, le 22 février 2019. (FRANCOIS GUILLOT / AFP)

Patrick Maurin, un élu local de Marmande (Lot-et-Garonne), est arrivé vendredi 22 février, à Paris après une marche de 250 km pour alerter sur les suicides agricoles. Tout au long de son parcours, il a récolté les doléances des agriculteurs qu'il a rencontrés. En marge du Salon de l'agriculture, l'élu local rencontrera le président de la République Emmanuel Macron samedi à 15 heures. "Il faut que le président de la République prenne en considération ce métier de paysan", a affirmé Patrick Maurin ce vendredi sur franceinfo. Il compte inviter Emmanuel Macron chez lui pour "qu'il puisse venir dans une ferme se rendre compte du travail". Il a tenu également à souligner l'"état de mal-être" des agriculteurs qu'il a rencontré et a rappelé qu'"un agriculteur se suicide tous les deux jours".

franceinfo : Vous avez parcouru 250 km à pied pour sensibiliser à la cause des agriculteurs. Vous avez recueilli leurs doléances. Que vous ont-ils dit ?  

Patrick Maurin : Les agriculteurs qui m'ont hébergé sont dans un état de mal-être qui est très avancé. Leurs doléances, c'est toutes ces heures qu'ils passent au boulot depuis 5 heures et demie jusqu'à 22 ou 23 heures, 365 jours par an. Ces contrôles qui peuvent avoir lieu régulièrement, cette pression des familles. Ils y arrivent moins bien, ils se sentent 'le mauvais' de la famille. Un agriculteur m'a dit : 'le prix du lait est exactement le même que dans les années 1980', mais depuis les années 1980, tous les faux frais ont augmentés. On a des pressions de la PAC [politique agricole commune, ndlr], on a des comptes à rendre, des normes pas possibles. Ils les trouvent injustes comparés aux autres pays européens. [Dans ces cahiers de doléances,] ils sentent qu'ils sont en-dessous de tout. Ils ont ce travail qu'ils effectuent journalièrement qui n'est pas reconnu. On les traite de pollueurs, on les met plus bas que terre. L'agriculteur n'est plus considéré comme il a été considéré il y a quelques années. [Le suicide] est un sujet tabou. Un agriculteur se suicide tous les deux jours : c'est 160 personnes à peu près par an qui disparaissent. L'agriculteur est de plus en plus isolé. L'agriculteur fait un burn-out mais il va continuer à travailler jusqu'au moment où il va craquer.    

Qu'attendent les exploitants agricoles du président de la République ?

Il faut que le président de la République -  je lui dirai, puisque je vais le rencontrer demain après-midi [samedi] à partir de 15 heures - prenne en considération ce métier de paysan. Je l'inviterai à Marmande pour qu'il puisse venir dans une ferme se rendre compte du travail. Qu'il reste une demi-journée, et ensuite qu'il regarde les comptes, qu'il regarde comment cela peut se passer. Il se fera une opinion par lui-même.  

Vous dressez un tableau très sombre du monde agricole. Est-ce qu'il y a des points positifs ?  

Il y en a, parce que la vie n'est pas faite que de cela. Il y a d'autres agriculteurs qui s'en sortent. Moi, le message que je veux faire passer, c'est que le gouvernement se penche réellement sur le problème et puisse prendre en considération que l'agriculteur veut vivre de son travail. L'agriculteur aime sa terre, l'agriculteur aime la France et c'est là qu'il faut pouvoir les aider à ce qu'ils vivent réellement et convenablement de leur travail.